Capitales, (SANA) Les pays du Golfe intensifient leurs démarches diplomatiques en vue de parvenir à un règlement multidimensionnel de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran. Celui-ci vise à dépasser la cessation des opérations militaires et la réouverture du détroit d’Ormuz pour englober les sanctions, le programme nucléaire iranien et le conflit au Yémen, dans le cadre d’une vision plus large d’arrangements sécuritaires régionaux destinés à réduire les risques d’une reprise des affrontements.
Le Qatar et le Sultanat d’Oman mènent les efforts de médiation, parallèlement à des initiatives auxquelles participent l’Arabie saoudite, la Turquie et le Pakistan. L’objectif est de faire évoluer la nature des négociations, en passant d’ententes temporaires visant à contenir l’escalade à un processus politique liant la stabilité de la région aux intérêts de ses États. Les positions de Washington et de Téhéran restent toutefois divergentes quant aux conditions de fin de la guerre, tandis que la possibilité d’une reprise des frappes militaires se profile.
Selon un rapport publié ce mercredi par le quotidien britannique The Guardian, l’initiative proposée repose sur un accord comportant plusieurs volets. Celui-ci prévoit notamment la réouverture du détroit d’Ormuz dans les quatre jours suivant la levée des sanctions économiques contre l’Iran, ainsi que des dispositions relatives au retrait d’importants contingents de la milice houthie de certaines zones du Yémen, dans le cadre des efforts visant à empêcher une reprise de la guerre et son extension.
Ormuz : un test de confiance entre Washington et Téhéran
Le détroit d’Ormuz constitue un enjeu central des négociations, compte tenu de son importance pour le commerce mondial de l’énergie. Les restrictions imposées à la navigation dans ce passage provoquent des perturbations dans les approvisionnements en pétrole et en gaz, ainsi qu’une hausse des coûts du transport maritime.
The Guardian a rapporté que l’Iran s’était déclaré prêt à réduire de sept à quatre jours le délai qu’il avait précédemment proposé pour la réouverture du détroit, après la levée des sanctions économiques. Cette évolution témoigne d’une certaine souplesse sur la question de la navigation, sans pour autant signifier qu’un accord définitif ait été conclu sur les autres dossiers.
Parallèlement, l’agence Reuters a cité un responsable au fait des négociations, selon lequel les médiateurs qataris avaient présenté à Téhéran, dimanche dernier, un nouveau projet prévoyant un calendrier de sept jours et des mesures quotidiennes destinées à instaurer la confiance entre les parties. Plusieurs États pourraient également participer aux garanties de mise en œuvre de l’accord.
Un haut responsable iranien a toutefois déclaré que Doha n’avait présenté que des « idées inacceptables », affirmant que la position de Téhéran qui refuse toute concession sur la question nucléaire, demeurait inchangée.
Le désaccord sur le retour des inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en Iran apparaît comme l’un des principaux obstacles à une avancée significative dans les négociations. Des diplomates européens estiment que l’autorisation donnée aux inspecteurs de visiter les sites nucléaires bombardés constitue une condition essentielle à tout progrès. De son côté, Téhéran met l’accent sur les garanties relatives à la levée des sanctions et exige que cette question soit réglée avant d’aborder des engagements nucléaires plus étendus.
Le Yémen : une dimension régionale du règlement du conflit
Le processus diplomatique est étroitement lié au dossier yéménite, dans un contexte marqué par la multiplication des attaques menées par la milice houthie contre l’Arabie saoudite et ses installations pétrolières.
Ces actions font peser des risques sur la sécurité du Golfe et des voies maritimes, notamment le détroit de Bab el-Mandeb.
Le journal The Guardian a souligné que l’Iran assume désormais plus ouvertement son rôle dans le dossier yéménite : des responsables iraniens ont rencontré des représentants des Houthis, au lendemain de l’arrivée à Téhéran d’une délégation composée de représentants saoudiens, turcs et pakistanais. L’objectif était de discuter des conditions pour mettre fin au conflit au Yémen, ainsi que de la mise en place de dispositifs de sécurité à long terme pour la région.
La médiation cherche à établir un lien entre le soutien apporté par l’Iran aux Houthis et les exigences de la milice, à savoir la levée des restrictions maritimes et aériennes imposées aux zones sous son contrôle. Cette approche permettrait d’intégrer le Yémen dans un règlement régional plus vaste, comme l’a noté le quotidien britannique.
Ces efforts revêtent une importance accrue alors que se poursuivent les attaques contre les installations pétrolières saoudiennes. Les prix du pétrole ont grimpé mercredi, dépassant les 115 dollars le baril, à la suite d’une attaque des Houthis contre la raffinerie de Ras Tanura, selon des informations rapportées par Reuters, à l’ombre de craintes liées à des perturbations de l’approvisionnement et à une extension des menaces pesant sur les voies maritimes, notamment le détroit de Bab el-Mandeb.
Des dispositifs de sécurité face aux risques d’escalade
Selon The Guardian, la perspective envisagée ne se limite pas au traitement des enjeux militaires immédiats ; elle englobe également la réflexion sur un système de sécurité régional incluant les pays du Golfe et l’Iran.
Toutefois, la concrétisation de tels dispositifs reste conditionnée par la capacité des parties à surmonter leurs différends concernant le programme nucléaire iranien, les garanties liées à la levée des sanctions, ainsi que la question de l’influence iranienne dans la région.
Ces démarches coïncident avec une pression économique croissante, exacerbée par les perturbations sur les marchés de l’énergie et du commerce mondial.
Les risques d’escalade compliquent les efforts de règlement
Parallèlement, la possibilité d’une reprise des opérations militaires demeure. Le président américain Donald Trump a déclaré que Washington était en mesure de mettre fin rapidement à la guerre. Il a toutefois laissé entendre que le lancement de nouvelles frappes contre l’Iran, après les élections de mi-mandat aux États-Unis, demeue une possibilité. Par ailleurs, le « Wall Street Journal » a rapporté, en citant certaines sources, que Washington étudiait des options militaires supplémentaires.
Ces perspectives placent les efforts déployés par les pays du Golfe face à un défi : celui de transformer les accords liés à la cessation des hostilités en un cadre sécuritaire plus large, où la liberté de navigation et la stabilité des marchés de l’énergie ne seraient plus tributaires des équilibres de la confrontation entre Washington et Téhéran.
Ib.i./R.B