Damas, (SANA) Après la transformation politique qu’a connue la Syrie, la sécurité des frontières est devenue l’un des principaux axes de la recomposition de l’équation sécuritaire régionale, mettant fin à l’héritage du régime déchu, qui avait laissé derrière lui des réseaux organisés de contrebande et de criminalité transfrontalière.
L’impact des changements survenus en Syrie ne s’est pas limité au territoire national, mais s’est également étendu aux pays voisins.
La stabilité de la Syrie constitue un paramètre essentiel de la stabilité de son environnement régional, tandis que la restauration par l’État de son rôle dans le contrôle des frontières et le renforcement de la sécurité a des répercussions directes sur la sécurité des pays voisins.
C’est ce qu’a également affirmé le président Ahmad Al-Charaa lors d’un entretien exclusif dans l’émission « Al-Moqabala » diffusée sur la chaîne Al Jazeera dimanche dernier, en déclarant que le renversement du régime déchu était une nécessité non seulement pour la Syrie, mais aussi pour la stabilité de l’ensemble de la région.
Les frontières syriennes : d’une source de crises à un pilier de stabilité
Sous le régime déchu, les frontières syriennes étaient devenues des zones de passage actives pour des réseaux organisés de trafic de stupéfiants et d’armes, profitant de la faiblesse du contrôle, de la propagation du chaos et du soutien des appareils sécuritaires, ce qui a affecté la sécurité de la Syrie et des pays voisins.
Dans ce contexte, l’ancien directeur de la lutte contre les stupéfiants en Jordanie, le général Tayel Al-Majali, a déclaré dans une interview exclusive accordée à SANA ce mardi que la Jordanie avait souffert, durant la période du régime déchu, de pratiques liées aux opérations de contrebande.
Il a indiqué que les preuves disponibles comprenaient l’utilisation d’armes militaires qui ne sont vendues qu’aux armées, ainsi que l’emploi de drones dans les opérations de trafic de stupéfiants.
Al-Majali a précisé que certaines personnes arrêtées pour des accusations de contrebande avaient indiqué que ces opérations étaient menées sous la couverture de la quatrième division de l’armée du régime déchu, qui facilitait l’acheminement de ces cargaisons vers la frontière jordanienne.
En revanche, Al-Majali a mis en exergue les mesures prises par l’État syrien après la libération le 8 décembre 2024, affirmant l’importance accordée à la sécurité des frontières et les rencontres permanentes avec les services de sécurité des deux pays, qui ont contribué à la réalisation des succès dans ce domaine.
Il a précisé que la Jordanie et la Syrie échangent des informations relatives à la sécurité des deux pays, partant d’une conviction commune selon laquelle la sécurité de la Jordanie est liée à celle de la Syrie, et que la coopération conjointe constitue le moyen de faire face aux réseaux de trafic des stupéfiants et de criminalité organisée.
La sécurité préventive : une nouvelle approche pour protéger les frontières
La transformation de la gestion du dossier des frontières représente l’un des principaux aspects du changement dans l’approche sécuritaire syrienne.
L’objectif ne se limite plus à protéger les frontières après l’apparition d’une menace, mais repose désormais sur le concept de sécurité préventive, fondé sur l’anticipation, la surveillance et la neutralisation des dangers avant qu’ils n’atteignent le territoire syrien ou les pays voisins.
Dans ce cadre, le ministère de la Défense a indiqué, dans une déclaration à SANA le 5 mars 2026, que le déploiement d’unités de l’armée arabe syrienne aux frontières avec le Liban et l’Irak s’inscrivait dans le cadre de mesures souveraines visant à contrôler les frontières et à renforcer la sécurité.
Le ministère a précisé que les unités de garde-frontières, soutenues par des bataillons de reconnaissance, surveillent la frontalière, contrôlent les mouvements aux postes-frontières et sur les itinéraires de passage, et détectent les actes suspects susceptibles de constituer une menace sécuritaire avant leur aggravation.
Cette approche reflète un passage d’une action sécuritaire basée sur la gestion des conséquences à une stratégie visant à traiter les sources des menaces, grâce au renforcement des capacités de surveillance, de coordination et d’échange d’informations.
Avortement de trafics d’armes : un test pour les nouvelles capacités sécuritaires
L’opération d’avortement d’une cargaison d’armes sophistiquées à travers la frontière syro-irakienne, le 16 juillet dernier, constitue un exemple concret de cette transformation dans la gestion de la sécurité des frontières.
Le ministère de la Défense avait alors affirmé que les premières enquêtes avaient révélé que la cargaison était destinée à traverser le territoire syrien en direction du Liban au profit de la milice du Hezbollah.
Il a souligné que la protection des frontières et la préservation de la souveraineté nationale représentaient une priorité, et que le territoire syrien ne serait pas utilisé comme couloir pour le trafic d’armes ou toute activité menaçant la sécurité de la Syrie et des pays voisins.
L’importance de cette opération réside dans le fait qu’elle a démontré la capacité des services compétents à démanteler les itinéraires de contrebande et à empêcher que le territoire syrien ne devienne un passage pour la propagation de menaces régionales.
Une coopération régionale pour protéger les frontières
Le renforcement du contrôle des frontières a été accompagné d’un élargissement de la coopération sécuritaire avec les pays voisins. Les armées syrienne et libanaise ont ainsi discuté en juin dernier du renforcement de la coordination dans le domaine du contrôle des frontières et de la lutte contre les activités de contrebande, contribuant à améliorer la sécurité frontalière entre les deux pays.
Une délégation du ministère syrien de la Défense a également rencontré le commandement des forces frontalières irakiennes à Bagdad le mois dernier afin de renforcer les mesures de contrôle des frontières, lutter contre les opérations de contrebande et améliorer le niveau de coordination entre les deux parties.
Dans le même contexte, les relations syro-jordaniennes ont connu une évolution notable dans le domaine sécuritaire durant cette nouvelle phase, dans le cadre d’une coopération plus large entre les deux pays.
Le président du Sénat jordanien, Fayçal al-Fayez, a affirmé lundi que la Syrie et la Jordanie étaient liées par un partenariat stratégique fondé sur des intérêts communs dans les domaines sécuritaire et économique.
De son côté, le ministre jordanien des Affaires étrangères et des Expatriés, Ayman Safadi, avait déjà déclaré que les intérêts des deux pays étaient communs et que leur sécurité était interdépendante, évoquant une large coordination sécuritaire pour faire face aux défis communs, notamment le trafic de stupéfiants et d’armes.
Dans ce contexte, le ministre syrien des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan Al-Chaibani, a affirmé lors d’une précédente visite en Jordanie que la nouvelle situation en Syrie avait mis fin aux menaces liées au trafic d’armes et de stupéfiants, et que Damas était disposée à coopérer intensivement avec les pays voisins pour sécuriser les frontières.
La Syrie : un pilier du système de sécurité régionale
L’importance de la transformation syrienne ne se limite pas au rétablissement du contrôle des frontières et à la lutte contre les menaces transnationales. Elle s’étend également à la restauration de la confiance régionale et internationale dans le nouveau rôle de la Syrie.
Dans ce contexte, l’ancienne sous-secrétaire d’État américaine Barbara A. Leaf, a affirmé dans une déclaration exclusive à SANA le mois dernier que la Syrie avait réussi à rétablir avec succès la confiance de ses partenaires internationaux et des pays voisins, soulignant que sa stabilité constituait un facteur essentiel pour la stabilité du Moyen-Orient.
Les développements sécuritaires successives montrent que la transformation syrienne a redéfini le rôle de la Syrie dans son environnement régional.
Avec le renforcement du contrôle de l’État sur ses frontières, la lutte contre les réseaux de contrebande et l’élargissement de la coopération avec les pays voisins, la Syrie passe d’une période où ses frontières étaient considérées comme un portail du chaos à une phase où elle devient un partenaire dans la protection de la stabilité régionale.
r.s. / A.Ch.