Damas, (SANA) En hommage aux femmes à la recherche de personnes disparues, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté un projet de résolution soumis par la Syrie proclamant le 19 décembre Journée internationale en hommage aux femmes à la recherche de personnes disparues.
Transformant leurs épreuves personnelles en actions d’authentification, de défense des droits et d’aide humanitaire, les femmes syriennes libres œuvrent pour préserver la mémoire et à connaître le sort des disparus.
Un jour avant l’adoption de la résolution, l’Autorité nationale pour les personnes disparues avait lancé le programme national « Athar » et son application, permettant aux familles de signaler des personnes disparues ou victimes de disparition forcée.
Un appel à la réparation des préjudices
Maysaa Saïd, activiste pour les droits des femmes revenue en Syrie après des années en exil, a raconté le parcours de sa mère à la recherche de ses deux fils, Mohammad et Baraa.
Elle a fait savoir que cette quête a été marquée par des sommes importantes versées, des tentatives d’extorsion et des humiliations dans l’espoir d’obtenir des informations sur leur sort.
« L’arrestation de mes frères, ainsi que ma participation au mouvement révolutionnaire dans la Ghouta de Damas, m’a poussée à quitter la Syrie », a-t-elle dit.
Saïd a estimé que la libération, qu’elle a qualifiée de « plus beau cadeau fait au peuple syrien », doit être complétée par l’établissement de la vérité, la reddition de comptes et la réparation des préjudices.
Selon elle, la reconnaissance des souffrances des Syriennes ne suffit pas : leurs droits doivent être garantis et les responsables des abus commis contre elles et leurs familles doivent répondre de leurs actes.
Des années d’attente en quête de vérité
À Deir al-Assafir, dans la Ghouta de Damas, Amina al-Boqaie a raconté une quête commencée en 2018 pour retrouver son mari et son frère détenus, après avoir perdu ses deux enfants, Khalil et Ghyath, ainsi que son frère Abdelkader dans les bombardements de la Ghouta orientale.
Elle a dit avoir appris par la suite, via les registres de l’état civil, le décès de son frère Ahmad en détention. Sa mère continue pourtant d’attendre son retour, dans l’espoir de connaître la vérité sur son sort.
Al-Boqaie a estimé que la reconnaissance internationale des femmes à la recherche de disparus constitue une étape importante qui doit être suivie de mesures concrètes. Elle espère notamment que l’application « Athar » aidera les familles à obtenir les réponses qu’elles attendent depuis des années.
De la détention à la préservation de la mémoire
Rima Awda a, pour sa part, raconté avoir été arrêtée à un point de contrôle en raison, selon son témoignage, de son origine de Darayya, avant d’être transférée à la branche 227, où elle a dit avoir passé plus de deux mois dans des conditions difficiles.
Elle se souvient notamment d’une cellule où étaient parfois détenues une cinquantaine de femmes, ainsi que des cris de torture provenant des cellules réservées aux hommes. Cette expérience l’a ensuite amenée à bénéficier d’un soutien psychologique.
Elle a indiqué œuvrer actuellement avec un groupe de femmes pour la création d’un réseau destiné à authentifier leurs expériences, à faire entendre leur voix et à mener des actions sur le terrain.
Encore en phase de création et de formation, ce réseau vise, selon elle, à transformer les souffrances vécues en actions contribuant à préserver la mémoire et à établir la vérité.
Ces témoignages illustrent le long parcours des femmes syriennes confrontées à la disparition de proches, à la détention et à l’absence, passant du statut de victimes à celui de témoins, de documentalistes et chercheuse de vérité.
A.Ch.