Masyaf, (SANA) Dans la paisible ville de Masyaf, un artisan syrien a passé près d’une décennie à transformer le bois en motifs complexes, inspirés de l’art intemporel de la mosaïque et des ornements arabes traditionnels. Pour Maher Abu Abdullah, ce qui avait commencé comme une fascination personnelle s’est progressivement transformé en un véritable projet artisanal, fondé sur la patience, la précision et l’attachement au patrimoine.
Son idée était simple mais ambitieuse : recréer la géométrie délicate de l’art de la mosaïque en utilisant du bois, des outils manuels et des matériaux locaux.
D’une tasse de thé à des pièces maîtresses
La première expérience de Maher fut modeste : une petite tasse décorée de bâtonnets en bois, de colle et de vernis. Mais ce début humble marqua le lancement d’un parcours méticuleux. Avec le temps et l’expérience, son travail s’est étendu à des pièces plus grandes et plus complexes. Des tables basses, des panneaux décoratifs et des meubles ornés de motifs géométriques élaborés ont commencé à prendre forme dans son atelier.

Chaque création reflète l’esprit de l’artisanat traditionnel de la mosaïque, tout en portant une identité propre au bois, qui allie authenticité et expression contemporaine.
Une précision qui se mesure en jours
Cet artisanat exige une patience exceptionnelle. Chaque pièce est assemblée à partir de minuscules éléments de bois, placés un à un avec une attention minutieuse. Les heures passent dans un silence concentré tandis que les motifs émergent progressivement des fragments. Une seule table basse peut nécessiter près de vingt jours de travail continu.

D’autres pièces de taille moyenne demandent environ quinze jours, tandis que les petits objets décoratifs exigent entre cinq et douze heures.
Aucune œuvre n’est identique : chacune porte des variations subtiles qui reflètent la nature artisanale du travail.
La créativité dans une petite ville
Malgré l’originalité de son travail, la commercialisation reste un défi. Vivant dans une petite ville où la demande pour des pièces décoratives artisanales est limitée, Maher s’appuie principalement sur le bouche-à-oreille et les commandes personnalisées. La plupart de ses créations sont réalisées sur demande, ce qui limite naturellement leur visibilité au-delà de la communauté locale.
Un rêve encore inachevé
Transmettre cet artisanat à une nouvelle génération demeure une aspiration reportée. Jusqu’à présent, aucun apprenti ne s’est présenté pour apprendre cette technique exigeante. Maher estime que la nature du travail — nécessitant de longues heures, une concentration intense et une patience soutenue — s’accorde difficilement avec le rythme de vie rapide d’aujourd’hui.

Préserver le patrimoine par l’innovation
Le travail de Maher constitue un dialogue discret entre le passé et le présent. En transposant les motifs géométriques arabes classiques dans le bois, il préserve un langage visuel enraciné dans des siècles d’artisanat tout en lui donnant une nouvelle vie sous des formes fonctionnelles et contemporaines.
Dans chaque fragment de bois soigneusement placé se trouve un rappel que le patrimoine ne se conserve pas seulement dans les musées, mais renaît aussi entre les mains de ceux qui choisissent de le faire vivre.
Alors que les métiers traditionnels affrontent les défis des marchés modernes, une plus grande visibilité à travers les expositions et les plateformes numériques pourrait offrir de nouvelles voies de continuité. Une telle exposition permettrait à cet artisanat délicat de dépasser les frontières de Masyaf, de toucher de nouveaux publics et de garantir que l’art qu’il porte demeure vivant pour les générations à venir.



Iman / R. S. / M.Ch.