Damas, (SANA) La citadelle d’Alep, située au centre de la vieille ville du gouvernorat, condense des siècles d’histoire politique, militaire et architecturale, avec une élévation d’environ 38 mètres au-dessus du niveau de la ville.
À travers les âges, elle a constitué une forteresse défensive face aux armées qui ont traversé cette région, demeurant une partie intégrante de l’identité d’Alep, de ses remparts et de ses tours.
Le site et la fortification… Une architecture défensive
Le chercheur Abdallah Hajjar documente dans son ouvrage Les monuments archéologiques d’Alep les caractéristiques architecturales de la citadelle, précisant qu’un profond fossé l’entoure, creusé et doté d’un mur sur sa paroi sous le règne du roi al-Zahir Ghazi. Sa profondeur atteignait parfois 22 mètres et sa largeur environ 30 mètres, et il était rempli d’eau pour renforcer la défense de la citadelle.

L’entrée principale de la citadelle remonte, dans sa partie inférieure, au IIIe siècle après J.-C., tandis que la partie supérieure fut ajoutée au XVe siècle. Les tours et les remparts de la citadelle datent de la période comprise entre les XIIIe et XVIe siècles.
Selon l’ouvrage Les monuments archéologiques d’Alep, la citadelle constitue un modèle remarquable de l’architecture militaire arabo-islamique. Bien qu’elle ait été détruite par les Sassanides en 540 après J.-C., après avoir résisté au roi Khosro Iᵉʳ, elle se releva de nouveau. Elle ne se rendit à Hulagu qu’après que sa garnison eut été rassurée, avant qu’il ne rompe sa promesse et les exécute.
Monuments à l’intérieur des remparts
La citadelle abrite des monuments religieux, militaires et civils, parmi lesquels la mosquée Ibrahim al-Khalil, la grande mosquée, la haute tour, la caserne sud, ainsi que des demeures résidentielles telles que Dar al-Awamid, Dar al-Dhahab, Dar al-Shakhs et Dar al-Izz, ce qui en fait un modèle complet de la vie à l’intérieur des forteresses au Moyen Âge.
Le chercheur Abdallah Hajjar mentionne des découvertes archéologiques dans la citadelle, dont un temple datant du IXe siècle av. J.-C., des sarcophages romains et byzantins, ainsi que des citernes d’eau de l’époque de l’empereur byzantin Justinien (527–565), qui reconstruisit les fortifications d’Alep après leur destruction, renforçant ainsi sa position stratégique face aux invasions perses de l’époque.
Sous l’époque mamelouke, la citadelle connut un essor notable : al-Zahir Baybars la restaura après la victoire d’Aïn Djalout en 1260, puis al-Ashraf Khalil ben Qala’ûn grava une célèbre inscription à son entrée en 691 H, relatant ses victoires sur les Francs et les Tatars. À l’époque ottomane, après la bataille de Marj Dabiq en 1516, le rôle militaire de la citadelle déclina pour devenir un siège administratif et résidentiel pour certaines familles connues sous le nom d’Agha al-Qal‘a.
Les restaurations… et les séismes précédents
L’ouvrage détaille les étapes de restauration de la citadelle d’Alep à travers l’histoire, mentionnant qu’al-Zahir Ghazi ibn Salah ad-Din al-Ayyubi creusa son fossé, fortifia son entrée par trois portes de fer forgé et construisit une grande mosquée en son sein. Plus tard, al-Zahir Baybars la restaura après l’invasion mongole, puis le sultan al-Mu’ayyad Cheikh entreprit la restauration des remparts en 1417, après leur destruction par Tamerlan en 1401.
La citadelle fut frappée par des séismes dévastateurs, notamment celui de 1138 d’une magnitude de 8,5, après quoi elle fut restaurée par Nur al-Din Zengi qui construisit des remparts de fer. Elle fut également endommagée par le séisme de 1822, et Ibrahim Pacha entreprit des restaurations en 1831, bâtissant une caserne militaire avec les pierres des pentes.
Inscriptions sur pierre… et bains historiques
Le chercheur Hajjar consigne dans son ouvrage les plus anciennes inscriptions historiques de la citadelle, dont une datant de Mahmoud ibn Nasr ibn Salih ibn Mirdas en 465 H/1072, ainsi que des inscriptions des époques de Nur al-Din Zengi, al-Zahir Ghazi, al-‘Aziz Muhammad, des inscriptions mameloukes dans la salle du trône sur certaines tours de l’époque du sultan Barquq et de Qansuh al-Ghuri, et une unique inscription ottomane mentionnant le sultan Soliman le Magnifique.
La documentation de l’ouvrage ne se limite pas à la citadelle, mais s’étend aux bains et aux khans d’Alep. Le chercheur indique l’existence d’environ 177 bains historiques, parmi lesquels le Hammam al-Sultani et le Hammam du roi al-Nasir Yusuf, qui reflètent l’évolution de l’architecture orientale islamique.
Les pages de l’ouvrage consignent également les khans mamelouks tels que le Khan al-Saboun, le Khan Khayrbek et le Khan Abrak, ainsi que les khans ottomans tels que le Khan al-Wazir, le Khan al-Nahhasin, le Khan al-‘Alabiya et le Khan al-Habl, en plus des célèbres qaysariyyas.
Un long passé orne la citadelle d’Alep, qu’il est impossible de résumer en un seul article. Mais ce qu’il convient de rappeler aujourd’hui, c’est qu’après tout ce qu’elle a traversé durant les années de guerre, sa longue période de fermeture et de négligence, puis les travaux de restauration ultérieurs qui ont duré plusieurs mois, elle a rouvert ses portes le 27 septembre dernier pour accueillir les visiteurs venus découvrir le plus important monument syrien inscrit sur la liste du patrimoine mondial depuis 1986.
M.Ch.