Deir Ezzor – Raqqa, (SANA) Les gouvernorats de Deir Ezzor et de Raqqa connaissent depuis plusieurs jours un état d’alerte sans précédent, après la forte hausse du niveau des eaux de l’Euphrate résultant de l’augmentation des lâchers d’eau à travers les barrages et de l’élévation des précipitations dans les régions du nord et de l’est de la Syrie.
Comment le niveau de l’Euphrate a-t-il augmenté ?
Hier jeudi, le directeur général de l’Institution du barrage de l’Euphrate, Haïtham Bakkour, a affirmé que la partie turque avait laissé passer environ 2 000 mètres cubes d’eau par seconde en ouvrant toutes les vannes du déversoir, ce qui a entraîné une hausse des débits d’environ 500 mètres cubes par seconde à près de 1 800 mètres cubes par seconde, parallèlement à une saison des pluies qualifié comme « l’une des plus abondantes » de ces dernières années.
En dépit des inquiétudes croissantes parmi les habitants, le ministère de l’Énergie a affirmé hier que les barrages et les installations hydrauliques demeuraient dans un état technique sûr et que leur capacité opérationnelle permettait d’évacuer des volumes d’eau plus importants si nécessaire.
Des dégâts limités aux pertes matérielles

Concernant les dommages, le bilan préliminaire, selon le ministre des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes, Raed Al-Saleh, a fait état d’environ 2 400 familles affectées et de l’inondation de près de 5 000 dounams de terres agricoles à la suite de la crue de l’Euphrate dans le gouvernorat de Deir Ezzor.
Il a indiqué que les effets se sont concentrés principalement dans les îles fluviales et les terres agricoles longeant le cours du fleuve, sans qu’aucune perte humaine directement liée à l’inondation n’ait été enregistrée.
La crise a également dépassé les seules préoccupations liées aux inondations pour affecter directement les infrastructures de services. Ainsi, l’Établissement des eaux de Deir Ezzor a annoncé hier jeudi la mise hors service de 57 stations de pompage en raison de la hausse du niveau du fleuve.
L’institution a commencé à mettre en œuvre un plan d’urgence comprenant la division du gouvernorat en secteurs hydrauliques, la construction de digues en terre autour des stations les plus stables et la protection de la grande station d’eau de l’Euphrate, considérée comme l’une des plus importantes installations de pompage de la région.
Dans le cadre de la gestion de la crise, le ministère des Situations d’urgence a annoncé hier la création d’une cellule de crise conjointe en coopération avec les gouvernorats de Raqqa et de Deir Ezzor ainsi qu’avec le ministère des Ressources hydrauliques, afin de suivre l’évolution de la situation et de coordonner l’action des différentes institutions gouvernementales et de services. Cette mesure a coïncidé avec l’arrivée d’équipes de renfort en provenance des gouvernorats d’Alep, d’Idleb, de Hama et de Homs pour soutenir les opérations de réponse.
Le président Al-Charaa à Deir Ezzor
La crise liée à la hausse du niveau des eaux de l’Euphrate et aux dégâts qui en découlent a suscité un vif intérêt au plus haut niveau de l’État.
Le président Ahmad Al-Charaa s’est rendu aujourd’hui dans le gouvernorat de Deir Ezzor, accompagné d’une délégation ministérielle de haut niveau afin d’évaluer sur le terrain la situation dans le gouvernorat, les besoins humanitaires sur place et d’examiner les répercussions de la montée des eaux de l’Euphrate ainsi que les mesures prises pour y faire face.
Cette visite a coïncidé avec la poursuite des opérations d’évacuation et du rehaussement des digues de terre dans plusieurs zones menacées, notamment à Al-Houeiqa, Houeijat Saqr et Qataa, où deux centres d’accueil ont été préparés dans les écoles Al-Tatbiqat et Omar Ibn Al-Khattab pour accueillir les familles contraintes de quitter leurs habitations par précaution face à toute nouvelle hausse soudaine du niveau des eaux.
Solutions et réponses d’urgence
Dans le gouvernorat de Raqqa, l’Établissement public de l’eau potable et de l’eau usée a pris aujourd’hui une série de mesures techniques pour protéger les stations situées dans le lit de l’Euphrate après que les eaux ont atteint plusieurs pompes et installations proches du cours du fleuve.

Les mesures comprenaient le retrait des équipements électriques et mécaniques des stations menacées de submersion. Ont ainsi été affectées la centrale d’Al-Hammam, qui alimente environ 4 000 habitants, la centrale d’Al-Bourjab, qui dessert près de 6 000 habitants, ainsi que les centrales de Houeijat Al-Zahra, Al-Maghla, Al-Jarka, Al-Chaher et Houeij Al-Faraj.
L’établissement a affirmé que les équipes d’urgence suivent la situation de 32 stations d’eau et d’irrigation réparties le long de l’Euphrate, depuis l’est du barrage de l’Euphrate jusqu’à la région de Maadan, dans le cadre d’un plan de réponse permanent visant à maintenir la permanence des services et à limiter les dégâts.
Dans les zones rurales, les équipes d’urgence ont réalisé des travaux de consolidation et de rehaussement de digues en terre à Houeijat Zahra, Al-Announ, Badr, Al-Hamada et Hawi Al-Hawa, sur plusieurs centaines de mètres, afin de protéger les terres agricoles et les zones résidentielles contre les inondations.
Sur le plan humanitaire, un convoi d’aide composé de 11 camions est arrivé hier à Deir Ezzor. Destiné aux familles affectées et déplacées des zones menacées par les inondations, il a été organisé par le Croissant-Rouge arabe syrien en coopération avec la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
De son côté, le ministère de l’Économie et de l’Industrie a annoncé aujourd’hui, dans le cadre du maintien de la sécurité alimentaire, l’envoi de 1 050 tonnes de farine vers le gouvernorat de Deir Ezzor afin de garantir la poursuite de l’activité des boulangeries et l’approvisionnement en pain.
Le ministère a également renforcé l’état de disponibilité opérationnelle des minoteries et instauré un fonctionnement continu, jour et nuit, afin d’éviter toute interruption des approvisionnements.
André Chatta