Damas, (SANA) Dès le premier jour de la libération, le 8 décembre 2024, le gouvernement syrien a placé la lutte contre les stupéfiants au cœur de sa nouvelle politique d’État, dans le but de renforcer la stabilité du pays et de bâtir des partenariats internationaux efficaces.
Dans un changement majeur reflétant la détermination de l’État, les autorités compétentes sont parvenues à démanteler l’infrastructure mise en place par le régime déchu pour le trafic de stupéfiants, transformant la Syrie, autrefois principale source mondiale de Captagon, en un pays engagé activement dans la lutte contre ce fléau, dans le cadre d’une vision faisant de cette lutte un programme national global.
La lutte contre les stupéfiants, une priorité nationale
Le président Ahmad al-Charaa a affirmé que la lutte contre les stupéfiants « est un programme national mobilisant les efforts conjoints des institutions de l’État et de la société », à l’occasion du lancement, vendredi, de la campagne nationale « Syrie sans stupéfiants », menée par les ministères de l’Intérieur et de la Santé.
Le Captagon, un héritage du régime déchu
Lors du lancement de la campagne nationale, le ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, a souligné que « le régime déchu, par ses pratiques criminelles, a fait de la Syrie la principale source de Captagon et d’autres stupéfiants, et a contribué à la propagation de ce fléau à l’intérieur et à l’extérieur du pays, comme moyen d’extorsion, outil de guerre et source de financement illicite », insistant sur la poursuite des efforts « par tous les moyens légitimes, jusqu’à parvenir à une Syrie sans stupéfiants ».
La Syrie au centre d’un rapport des Nations unies
L’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a affirmé dans son rapport de 2025 que la production à grande échelle du Captagon en Syrie avait été perturbée et que le gouvernement syrien avait démantelé 15 installations de fabrication et 13 sites de stockage de Captagon depuis décembre 2024.
Dans son rapport de 2026, l’Office a noté que les perturbations du marché du Captagon, à la suite de la chute du régime déchu en Syrie, ont entraîné une hausse des prix des comprimés dans certaines régions, tout en mettant en garde contre le fait que certains consommateurs pourraient se tourner vers d’autres stupéfiants synthétiques, telles que la méthamphétamine.
Bilan des opérations de sécurité
Lors de la cérémonie de lancement de la campagne hier, le général de brigade Khaled Eid, directeur de de lutte contre les stupéfiants, a indiqué que la direction avait mené 1 550 opérations de saisie et de démantèlement depuis la libération, permettant de démanteler 90 réseaux internationaux de contrebande et de fermer 17 installations de fabrication de Captagon.
Selon lui, 697 millions de comprimés de Captagon, 15 tonnes de haschisch, 10 millions de comprimés narcotiques, 180 kilogrammes de cocaïne, 84,5 kilogrammes de méthamphétamine, 7 kilogrammes d’héroïne, ainsi que 221 tonnes de matières premières ont été saisies.
Il a précisé que la réalisation d’une « Syrie sans stupéfiants » est un projet national fondé sur des plans scientifiques et reposant sur une approche équilibrée entre dissuasion et traitement, affirmant que « le consommateur est considéré comme une victime ayant besoin de soins, tandis que le trafiquant et le promoteur sont traités comme des auteurs de crimes méritant d’être punis ».
Efforts colossaux dans la lutte contre la toxicomanie
Le ministère de la Santé a lancé le Plan national de santé mentale, visant à créer des centres de traitement des addictions et à mettre en œuvre des programmes de sensibilisation dans les écoles, avec le soutien d’organisations internationales. Ces centres seront équipés pour prendre en charge spécifiquement les consommateurs de Captagon.
Il s’est également concentré sur le renforcement du rôle des soins de santé primaires à travers le réseau de centres sociaux inclusifs et a lancé une initiative qui a débuté avec 13 centres sociaux, visant à sensibiliser et à fournir un soutien psychologique et social aux personnes en convalescence.
Afin de faciliter l’accès aux services, le ministère a mis en place des lignes d’assistance téléphonique spécialisées, ouvertes 24h/24 à Damas et à Alep, afin d’assurer des consultations à distance et une première prise en charge. Des travaux sont actuellement en cours pour étendre leur couverture à d’autres gouvernorats.
Renforcement de la sécurité et de l’infrastructure technologique
Ces efforts ne se sont pas limités aux opérations de sécurité traditionnelles, mais ont également inclus la création de nouveaux départements visant à renforcer les capacités techniques, notamment dans les domaines des communications, des réseaux, des technologies de l’information et de la cybersécurité, afin de préserver la confidentialité des données et de lutter contre les violations numériques.
La direction des gardes-frontières a également été créée ; elle est chargée d’assurer la sécurité des frontières terrestres et maritimes et de lutter contre les actions illégales, notamment les réseaux de trafic de stupéfiants et d’êtres humains, en coordination avec les pays voisins.
Coopération judiciaire régionale et internationale
La Syrie a renforcé sa présence internationale, avec une délégation du ministère de l’Intérieur, présidée par le général de brigade Khaled Eid, participant à la troisième conférence de Bagdad sur la lutte contre les stupéfiants, à la 39e conférence arabe des chefs des agences de lutte contre les stupéfiants en Tunisie, ainsi qu’à la deuxième réunion du Comité de révision de la stratégie arabe de lutte contre la drogue.
Elle a également ouvert des voies de coopération avec la Turquie, l’Irak, le Koweït et l’Arabie saoudite, et mené des opérations conjointes ayant permis la saisie de grandes quantités de drogue.
Le vice-ministre de la Justice, le juge Mustafa Al-Qasim, a souligné l’importance de parvenir à une dissuasion générale et spécifique, insistant sur le fait que ce crime s’est propagé des pays de la région vers le monde entier, ce qui nécessite une coopération judiciaire internationale afin que les personnes impliquées rendent des comptes, notamment face à l’expansion des réseaux de contrebande transfrontaliers.
Défis frontaliers
Les frontières syriennes avec le Liban et l’Irak sont considérées comme parmi les zones les plus sensibles sur le plan sécuritaire, en raison de leur étendue géographique et de leur chevauchement avec de vastes zones peuplées et agricoles. Face à l’évolution de la situation régionale, le déploiement d’unités de l’armée arabe syrienne à ces frontières constitue une mesure préventive et organisationnelle visant à en renforcer le contrôle et à prévenir les activités illégales, contribuant ainsi au maintien de la stabilité locale et régionale.
Les distances frontalières entre la Syrie et le Liban, qui s’étendent sur environ 375 kilomètres, et la frontière syro-irakienne, qui atteint près de 600 kilomètres, ont constitué un défi majeur sur le plan sécuritaire après la libération, notamment en raison de la prolifération de réseaux illégaux sous le régime déchu, qui exploitaient les zones frontalières pour des opérations de contrebande de diverses natures, contribuant à la déstabilisation de la sécurité des pays voisins.
Depuis la libération, l’État syrien s’emploie à réorganiser le système de sécurité frontalière grâce à des unités militaires spécialisées qui assurent la surveillance de la frontalière, mènent des missions de reconnaissance sur le terrain, ferment de nombreuses voies de passage illégales et renforcent la coordination sécuritaire afin de réduire les actions de contrebande. Ces unités contribuent également à protéger les villages et les villes situés le long de la frontière contre l’exploitation par les réseaux de contrebande ou les groupes hors-la-loi.
La nouvelle Syrie trace un changement stratégique sans précédent dans la lutte contre les stupéfiants, les institutions étatiques n’étant plus, comme sous le régime déchu, des outils de fabrication et de promotion du Captagon pour financer la guerre contre le peuple syrien.
Aujourd’hui, moins de deux ans après la libération, la Syrie se trouve de l’autre côté : un État qui met en œuvre une approche systématique de lutte contre le terrorisme conciliant dissuasion sécuritaire et soins de santé, investit dans la technologie et la gouvernance des frontières, et s’ouvre à des partenariats régionaux et internationaux, dans le cadre d’une vision qui fait de la lutte contre le terrorisme un programme national unifié refusant toute fragmentation.
Les chiffres annoncés par la direction de la lutte contre les stupéfiants, les rapports de l’ONU authentifiant la perturbation de la production locale, ainsi que la participation active aux forums internationaux indiquent tous que la Syrie n’est plus une source de menace, mais plutôt un partenaire actif dans la lutte contre le fléau de la drogue aux niveaux régional et international.
Alors que la campagne nationale « Syrie sans stupéfiants » se poursuit, des défis frontaliers et sécuritaires persistent, mais la détermination affichée par les institutions étatiques, sous l’égide des dirigeants politiques, confirme que la voie vers une Syrie sans stupéfiants n’est plus un rêve lointain, mais un projet national qui progresse régulièrement vers sa réalisation, afin que le peuple syrien triomphe de l’un des outils d’oppression et de criminalité les plus odieux hérités du régime déchu.
a.h. / A.Ch.