Damas, (SANA) Dans les derniers instants précédant le coucher du soleil en ce mois de Ramadan, alors que les familles de Damas se préparent à rompre leur jeûne, un parfum familier envahit les cuisines de la ville. C’est celui des feuilles d’abricots séchés, surnommées « cuir d’abricot », mises à tremper dans l’eau — le signe annonciateur d’un verre de Qamar al-Din.
D’une couleur dorée et d’une saveur riche, le Qamar al-Din est depuis longtemps un incontournable de la table de l’iftar syrien. Pour beaucoup, il ne s’agit pas seulement d’une boisson sucrée destinée à étancher la soif après une journée de jeûne, mais d’un symbole de tradition, de savoir-faire et de mémoire familiale.
Un nom chargé d’histoires
Les origines exactes du Qamar al-Din demeurent incertaines, mais son histoire est profondément ancrée dans le folklore syrien. Certains récits soutiennent que le nom proviendrait d’un village de la Ghouta, près de Damas, réputé pour ses vergers d’abricotiers. D’autres l’associent à l’apparition du croissant de lune du Ramadan, établissant un lien entre la boisson et la « lune » — qamar — du mois sacré.
Une autre légende évoque un homme nommé Qamar al-Din, propriétaire de vergers, qui aurait créé la préparation devenue emblématique. Si cette histoire relève davantage de la tradition orale que de faits établis, elle témoigne de l’attachement populaire à cette boisson. Quoi qu’il en soit, le Qamar al-Din s’est progressivement diffusé au-delà de la Syrie vers l’ensemble du Levant, tout en conservant son identité profondément syrienne.

Du verger à la table
La qualité du Qamar al-Din dépend avant tout des abricots utilisés, notamment des variétés locales réputées pour leur douceur, cultivées dans la fertile région de la Ghouta. Récoltés entre la fin du printemps et le début de l’été, ces abricots sont dénoyautés puis broyés jusqu’à obtenir une pâte épaisse.
Cette pâte est ensuite traditionnellement étalée sur des planches de bois d’olivier huilées et laissée à sécher au soleil, formant des feuilles ambrées destinées à être conservées plusieurs mois. Cela permet leur utilisation pendant le Ramadan, quelle que soit la période à laquelle il tombe.

À l’approche de la rupture du jeûne, ces feuilles sont mises à tremper dans l’eau puis mixées pour homogénéiser le breuvage et obtenir une boisson lisse et parfumée.
Un rituel du Ramadan
La préparation du Qamar al-Din est devenue un rituel à part entière. Dans de nombreux foyers, les feuilles sont mises à tremper dès le matin. En fin d’après-midi, le mélange est mixé et parfois parfumé à l’eau de fleur d’oranger ou à l’eau de rose, le mastic étant plutôt réservé aux entremets comme la mhalabiyeh.
Le parfum qui se répand alors dans la maison annonce l’arrivée imminente de l’iftar. Pour beaucoup de Syriens, cette odeur marque le début émotionnel de la soirée — un moment partagé d’attente et de convivialité avant l’appel à la prière.
Un goût de chez soi à l’étranger
Avec la dispersion des Syriens à travers le monde, le Qamar al-Din a voyagé avec eux. Il est aujourd’hui un produit emblématique, largement disponible dans les épiceries moyen-orientales d’Europe et d’Amérique du Nord. Pour les membres de la diaspora, préparer cette boisson ravive souvent des souvenirs de cuisines familiales et de vergers de leur enfance.

Bien plus qu’une boisson
En Syrie, le Qamar al-Din est servi aussi bien dans les foyers modestes que dans les grandes villes, reliant les générations à travers un rituel commun. Chaque verre servi au coucher du soleil rappelle que, malgré les changements et les distances, certaines traditions demeurent — portées par quelque chose d’aussi simple, et d’aussi symbolique, qu’une boisson d’abricots séchés au soleil.
R.S./M.ch.