Hama, (SANA) Le 2 février 1982, les forces du régime criminel de « Hafez al-Assad » ont pris d’assaut la ville de Hama, déclenchant l’un des massacres les plus atroces de l’histoire moderne.
Pendant 27 jours, la ville a subi un siège étouffant, des bombardements aveugles, des exécutions sommaires et des arrestations massives, entraînant la mort de dizaines de milliers de personnes, la disparition forcée de milliers d’autres, ainsi que la destruction de quartiers entiers, simplement parce que ses habitants avaient dit « non » à la répression.
Malgré les tentatives du régime déchu d’étouffer la vérité et de falsifier le récit, le massacre est resté vivant dans la mémoire collective, transmis de génération en génération et raconté dans les foyers, les livres et les arts afin de rendre hommage aux victimes, dont le nombre est estimé à 40 000 martyrs et 17 000 disparus de force. La vérité est restée sur les lèvres des proches des victimes et son écho a continué de résonner dans les ruelles des quartiers détruits : Al-Asida, Al-Chamaliyya, Al-Zanbaqi, Al-Kaylaniyya, Bayn al-Hayrayn, Al-Charqiyya, Al-Hamidiyya, Al-Baroudiyya, Al-Sakhana, Al-Bachoura, Al-Amiriyya, Al-Manakh.
Avec la libération de la Syrie du joug du régime déchu, les habitants de Hama ont pu, pour la première fois, commémorer le 43e anniversaire du massacre le 2 février 2025, dans un geste symbolique rendant justice aux victimes et ouvrant la voie à un processus de justice attendu depuis des décennies.
Quarante-quatre ans ont passé, mais les détails du massacre demeurent profondément présents dans la mémoire des survivants, comme l’ont affirmé plusieurs habitants de la ville de Hama à SANA.
Ils racontent s’être réveillés au début de février 1982 au bruit des chars envahissant les quartiers, précédés par les Brigades de Défense dirigées par le criminel « Rifaat al-Assad », appuyées par les forces spéciales et les services de renseignement.
Un siège total fut imposé, avec coupure des communications, de l’eau et de l’électricité, et instauration d’un couvre-feu visant à isoler la ville et à la morceler, avant qu’un bombardement aveugle ne commence, frappant sans pitié les habitants et les bâtiments.
Marwan Ghazal raconte comment il a miraculeusement survécu après que les « forces d’Assad » lui ont tiré dessus dans le quartier d’Al-Aliyliyat : sa jambe fut amputée, et tous ceux qui étaient avec lui furent tués. Il précise que des centaines de corps jonchaient les rues, notamment ceux d’enfants et de femmes, et que ces scènes terrifiantes le hantent encore aujourd’hui.
De son côté, Abdel Mou’ine al-Asfar se souvient de la manière dont les « forces d’Assad » ont exécuté devant lui dix personnes, dont son oncle, par balles, après les avoir forcées à s’aligner contre le mur de la maison, au milieu des rires des criminels, de leurs moqueries et de leur joie froide d’assassiner des jeunes de sang-froid.
Il souligne que les bombardements ont visé l’ensemble des quartiers de la ville, sans distinguer entre une maison, un lieu de culte ou une clinique médicale : tout fut frappé, causant un grand nombre de morts et de blessés.
Quant à Abdel Rahim al-Baroudi, il revit l’amertume de ces journées sanglantes dans le quartier d’Al-Baroudiyya, encerclé par les Brigades de Défense dès le matin du 2 février 1982, avant d’être envahi par les chars et l’infanterie, qui tuèrent des centaines d’habitants. Il indique que les habitants restèrent assiégés dans leurs maisons jusqu’au 25 du même mois, incapables de sortir ou d’enterrer les victimes.
Al-Baroudi, qui avait alors 14 ans, raconte avoir survécu avec son frère aîné d’un an seulement, tandis que les horreurs du massacre restent gravées dans sa mémoire comme si elles avaient eu lieu hier. Les « forces d’Assad » criminelles ont agressé hommes, femmes et enfants sans distinction. De nombreuses femmes enceintes ont fait des fausses couches en raison de la torture et des sévices. Les forces ont également fait exploser plusieurs mosquées dans le quartier, dont la mosquée Cheikh Marwan Hadid, la mosquée Al-Zawiya, la mosquée Al-Charqi et la mosquée Al-Saghir, une scène qui résume l’ampleur de la destruction subie par Al-Baroudiyya et ses environs.
Des rapports d’organisations de défense des droits de l’homme indiquent que les bombardements sauvages sur Hama ont endommagé 88 mosquées et 4 églises, en plus des marchés et de zones historiques importantes de la ville, comme le souk Al-Tawil, Al-Hader al-Kabir et Al-Najjarin, sans oublier les destructions massives ayant touché les habitations.
Pour sa part, le directeur de l’information à Hama, Qussay al-Chabib, a précisé que le gouvernorat organise cette année une commémoration de trois jours, comprenant la projection d’un film documentaire, des chants religieux et l’allumage de bougies, ainsi que des activités culturelles et sportives, des expositions de photos et des arts plastiques illustrant la tragédie, jamais absente de la mémoire de la ville.
Al-Chabib a affirmé que l’objectif de cette commémoration est de rappeler que le massacre de Hama n’était pas un événement passager, mais un tournant majeur de l’histoire de la Syrie, et une révolte populaire ayant précédé ce que le pays a connu plus tard. Il a également souligné que le régime déchu a réutilisé les mêmes méthodes de désinformation et de répression.
A.Ch.