Damas, (SANA)- L’artisanat damascène de l’Aghbani est l’un des plus anciens métiers traditionnels en Syrie. Il associe l’impression manuelle et la broderie en soie afin de présenter un produit qui allie authenticité et beauté à la fois. Et malgré le développement des méthodes industrielles modernes, ce métier continue d’être réalisé selon des étapes minutieuses reposant entièrement sur le travail manuel.
Les étapes de la production de l’Aghbani
L’artisan Wassim Dabana, a indiqué à un correspondant de SANA que les étapes de la production de l’Aghbani, depuis la sélection du tissu jusqu’au produit final. Sa fabrication repose sur des tissus en lin ou en coton 100 % lin, réputés pour leur durabilité et leur capacité à supporter la broderie.
’’Le tissu est d’abord préparé et trié, puis soumis à une impression manuelle à l’aide de moules en bois gravés de motifs traditionnels, reproduits avec précision sur toute la surface à travailler. C’est ce qui confère à la pièce son aspect classique avant qu’elle n’atteigne l’étape de décoration avec des fils’’ a-t-il ajouté.
Dabana a précisé qu’une fois l’impression achevée, le tissu est confié à des spécialistes de la broderie, faisant noter que chaque femme reçoit une canette de soie blanche ou dorée, ainsi que des fils de soie artificielle fabriqués à 100 % en polyester, réputés pour leur qualité et la stabilité de leurs couleurs.
Dabana fait savoir qu’une fois l’impression terminée, commence l’étape de broderie manuelle. Celle-ci se réalise à l’aide d’une machine à coudre artisanale, semblable à la traditionnelle « Singer », mais fonctionnant avec un cerceau, et dépourvue des points automatiques modernes. L’artisan suit alors les lignes de l’impression et forme les décorations en soie qui confèrent aux étoffes leur éclat bien connu.
Et Dabana de poursuivre :’’ la broderie exige expérience, patience et une grande précision. Le travail est effectué au mètre, et la rémunération est calculée en fonction de l’effort fourni, car le travail manuel constitue la valeur fondamentale de l’Al-Aghbani’’.
Pour sa part, l’artisan Mohamed Al-Hindi considère que les couleurs constituent un élément important de l’identité de la pièce, expliquant que l’on s’appuie sur des nuances de beige et de blanc comme couleur principale du tissu, tandis que les fils rouges, bleu marine et vert olive ajoutent des touches esthétiques adaptées aux différentes occasions ainsi qu’à la demande sur les marchés locaux et étrangers.
Formation du produit final
Al-Hindi indique qu’après l’achèvement de la broderie, les pièces sont découpées et cousues dans leur forme définitive pour se transformer en une large gamme de produits, tels que des nappes et des dessus de table de tailles pouvant atteindre jusqu’à 6 mètres, ainsi que des ensembles de tables, des serviettes, des dessous de plats, des djellabas et des abayas pour hommes et femmes.
Un artisanat qui dépasse les frontières du marché local
Al-Hindi a souligné que l’« aghbani » suscite un engouement croissant sur les marchés européens et américains en raison de sa valeur artistique et patrimoniale. Cela pousse les artisans du secteur à développer leur production sans pour autant abandonner le style traditionnel qui distingue l’industrie damascène depuis des centaines d’années.
Préservation du patrimoine
Dabana et Al-Hindi ont souligné la nécessité de soutenir les artisans et de former une nouvelle génération de femmes afin de garantir la continuité de ce métier, affirmant que la fabrication de l’Aghbani n’est pas seulement un travail manuel, mais une identité artistique et nationale qui exprime la profondeur du patrimoine syrien.
La fabrication de l’Aghbani damascène remonte à plusieurs siècles et constitue l’un des métiers traditionnels liés à l’identité culturelle de la ville de Damas. Transmise de génération en génération par les artisans, elle a su préserver sa présence en tant que symbole artistique et patrimonial malgré l’évolution des méthodes industrielles modernes.



R.kh / M.Ch.