Damas, (SANA) Hadeel Kouki, l’une des militantes syriennes chrétiennes ayant participé au mouvement pacifique dès ses débuts, ce qui confirme que la révolution syrienne n’était pas un soulèvement lié à une religion ou à une confession particulière, mais un mouvement de protestation auquel ont pris part des Syriens issus de diverses appartenances religieuses et sociales.
Son identité religieuse n’a jamais constitué un obstacle à son engagement pour la liberté et la dignité ; elle a plutôt illustré la diversité des voix qui se sont opposées à la répression.
Son parcours montre que l’opposition aux politiques du régime déchu n’était pas limitée à une seule composante de la société, mais reflétait un rejet plus large partagé par tous les Syriens.
Cette diversité traduisait la nature nationale et inclusive du mouvement à ses débuts, fondé sur des revendications de liberté et de justice, loin des divisions confessionnelles.
Militante syrienne des droits humains, elle a mené un parcours de lutte courageux commencé en Syrie même, au cours duquel elle a été arrêtée à plusieurs reprises, torturée et menacée physiquement, avant de poursuivre son engagement depuis l’étranger.
Elle a continué à dénoncer les violations commises dans les prisons syriennes, en particulier celles visant les femmes détenues.
Les débuts de l’engagement et les premières arrestations
Née vers 1992 en Syrie, Hadeel Kouki était étudiante à l’Université d’Alep lorsque la révolution syrienne a éclaté en 2011.
Au début du mois de mars 2011, alors qu’elle n’avait que 19 ans, elle distribuait des tracts appelant à la démocratie et à la participation pacifique aux manifestations.
Peu après, elle fut arrêtée par les services de sécurité syriens. Elle a été détenue pendant 40 jours à l’isolement, sans accès à un avocat ni possibilité de recevoir des visites, illustrant les pratiques d’arrestation arbitraire utilisées contre les militants politiques.
Elle fut arrêtée à deux autres reprises pour avoir participé à des manifestations pacifiques réclamant liberté et justice, une situation fréquente parmi les activistes des premières années de la révolution syrienne.
Les conditions de détention et la torture

Selon ses témoignages publics, Hadeel Kouki a subi des formes de torture physique et psychologique durant sa détention, notamment :
Des violences physiques lors des interrogatoires, y compris des coups et d’autres formes de sévices.
L’isolement prolongé et la privation de contact avec le monde extérieur.
Ces traitements reflètent la brutalité du système carcéral syrien, particulièrement à l’égard des femmes militantes perçues comme une menace politique.
La fuite et la poursuite du harcèlement à l’étranger
En décembre 2011, alors que les services de renseignement tentaient de l’arrêter à nouveau, notamment pour avoir apporté une aide médicale à des manifestants blessés, elle fut contrainte de fuir la Syrie. Après avoir traversé des zones désertiques, elle a réussi à rejoindre la Turquie, puis a poursuivi son voyage vers la France, la Suède et enfin l’Égypte.
Cependant, la pression ne s’est pas arrêtée aux frontières syriennes. Le 23 février 2012, des individus liés aux services de sécurité syriens auraient pris d’assaut son appartement au Caire, l’agressant physiquement et la menaçant de mort. Cet épisode illustre la traque transnationale dont ont été victimes certains opposants syriens.
Une voix sur la scène internationale
Hadeel Kouki est devenue une intervenante remarquée lors de conférences internationales sur les droits humains. Elle a notamment pris la parole lors du Sommet de Genève pour les droits humains et la démocratie en 2012, où elle a relaté son expérience personnelle d’arrestation et de torture.
Son message insistait sur le caractère pacifique des revendications initiales de la révolution syrienne et sur la nécessité pour la communauté internationale de soutenir le peuple syrien dans sa quête de liberté et de dignité.
Importance de son engagement et le rôle des femmes syriennes
Le parcours de Hadeel Kouki revêt une importance particulière pour plusieurs raisons :
- Une représentation de la bravoure des femmes syriennes
Elle incarne la détermination des femmes syriennes qui ont participé activement au mouvement révolutionnaire malgré les risques extrêmes.
- Briser la peur
En racontant publiquement son expérience de détention et de torture, elle a contribué à briser le mur du silence entourant les prisons syriennes.
- Dénoncer les violations à l’échelle internationale
Ses interventions ont permis de sensibiliser l’opinion publique mondiale aux arrestations arbitraires, à la torture et aux abus systématiques en Syrie.
Le parcours de Hadeel Kouki est celui d’une jeune femme qui a affronté l’un des régimes les plus autoritaires de la région. Son histoire met en lumière non seulement l’ampleur de la répression exercée contre les militants pacifiques, mais aussi le rôle central joué par les femmes dans la révolution syrienne.
Son témoignage demeure une pièce essentielle de la mémoire de la révolution syrienne et un rappel de l’importance de la lutte pour les droits humains, la justice et la dignité.
L’expérience de Hadeel Kouki met ainsi en lumière le fait que les souffrances liées à la répression et aux violations ont touché différentes composantes de la société syrienne, et que les demandes de réformes et de droits civiques étaient transversales aux appartenances religieuses. À travers cette diversité s’est affirmée l’image d’une lutte nationale commune aspirant à un État fondé sur la citoyenneté et l’égalité, plutôt que sur l’appartenance confessionnelle.

André Chatta