Damas, (SANA) Au printemps 2011, la Syrie a connu l’un des mouvements populaires les plus marquants de l’histoire contemporaine de la région. La révolution syrienne a commencé comme un mouvement pacifique réclamant la liberté, la dignité et des réformes politiques. Cependant, la riposte violente du régime déchu a provoqué une escalade des événements et transformé les protestations en une longue guerre qui a duré des années.
En dépit de l’ampleur des souffrances vécues par les Syriens durant cette période, l’histoire de la révolution reste étroitement liée à son premier déclenchement dans le gouvernorat de Daraa, où la souffrance des enfants a été l’étincelle qui a déclenché les manifestations populaires.
Après plus de quatorze ans depuis ce moment historique, les Syriens commémorent le 18 mars comme la date symbolique du début de leur révolution et de leur lutte pour la liberté et la justice.
La première étincelle : les enfants de Daraa
Le début de la révolution syrienne remonte à mars 2011 dans la ville de Daraa, au sud du pays. Un groupe d’écoliers avait écrit des slogans contre le régime sur les murs de leur école.
Les services de sécurité ont réagi en arrêtant 15 enfants âgés de 10 à 15 ans, qui ont été détenus dans un centre de sécurité relevant des autorités. Durant leur détention, les enfants auraient été soumis à des formes sévères de torture, notamment des coups, des décharges électriques et l’arrachement de leurs ongles.
Cet événement a profondément choqué la société locale de Daraa, d’autant plus que ces enfants appartenaient à des familles connues de la ville. Lorsque des dignitaires du gouvernorat de Daraa ont tenté d’intervenir pour obtenir leur libération, ils auraient été humiliés et leurs demandes rejetées, ce qui a provoqué la colère des habitants et déclenché les premières manifestations réclamant la libération des enfants et des réformes politiques.
Des manifestations pacifiques face aux tirs
Le 18 mars 2011, des milliers de manifestants sont sortis de la mosquée Al-Omari pour organiser des manifestations pacifiques. Les protestataires portaient des branches d’olivier et scandaient le slogan « Silmiya, Silmiya » (« pacifique, pacifique ») pour souligner le caractère non violent du mouvement.
Les forces de sécurité ont toutefois utilisé des balles réelles pour disperser les manifestants, ce qui a entraîné des martyrs et des blessés. Les protestations se sont ensuite étendues à de nombreuses villes syriennes, où les manifestants réclamaient la liberté, la libération des prisonniers politiques et la poursuite des responsables des violations.
Arrestations arbitraires et campagne de répression
Avec l’expansion des manifestations, les autorités syriennes ont lancé une vaste campagne d’arrestations arbitraires à travers le pays. Des milliers de civils ont été arrêtés, parmi lesquels des enfants, des femmes et des personnes âgées.
Beaucoup d’entre eux ont été détenus dans des conditions difficiles dans des centres de détention. Des organisations de défense des droits humains ont également authentifié des cas de torture systématique dans les prisons, incluant des passages à tabac, des décharges électriques et d’autres formes de mauvais traitements.
Certains rapports ont indiqué que des enfants étaient détenus avec des adultes dans des cellules surpeuplées.
Les enfants victimes de la violence : l’affaire Hamza Ali al-Khattib
Parmi les cas qui ont profondément marqué l’opinion publique syrienne et internationale figure celui de l’enfant Hamza Ali al-Khattib.
Ce garçon de 13 ans avait été arrêté lors d’une manifestation à en 2011. Environ un mois plus tard, les autorités ont remis son corps à sa famille. Des images diffusées par la suite ont montré des traces de torture sévère.
Cette affaire a suscité une grande indignation en Syrie et dans le monde et est devenue un symbole de la souffrance des enfants durant le conflit syrien.
Refus du dialogue et escalade du conflit
Durant les premiers mois de la révolution, les manifestants réclamaient des réformes politiques, la libération des détenus et l’ouverture d’un dialogue national.
Cependant, les autorités ont continué à privilégier une approche sécuritaire, menant des opérations militaires dans plusieurs villes et imposant des sièges à certaines localités.
Avec la poursuite des arrestations et des opérations militaires, la crise s’est progressivement transformée en une guerre prolongée menée par le régime déchu et qui a causé des destructions importantes et provoqué le déplacement de millions de Syriens à l’intérieur et à l’extérieur du pays.
Quatorze années de lutte et de mémoirev
Au cours des années suivantes, la date du 18 mars est restée profondément ancrée dans la mémoire collective syrienne. Chaque année, les Syriens commémorent cette date comme le symbole du début d’un mouvement populaire réclamant la liberté et la dignité.
La ville de Daraa, d’où sont parties les premières manifestations, est souvent décrite par les Syriens comme « le berceau de la révolution ».
La révolution syrienne représente l’un des événements les plus marquants de l’histoire récente du Moyen-Orient. Elle a commencé comme un mouvement pacifique porté par des citoyens ordinaires, parmi lesquels des enfants, qui réclamaient la liberté et la justice.
La riposte violente de la part des autorités s’est soldée par des années de conflit et de souffrances pour la population syrienne. Pourtant, le récit de la révolution reste profondément lié au courage de ces enfants de qui ont écrit quelques mots sur un mur d’école, des mots qui se sont transformés en un cri collectif pour la liberté.
Pour de nombreux Syriens, le 18 mars demeure une date symbolique : celle d’un peuple qui a refusé le silence et qui a choisi d’écrire un nouveau chapitre de son histoire malgré les sacrifices.

André Chatta