Damas, (SANA) La mise en œuvre de la vision d’une « Syrie sans camps » s’accélère, avec le retour de 22 721 familles dans leurs régions d’origine depuis le début de l’année 2026, parallèlement à la réorganisation des camps et à la réhabilitation des logements et des infrastructures, dans le cadre d’un processus visant à parvenir à « zéro tente » d’ici la fin de l’année et à apporter des solutions durables à la question des déplacements internes.
22 721 familles ont regagné leurs régions d’origine
Dans le dernier bilan officiel du processus de retour interne, le ministère des Affaires sociales et du Travail a annoncé que le nombre de familles ayant regagné leurs régions d’origine depuis le début de 2026 jusqu’au 7 août courant s’élevait à 22 721 familles, réparties notamment dans les campagnes de Hama, d’Alep, d’Idleb et de Homs, ainsi que dans d’autres gouvernorats.
Les convois de retour se sont poursuivis ces derniers jours. Le plus récent, baptisé « Idleb 217 », a quitté la région le 16 août courant. Il transportait 217 familles, soit 1 077 personnes, en provenance de 79 camps de la région de Dana.
Ces familles ont regagné 30 localités dans la campagne d’Idleb et deux localités dans les campagnes de Hama et de Damas, dans le cadre d’une coopération entre les autorités gouvernementales, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), le Croissant-Rouge arabe syrien et les organisations humanitaires.
Selon un bilan présenté le 6 juillet dernier par la directrice des Affaires sociales et du Travail dans le gouvernorat d’Idleb, Ahlam al-Rachid, quelque 174 000 familles avaient regagné leurs villes et villages depuis les camps du nord depuis le 8 décembre 2024. Le nombre de familles résidant dans les camps est, quant à lui, passé d’environ 266 000 familles réparties dans 1 146 camps à quelque 91 000 familles dans près de 736 camps, tandis que le recensement des besoins et le suivi de la situation des familles souhaitant regagner leurs régions se poursuivent.
Cette évolution s’inscrit dans le cadre d’un processus de convois de retour volontaire lancé le 21 avril 2025, lorsque la Direction des Affaires sociales et du Travail à Idleb avait supervisé le transfert des habitants du camp d’Adwan, dans la campagne du gouvernorat, vers leur localité d’origine, Al-Karkat, dans la campagne de Hama, avant que les convois ne soient progressivement étendus à différentes régions.
1 523 camps recensés dans le dernier bilan disponible
Parallèlement aux opérations de retour, le gouvernement œuvre à la constitution d’une base de données nationale sur les camps, recensant le nombre de leurs résidents, leurs besoins et leurs régions d’origine, afin de contribuer à définir les priorités en matière de retour et de réhabilitation des zones d’origine.
Le 3 mai dernier, le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed al-Saleh, a annoncé que les résultats disponibles du recensement faisaient état de 1 523 camps abritant quelque 400 000 familles, précisant que les opérations de recensement et de dénombrement se poursuivaient dans les autres camps syriens.
Les opérations de recensement se sont accompagnées d’une réorganisation de la carte des camps : certains ont été vidés après le retour de leurs habitants, tandis que d’autres ont été regroupés en raison de la diminution du nombre de familles qui y résident, dans le but d’améliorer l’efficacité des services et d’orienter les ressources vers les camps accueillant encore un nombre important de déplacés.
Un décret et un plan articulé autour de six axes
La vision d’une « Syrie sans camps » a acquis un cadre institutionnel avec la promulgation du décret n° 59, le 10 mars 2026, portant création d’une commission chargée de préparer les infrastructures dans les zones détruites en vue du retour des habitants. Cette structure comprend une commission directrice réunissant les ministres et les gouverneurs, ainsi qu’une commission exécutive chargée du suivi des opérations sur le terrain.
Le gouvernement travaille selon six axes parallèles, portant notamment sur la gouvernance et l’organisation, la mobilisation des financements et des partenariats, la coordination avec les Nations unies, l’enlèvement des gravats et le déminage ainsi que l’élimination des restes de guerre, le soutien au retour volontaire et la mise en place d’une plateforme nationale de données et d’un système de recensement des camps.
Le plan vise à mettre fin à l’utilisation des tentes au cours de l’année 2026 et à parvenir à des solutions durables pour l’ensemble des camps d’ici 2027, parallèlement au traitement des principaux obstacles au retour, notamment la destruction des habitations, l’insuffisance des services et la présence de mines et de restes explosifs de guerre.
130 000 mines et 700 000 mètres cubes de décombres
La réhabilitation des zones de retour constitue un axe essentiel de la vision, compte tenu des obstacles que représentent la destruction des maisons, des infrastructures et la présence de restes de guerre pour le retour et la stabilité des habitants.
Le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes a indiqué en juin dernier qu’environ 130 000 mines avaient été retirées au cours de l’année passée, ainsi qu’environ 700 000 mètres cubes de décombres, qui ont été recyclés. Il a souligné que les mines et les restes de guerre constituent l’un des principaux défis entravant le retour des habitants.
Le gouvernement a également annoncé la restauration de 60 000 maisons au cours des deux prochaines années, en accordant la priorité aux régions rurales d’Idleb, d’Alep, de Hama, de Lattaquié et de la banlieue de Damas, selon les besoins de chaque zone et l’ordre des priorités.
Le plan repose sur l’articulation entre l’enlèvement des décombres, la réhabilitation des infrastructures, la restauration des logements, la fourniture des services et des opportunités d’emploi, partant du principe que le retour ne s’accomplit pas par la seule sortie du camp, mais par la récupération des conditions de vie et de stabilité dans les zones d’origine.
L’ONU est un partenaire dans le processus de retour
Dans le cadre de l’appui à ce processus, la coordinatrice humanitaire résidente de l’ONU en Syrie, Nathalie Fustier, a affirmé lors de discussions avec le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes en mai dernier, la disponibilité des Nations unies à fournir un soutien à travers leurs agences opérant en Syrie, dont le PNUD, le HCR, l’OIM et l’UNICEF.
Fustier a confirmé l’engagement de l’ONU à coopérer avec le gouvernement pour assurer la réussite du plan de 2026, tandis que les agences onusiennes et les organisations humanitaires poursuivent leur collaboration avec les autorités syriennes dans les convois de retour, l’évaluation des besoins et le soutien aux efforts de relèvement précoce.
Cela intervient alors que l’ampleur des besoins liés à la réhabilitation des logements, des infrastructures et des services constitue un défi majeur pour transformer le retour d’un simple déplacement géographique en une stabilité durable.
Un retour durable est la condition pour mettre fin au déplacement.
Les données de terrain montrent que la clôture du dossier des camps ne se limite pas à leur évacuation, mais dépend du traitement d’un ensemble de besoins interdépendants, incluant le logement, l’eau, l’électricité, l’éducation, la santé et les opportunités d’emploi, ainsi que la réhabilitation des routes, des installations publiques et l’élimination des restes de guerre.
Dans cette optique, la vision « Une Syrie sans camps » mesure son succès à la capacité des familles à revenir de manière sûre, volontaire et digne, et à s’installer dans leurs régions sans être contraintes de se déplacer à nouveau en raison du manque de services ou de l’absence de sources de revenus.
Du retour à la stabilité
Les chiffres montrent que la vision « Une Syrie sans camps » est passée de la phase de planification à celle de la mise en œuvre sur le terrain, à travers les opérations de recensement, l’organisation de convois de retour, la réorganisation de la carte des camps, le déminage, le déblaiement, la réhabilitation des logements et des services.
Avec le retour de 22 721 familles depuis le début de l’année et la poursuite des convois quotidiens, le processus de clôture du dossier du déplacement interne progresse.
Toutefois, l’atteinte de l’objectif « zéro tente » d’ici fin 2026 demeure tributaire de la finalisation de la réhabilitation des zones de retour et de la mise à disposition des conditions de vie nécessaires.




r.s/mch