Damas, (SANA) À environ 25 kilomètres au sud-est de la capitale syrienne, aux frontières de la Ghouta orientale et dans la région agricole de Marj se trouve Harran al-Awamid, une petite ville qui conserve les vestiges d’une longue histoire remontant à l’Antiquité.
La ville constitue un point de passage naturel entre plusieurs villages des environs. Elle est bordée à l’est par les vallées d’Al-Rabi’ et d’Al-Utaybah, à l’ouest par Al-Ghasulah et Al-Ahmadiyah, au nord par Al-Qaysah et au sud par Al-Kafrin et Al-Barakah.

La ville est située à environ 600 mètres d’altitude, au cœur d’une vaste plaine agricole caractérisée par une végétation clairsemée et de petites collines éparses. Cette situation lui confère un caractère stratégique et un paysage naturel qui a su préserver le charme d’antan.
Origine du nom
Le nom Harran al-Awamid, qui signifie « Harran des Colonnes », a deux origines possibles. La première fait référence aux imposantes colonnes antiques encore visibles au centre du site archéologique. Le second est lié à cheikh soufi Hayat ibn Qays al-Harrani, qui résida dans la région et dont le nom est devenu indissociable du site.
La ville est mentionnée par l’historien et géographe médiéval Yaqut al-Hamawi. Des siècles plus tard, le chercheur britannique J. Porter documente également le site lors de son séjour en Syrie entre 1849 et 1854, et décrit son temple dans son ouvrage « Cinq ans à Damas ».
Un centre florissant aux époques romaine et byzantine
Les nombreux vestiges archéologiques disséminés dans la région témoignent de la prospérité de Harran al-Awamid dans l’Antiquité, notamment durant les périodes romaine et byzantine.
Parmi les monuments les plus remarquables figure un temple romain datant du milieu du IIIe siècle apr. J.-C. C. D’après les spécialistes, le temple aurait été construit sous le règne de l’empereur Philippe l’Arabe (244-249 ap. J.-C.), une hypothèse fondée sur le style des chapiteaux, des bases et des linteaux en pierre sculptée qui faisaient partie de la structure d’origine.
Actuellement, trois imposantes colonnes, vestiges de la cour d’entrée du temple, sont conservées. Taillées en basalte noir, elles culminent à environ 12 pieds de hauteur, chapiteau compris. Chaque colonne est composée de six ou sept segments de pierre imbriqués.

Certaines conservent des chapiteaux ioniques, tandis que le chapiteau d’une troisième colonne s’est effondré avec le temps, rendant difficile la détermination précise de la forme originelle de l’édifice.
Une inscription grecque a été découverte sur un fragment de colonne et réutilisée par la suite sur le mur de la mosquée du village. Cependant, le texte est partiellement effacé et reste indéchiffrable.
Patrimoine archéologique et continuité historique
Les fouilles archéologiques ont également mis au jour plusieurs statues en basalte, notamment des représentations de la déesse de la Victoire, du dieu Dushara tenant une torche et un bâton, d’un aigle aux ailes déployées et de la déesse Minerve.
Une dalle de basalte portant une inscription grecque datée de 214 apr. J.-C. a également été découverte, relatant le meurtre d’un jeune homme nommé Gusmayo, fils de Macipelo.
L’histoire de Harran al-Awamid ne s’est pas arrêtée à la période romaine. À l’époque byzantine, un monastère ou une église fut construit près du temple, intégrant certains éléments architecturaux de l’édifice antique. Avec l’avènement de la période islamique, le site fut transformé en mosquée.
Aujourd’hui, de nombreuses pierres sculptées provenant d’anciennes structures ornent les murs de la mosquée et certaines maisons de la vieille ville, témoignant de la continuité historique entre les différentes civilisations qui ont traversé la région.
Harran al-Awamid a été inscrit sur la liste des sites archéologiques nationaux de Syrie en 1982. Aujourd’hui, le site conserve l’aspect d’un paisible village rural.
Les trois imposantes colonnes qui subsistent sont les principaux vestiges visibles de son passé. De loin, ces structures en basalte semblent veiller silencieusement sur la mémoire d’une cité florissante aux époques romaine et byzantine, dont l’histoire continue de se raconter au milieu des ruines.
R.B.