Damas, (SANA) – Au centre de la vieille ville de Damas, entre ruelles étroites et quartiers chargés d’histoire, le hammam Al-Bakri se dresse comme l’un des plus anciens symboles sociaux et culturels de la capitale syrienne.
Il incarne la continuité d’une tradition du bain public qui a traversé les siècles, reliant le passé au présent depuis plus de neuf cents ans.
Un héritage ancien au centre de la vieille ville
Le hammam Al-Bakri figure parmi les plus anciens bains publics de Damas. Sa construction remonte à l’année 1069, ce qui en fait l’un des hammams historiques les plus anciens encore connus à l’intérieur des remparts de la vieille ville.
Plus qu’une simple salle de bain, il constitue un véritable témoignage du patrimoine damascène, offrant un aperçu du mode de vie social à travers les âges.
Son architecture reflète fidèlement le style traditionnel des hammams arabo-islamiques, organisés en espaces successifs : le barrani (salle froide d’accueil), le wastani (tiède) et le jawani (chaud), enveloppé de vapeur, où le corps se détend et l’esprit s’apaise.
Un pilier de la vie sociale damascène
Pendant des siècles, le hammam Al-Bakri a été un lieu de rassemblement incontournable pour les habitants du quartier et les visiteurs. Il jouait un rôle central dans la vie sociale quotidienne, offrant un espace de rencontre, de discussion et de partage, bien au-delà de la simple fonction d’hygiène.
À une époque où l’eau chaude n’était pas disponible dans les foyers, le hammam constituait une nécessité vitale. On s’y rendait régulièrement, non seulement pour se laver, mais aussi pour échanger des nouvelles, renforcer les liens sociaux et perpétuer des rituels collectifs profondément ancrés dans la culture urbaine de Damas.
Entre luxe d’antan et nécessité contemporaine
Avec l’évolution des infrastructures modernes, les hammams publics ont progressivement perdu de leur fréquentation. Toutefois, le hammam Al-Bakri a su résister à ce déclin. Ces dernières années, marquées par la guerre en Syrie et par les coupures fréquentes d’électricité et d’eau chaude, il a connu un regain d’activité remarquable.
Aujourd’hui, de nombreux habitants y reviennent par nécessité, pour bénéficier d’un bain chaud à un coût abordable. Le hammam offre encore des services traditionnels tels que le gommage au savon d’Alep et au gant (kessa), dans une atmosphère où résonnent parfois des airs de musique orientale, ravivant l’âme du lieu.
Une architecture patrimoniale singulière
Comme beaucoup de hammams damascènes, le hammam Al-Bakri se distingue par son architecture fonctionnelle et esthétique. Les salles sont conçues selon une progression thermique soigneusement pensée, et la salle chaude est surmontée d’une coupole percée de petits orifices vitrés colorés, laissant filtrer la lumière naturelle.
Les éléments décoratifs, inscriptions, carrelages et détails architecturaux, témoignent du raffinement de l’art damascène, où l’eau, la pierre et la lumière s’unissent pour créer un espace à la fois utilitaire et spirituel.
Une importance culturelle toujours vivante
Aujourd’hui encore, le hammam Al-Bakri demeure bien plus qu’un monument antique. Il est une mémoire vivante, un lieu où le passé continue de dialoguer avec le présent. Sa fréquentation régulière par les habitants de la vieille ville en fait un élément actif du tissu social damascène.
À l’heure où les modes de vie modernes effacent progressivement certaines traditions, le hammam Al-Bakri résiste comme un gardien du patrimoine populaire syrien, rappelant l’importance de la transmission culturelle et de la préservation de l’identité urbaine de Damas.



André Chatta