Damas, (SANA) Le dossier des détenus et des disparus forcés en Syrie demeure l’un des dossiers humanitaires les plus douloureux et les plus complexes de l’histoire contemporaine du pays.
Les années de la révolution et les violations commises par le régime déchu ont laissé derrière elles des dizaines de milliers de victimes ainsi que des familles qui continuent de chercher des réponses sur le sort de leurs proches.
L’affaire des enfants de la Dre Rania Al-Abbassi figure parmi les dossiers les plus emblématiques, devenant le symbole de la souffrance de milliers de familles syriennes qui attendent toujours de connaître le sort de leurs proches chers.
Des dizaines de milliers de disparus dans les prisons du régime déchu
Selon les données du Réseau syrien des droits de l’homme, le régime déchu est responsable de l’arrestation de 160 123 personnes, dont 8 014 femmes et 3 736 enfants. En dépit de la mise liberté de milliers de détenus après la libération du pays, le sort de la majorité d’entre eux demeure inconnu, tandis que des estimations suggèrent que de nombreux parmi eux sont morts sous la torture ou à la suite des conditions de détention extrêmement dures dans les prisons et centres de détention du régime déchu.
Dans le cadre du traitement de ce dossier humanitaire, le Barreau syrien a annoncé, début mai 2026, la création d’une commission juridique chargée de suivre et de représenter les familles des victimes de détention arbitraire, de disparition forcée et d’exécutions extrajudiciaires.
Le Barreau a souligné que le droit de connaître la vérité sur le sort des disparus constitue un droit fondamental pour les familles et l’un des piliers essentiels de la justice transitionnelle et de la paix civile.
Par ailleurs, la Commission nationale pour les personnes disparues a été créée par le décret présidentiel n°19 de 2025 afin de mener les recherches et les investigations visant à déterminer le sort des disparus, en coopération avec les autorités nationales et internationales.
Les enfants des détenus : un dossier humain particulièrement sensible
Le dossier des enfants de détenus et de personnes disparues de force constitue l’un des aspects les plus complexes et les plus sensibles de cette question.
Dans ce contexte, la ministre des Affaires sociales et du Travail, Hind Kabawat, a annoncé le 10 mai en cours le retour de 200 garçons et filles, enfants de détenus et de disparus forcés, auprès de leurs familles. Parmi eux, 110 enfants étaient hébergés par l’Association SOS Villages d’Enfants et 90 autres dans différentes maisons de l’enfance.
La présidente de la commission d’enquête sur le sort des fils et filles de détenus et détenues, Raghda Zidane, a également révélé que 314 cas d’enfants transférés des services de sécurité vers des maison de l’enfance sous le régime déchu avaient été authentifiés.
Elle a précisé que des organisations spécialisées avaient recensé environ 3 800 enfants disparus au cours des années de la révolution syrienne, tandis que les opérations de vérification et d’examen se poursuivent afin d’établir leur sort et leur véritable identité.
Rania Al-Abbassi et ses enfants : une affaire devenue un symbole national

L’affaire de la Dre Rania Al-Abbassi, chirurgienne-dentiste et ancienne championne de Syrie des jeux d’échecs, ainsi que de ses six enfants, est l’un des cas de disparition forcée les plus marquants ayant retenu l’intérêt de l’opinion publique syrienne pendant de longues années.
Le 9 mars 2013, des membres des services de renseignement militaire ont pris d’assaut la maison de cette famille dans le quartier de Machrou’ Dummar à Damas et ont arrêté son époux, le Dr Abdel Rahman Yassine.
Dans les jours qui ont suivi, Rania Al-Abbassi et ses six enfants ont également été arrêtés. Depuis cette date, aucune nouvelle n’avait été obtenue à leur sujet.
Dans un développement majeur, la Commission nationale pour les personnes disparues a annoncé ce samedi être parvenue à des résultats fiables et concordants permettant de conclure, avec un degré élevé de certitude professionnelle, au décès des enfants de la Dre Rania Al-Abbassi.
Elle a précisé avoir informé les membres de la famille de ces conclusions avant toute annonce publique, conformément à un protocole humain et professionnel garantissant le droit de la famille à l’information, ainsi que la préservation de sa dignité et de son équilibre psychologique. Les efforts se poursuivent parallèlement pour retrouver les dépouilles et déterminer leur lieu de sépulture.
Justice transitionnelle : le droit à la vérité est imprescriptible
Dans ce contexte, la Commission nationale pour la justice transitionnelle a affirmé que l’affaire du sort des enfants du Dr Abdel Rahman Yassine, époux de la Dre Rania Al-Abbassi, constitue l’une des tragédies humaines qui résument la souffrance de milliers de familles syriennes. Elle a indiqué suivre de près les conclusions annoncées par la Commission nationale pour les personnes disparues après de longues années d’attente et de souffrance vécues par la famille, ainsi que par tous ceux qui ont suivi cette affaire, devenue l’un des symboles des disparitions forcées en Syrie.
La Commission a souligné que le droit des victimes et de leurs proches à connaître la vérité est un droit fondamental et imprescriptible, et que l’accès à des informations vérifiées sur le sort des victimes constitue une étape essentielle sur la voie de la justice.
Elle a réaffirmé son engagement à soutenir les efforts de recherche de la vérité et les mécanismes de responsabilisation judiciaire afin que toute personne, impliquée dans des crimes ou des violations graves commis contre les Syriennes et les Syriens, soit tenue pour responsable.
Une opportunité pour la justice et la préservation des preuves
Dans un rapport publié en 2025, Human Rights Watch a estimé que la chute du régime déchu avait créé une opportunité de traduire en justice les responsables de longues années de crimes et de violations.
L’organisation a appelé le nouveau gouvernement syrien à protéger les preuves liées aux prisons, aux centres de détention et aux fosses communes, et à garantir que les auteurs de ces violations n’échappent point à la punition.
L’organisation a également souligné que l’établissement du sort des personnes disparues et la préservation des preuves constituent des étapes essentielles de tout processus de justice transitionnelle et de réconciliation nationale, garantissant les droits des victimes et de leurs familles et contribuant à bâtir un avenir fondé sur la primauté du droit.
André Chatta