Damas, (SANA) Le dossier des enfants disparus et victimes de disparition forcée en Syrie demeure l’un des dossiers humanitaires les plus complexes. Le régime déchu a fait disparaître des centaines d’enfants durant les années de la révolution syrienne, marquées par des campagnes massives d’arrestations et la séparation forcée de nombreuses familles.
La Commission d’enquête sur le sort des fils et filles des détenus et détenues, relevant du ministère des Affaires sociales et du Travail, a authentifié 314 cas d’enfants transférés depuis les branches de sécurité vers des Maisons de l’enfance durant l’époque du régime déchu. De nombreux d’entre eux ont déjà été réunis avec leurs familles, tandis que les recherches se poursuivent pour retrouver les autres enfants dont l’entrée dans ces Maisons de l’enfance a été confirmée.
Retour de 200 enfants auprès de leurs proches

La ministre des Affaires sociales et du Travail, Hind Kabawat, a annoncé le 10 mai le retour de 200 garçons et fillettes, enfants de détenus et de disparus forcés, auprès de leurs familles.
Elle a précisé que 110 enfants étaient pris en charge par l’association SOS Villages d’Enfants, tandis que 90 autres provenaient d’autres Maisons de l’enfance.
314 cas authentifiés : un chiffre appelé à augmenter
La présidente de la Commission d’enquête, Raghda Zidane, a souligné que le chiffre de 314 n’était pas définitif. Des organisations reconnues ont authentifié environ 3 800 enfants disparus au cours des années de la révolution, mais le mandat de la commission se limite aux enfants placés dans les Maisons de l’enfance relevant du ministère des Affaires sociales et du Travail sous le régime déchu.
Elle a précisé que la majorité des cas concernent la période 2012-2015, marquée par l’apogée des disparitions et des violations.
Registres chaotiques et données altérées

Zidane a insisté sur la difficulté du dossier, liée au désordre des registres et à l’absence de contrôle durant le régime déchu. Certains témoignages font état de pressions, de discriminations ou de violences subies par des enfants, ainsi que de dossiers falsifiés ou ambigus, notamment à travers la modification des noms de certains enfants de filiation inconnue.
Réexamen des placements dans des familles alternatives
La responsable a indiqué que la commission avait commencé à examiner 612 cas d’enfants placés dans des familles alternatives durant les années de la révolution. Jusqu’à présent, il a été confirmé que les enfants placés entre 2011 et 2015 n’étaient pas des enfants de détenus, tandis que l’examen des autres années se poursuit. Elle a précisé que les analyses génétiques ne sont utilisées qu’en dernier recours, afin de préserver la vie privée de l’enfant.
Changement des directions Maisons de l’enfance et poursuites judiciaires
Zidane a précisé que la commission avait procédé au remplacement des conseils d’administration des Maisons de l’enfance qui existaient sous le régime déchu, notamment SOS et Lahn al-Hayat. Les nouvelles directions ont désormais pris leurs fonctions.
Elle a ajouté que les poursuites judiciaires contre les responsables impliqués sont engagées via les plaintes déposées par les familles, les enquêtes étant ensuite menées par les ministères de l’Intérieur ou de la Justice. Les prérogatives du ministère des Affaires sociales et du Travail se limitent quant à elles au remplacement des directions concernées.
Formation de la commission et mécanisme de travail
La Commission d’enquête sur le sort des enfants des détenus a été créée par la décision n°1806 de l’année 2025. Elle regroupe des représentants des ministères des Affaires sociales et du Travail, de la Justice, de l’Intérieur et des Waqfs, ainsi que des organisations de la société civile et des familles de disparus.
La commission œuvre pour l’examen des registres des Maisons de de l’enfance de 2011 à 2024, tout en collectant les données des familles concernées et en croisant les dossiers afin d’identifier les enfants disparus.
Les origines de l’affaire
Les racines de ce dossier remontent aux premières années de la révolution, lorsque des organisations syriennes de défense des droits humains ont authentifié des cas de disparition d’enfants avec leurs familles après des arrestations ou lors d’opérations de détention collective.
Le Réseau syrien des droits de l’homme fait état de disparitions de familles entières, y compris d’enfants ayant accompagné leurs proches vers des centres de détention, sans qu’aucune information sur leur sort ne soit connue jusqu’à aujourd’hui.
Une nouvelle perspective : une voie humanitaire vers la restitution des droits
En dépit de l’ampleur de la tragédie, les développements récents reflètent le début d’un processus humanitaire fondé sur la recherche de la vérité et la réunification des familles. Les avancées dans l’action de la commission, l’authentification précise des cas et l’augmentation du nombre d’enfants rendus à leurs proches redonnent progressivement espoir à des milliers de familles en attente de connaître le sort de leurs enfants.
Avec la poursuite des efforts officiels et sociaux, se dessine la perspective d’un processus fondé sur la justice et l’équité, offrant une véritable chance de clore l’un des dossiers humanitaires les plus douloureux en Syrie.
André Chatta