Damas, (SANA) Les dirigeants du régime déchu en Syrie ont constitué, pendant des décennies, l’épine dorsale d’un régime sécuritaire et politique qui a pratiqué une répression systématique et violé les droits fondamentaux des Syriens.
Ces dirigeants, qui représentaient « le cerveau du régime » et son outil exécutif, ont joué des rôles cruciaux dans la gestion du corps de sécurité et l’orientation des politiques ayant conduit à la perpétration de violations à grande échelle contre les civils, en particulier avec le déclenchement de la révolution syrienne en 2011.
Avec le début du processus de justice transitionnelle, après la victoire de la révolution syrienne le 8 décembre 2024, des noms importants de ces dirigeants sont revenus sur la scène, non plus en tant que figures influentes, mais en tant qu’accusés dans des affaires liées à des crimes graves et à des violations authentifiées.
Mohammad Ibrahim al-Chaar : « le boucher de Sednaya » et figure de la répression sécuritaire
Le général Mohammad Ibrahim al-Chaar, ancien ministre de l’Intérieur, est considéré comme l’un des principaux symboles de la répression sécuritaire durant les années de la révolution.
Il a occupé ce poste entre avril 2011 et octobre 2018, et était membre de la « cellule de gestion de crise » formée par le chef du régime à l’époque pour faire face aux contestations populaires.
Le nom d’al-Chaar est associé au massacre de la prison militaire de Sednaya en 2008, considéré comme l’un des événements les plus sanglants de l’histoire des prisons syriennes.
Il a également été directement accusé d’avoir dirigé des politiques de répression des manifestations pacifiques et supervisé des campagnes d’arrestations massives ayant touché des milliers de civils.
Son nom a été inscrit sur les listes de sanctions européennes et américaines en 2011, avant qu’il n’annonce sa reddition en février 2025, dans une démarche considérée comme le début de la mise en cause de l’un des plus importants responsables sécuritaires.
Ibrahim Houeija : un long passé d’assassinats
Le général Ibrahim Houeija, qui a dirigé le service de renseignement de l’armée de l’air entre 1987 et 2002, est l’un des plus anciens noms associés au dossier des assassinats politiques dans la région.
Il est accusé d’implication dans l’assassinat du leader libanais Kamal Joumblatt en 1977, ainsi que dans une série d’autres assassinats durant l’époque du régime de Hafez al-Assad. Ce long passé de travail sécuritaire lié aux liquidations politiques en a fait l’un des principaux symboles de « l’État sécuritaire » en Syrie.
Il a été arrêté en mars 2025 dans le cadre de la poursuite des responsables de crimes historiques.
Atef Najib : l’étincelle initiale des contestations
Le colonel Atef Najib, ancien chef de la branche de la sécurité politique à Daraa, est l’une des figures dont le nom est associé au début de la révolution syrienne.
En 2011, Najib était responsable de l’arrestation et de la torture d’enfants ayant écrit des slogans anti-régime, ce qui a déclenché une vague de protestations massives à Daraa, qui s’est ensuite étendue à tout le pays.
Il a été accusé de graves violations contre les civils et inscrit très tôt sur les listes de sanctions internationales. Il a été arrêté en janvier 2025, devenant le premier à comparaître effectivement devant la justice lors de procès publics.
Naïf Saleh Dhergham : la justice comme outil de répression
Le général Naïf Saleh Dhergham, qui occupait le poste de procureur militaire général, a joué un rôle central dans la transformation de la justice militaire en outil de répression contre les opposants.
Dhergham a supervisé des tribunaux de terrain et militaires qui ont prononcé des jugements rapides et sévères contre des milliers de civils, en l’absence des normes minimales de justice. Ces tribunaux sont accusés d’avoir commis de graves violations, notamment des exécutions arbitraires.
Il a été arrêté en octobre 2025 dans le cadre des efforts visant à élargir le champ des poursuites pour inclure le corps judiciaire lié au régime.
Le colonel Salem Daghestani : crimes de guerre contre le peuple syrien
Il a occupé plusieurs postes, notamment la direction de la branche d’enquête au sein des services de renseignement de l’armée de l’air, la direction du département d’enquête de la prison de Sednaya, ainsi que la présidence du comité sécuritaire dans la région de la Ghouta orientale.
Il est responsable de la mort de centaines de personnes sous la torture et de la perpétration de crimes de guerre contre le peuple syrien. Il a été arrêté le seize avril 2025.
Le général Akram Salloum al-Abdallah : implication dans des meurtres de détenus à la prison de Sednaya
Il a occupé le poste de commandant de la police militaire au ministère de la Défense entre 2014 et 2015. Son nom est associé à des violations graves et à des opérations d’exécution de détenus à la prison de Sednaya. Il a été arrêté le vingt-deux octobre 2025.
Le colonel Riyad Hamdo al-Chehada : liquidation de centaines de personnes, dont des femmes
Il a occupé le poste de chef de la branche de la sécurité politique à Damas. Il est accusé d’avoir commis de nombreux crimes de guerre contre le peuple syrien, y compris la liquidation de centaines de personnes, dont des femmes. Il a été arrêté le vingt-deux octobre 2025.
Le colonel Souleymane al-Tinaoui : auteur du massacre de Jiroud
Officier au sein des services de renseignement de l’armée de l’air, il a commis des crimes de guerre contre les civils, notamment le massacre de la région de Jiroud dans la banlieue de Damas en juillet 2016. Il a été arrêté le vingt-deux avril 2025.
Le colonel Abdel Razzaq Barakat : répression des manifestations pacifiques à Homs
Il a dirigé la police de Homs, puis celle de la ville d’al-Tabqa dans la banlieue de Raqqa. Il est responsable de la répression des manifestations pacifiques à Homs au début de la révolution syrienne. Il a été arrêté le quatre octobre 2025.
Le colonel Rateb Ali Ghanem : répression des manifestations pacifiques
Il a occupé le poste d’adjoint au chef de la branche de Saasaa dans les services de renseignement militaire dans la banlieue de Damas entre 2010 et 2014, puis celui de chef de la branche de la sécurité militaire à Hassaké.
Son nom est associé à la répression des manifestations pacifiques, à des arrestations et à des violations contre les citoyens. Il a été arrêté le vingt-deux janvier 2026.
Le colonel Amer Youssef Souleymane al-Hassan : répression des manifestations pacifiques à Lattaquié
Il a occupé le poste de commandant des opérations de terrain dans la branche de la sécurité d’État à Lattaquié, puis celui de chef de la branche de la sécurité d’État dans le gouvernorat d’Idleb en 2019. Il est responsable de la répression des manifestations pacifiques à Lattaquié et a été un chef militaire lors de la bataille d’al-Haffa en 2012. Il a été arrêté le vingt avril 2026.
Le général Adnan Aboud Heloua : massacre à l’arme chimique dans la Ghouta orientale en 2013
L’un des hauts responsables impliqués dans le massacre à l’arme chimique dans la Ghouta orientale en 2013, où il a joué un rôle axial dans ce crime visant des civils et ayant causé un grand nombre de victimes. Ce crime est considéré comme l’un des plus graves commis durant les années de guerre en Syrie.
Amjad Youssef : massacreur d’Al-Tadamon
Arrêté le 24 avril 2026 par le ministère de l’Intérieur syrien, Amjad Youssef est considéré comme le principal responsable de l’exécution du massacre du quartier d’Al-Tadamon à Damas en 2013.
Ce crime a impliqué l’exécution de dizaines de civils non armés, arrêtés, ligotés et abattus avant d’être jetés dans une fosse commune, comme l’ont révélé des enquêtes internationales.
Les vidéos diffusées en 2022 ont confirmé la brutalité extrême de ce massacre, montrant des scènes d’exécutions collectives suivies de l’incinération.
Authentification des violations : témoignages des organisations de défense des droits humains
Des organisations de défense des droits humains, en particulier le Réseau syrien des droits de l’homme, ont affirmé que ces figures faisaient partie d’un régime intégré ayant commis des violations équivalant à des crimes contre l’humanité, y compris l’arrestation arbitraire, la torture, la disparition forcée et les exécutions extrajudiciaires.
Des organisations humanitaires internationales ont également souligné que la poursuite de ces dirigeants constitue une étape nécessaire pour rendre justice aux victimes et garantir la non-répétition de ces violations à l’avenir.
Début des procès : un moment charnière dans l’histoire de la Syrie
Damas a été témoin du lancement des premières audiences publiques des procès des figures du régime déchu, dans une démarche qualifiée d’« historique » dans le processus de justice transitionnelle. Ces procès publics sont considérés comme un « tournant historique » dans la construction d’une nouvelle Syrie fondée sur la transparence, contrairement à ce qui prévalait durant les six dernières décennies.
Dans ce contexte, Ahmad Saifo, de la commission de justice transitionnelle, a indiqué que « le processus de révélation de la vérité est le premier du genre dans les systèmes de justice transitionnelle à l’échelle mondiale, et constitue un droit fondamental pour les victimes ».
La première audience du procès d’Atef Najib devant la quatrième chambre criminelle a marqué un tournant majeur, non seulement en termes de responsabilisation des individus, mais aussi comme une annonce officielle du début d’une nouvelle phase fondée sur la justice et la reddition des comptes, après des décennies d’impunité.
Ces procès constituent un véritable test de la capacité de la Syrie à passer à une phase de justice. Leur importance ne se limite pas à la punition des responsables, mais s’étend à la reconstruction de la confiance entre l’État et la société, ainsi qu’à l’enracinement des principes de l’État de droit et des droits humains dans l’avenir du pays.
André Chatta