Capitales, (SANA) Alors que la guerre israélo-américano-iranienne entre dans son deuxième mois et qu’une grande partie des approvisionnements énergétiques en provenance du golfe Persique via le détroit d’Ormuz sont perturbés, de nombreux pays asiatiques se tournent vers le pétrole russe pour augmenter leurs importations afin de compenser la pénurie, profitant de l’exemption temporaire accordée par Washington à Moscou pour éviter une hausse des prix mondiaux.
Chine : Niveaux records avant et après la guerre
La Chine a été parmi les premiers pays à accroître sa dépendance au pétrole brut russe avant même le déclenchement de la guerre, alors que les tensions géopolitiques s’intensifiaient en début d’année.
Selon des données douanières chinoises citées par Reuters, les importations de pétrole russe par Pékin ont atteint 21,8 millions de tonnes au cours des deux premiers mois de 2026, soit l’équivalent de 2,7 millions de barils par jour, une augmentation de 41 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Le rythme quotidien des importations a atteint un niveau sans précédent depuis 2015, renforçant la position de la Russie en tant que principal fournisseur de pétrole à la Chine.
Inde : Un retour fort sur le marché russe
Quant à l’Inde, qui avait réduit ses importations de pétrole brut russe en janvier dernier dans le cadre de ses négociations avec Washington en vue d’abaisser les droits de douane, elle est revenue après le déclenchement de la guerre pour approfondir sa coopération avec Moscou afin de renforcer sa sécurité énergétique.
Reuters a cité des sources bien informées selon lesquelles les deux parties se préparent à reprendre les ventes directes de gaz naturel liquéfié russe à l’Inde pour la première fois depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en 2022.
Les importations de New Delhi en pétrole russe ont également bondi en mars pour atteindre 55,5 millions de barils, contre 29 millions de barils en février, soit une augmentation de 89 %, s’approchant ainsi de leurs niveaux les plus élevés depuis 2022.
Corée du Sud : Réouverture progressive
Après avoir suspendu ses importations de pétrole brut russe en décembre 2022, Séoul a reçu il y a quelques jours 27 000 tonnes de naphta russe utilisé dans la fabrication de plastiques et d’essence, suite à la confirmation par les États-Unis qu’ils pouvaient payer les produits pétroliers russes, y compris le naphta, dans des devises autres que le dollar sans être soumis à des sanctions secondaires, selon les médias coréens.
Philippines : achat après avoir épuisé toutes les autres options
Le Financial Times a rapporté que Petron, qui exploite la seule raffinerie des Philippines, a reçu deux cargaisons de pétrole brut russe (ESPO) pour la première fois depuis 2021, confirmant que l’achat a été effectué par nécessité extrême, après avoir épuisé toutes les alternatives commerciales et opérationnelles disponibles.
Sri Lanka, Vietnam, Thaïlande et Indonésie : une ouverture croissante
La compagnie pétrolière nationale sri-lankaise, Ceylon Petroleum, a confirmé être en négociations avec des entreprises énergétiques russes, tandis que la raffinerie vietnamienne de Binh Son mène des discussions similaires.
La Thaïlande et l’Indonésie se sont également déclarées ouvertes à l’importation de pétrole brut russe.
Turquie : Impact limité grâce à la diversification
La Turquie, grand importateur de pétrole russe, n’a rencontré aucun problème de sécurité d’approvisionnement énergétique suite à la guerre au Moyen-Orient, car sa dépendance aux flux énergétiques transitant par le détroit d’Ormuz n’est que d’environ 10 %, selon le ministre turc de l’Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, qui a expliqué que la politique d’infrastructures énergétiques et de diversification menée jusqu’à présent par Ankara lui permet de maintenir une position sûre.
Ces initiatives asiatiques rapides visant à renforcer la sécurité énergétique révèlent que la guerre au Moyen-Orient a redessiné la carte énergétique du continent.
La Russie en redevenant un fournisseur majeur, profitant du besoin des pays de compenser les pénuries et d’assurer la sécurité d’approvisionnement, pourrait remodeler l’équilibre du marché mondial de l’énergie dans les mois à venir.
L.Arfi