Damas, (SANA) La visite officielle effectuée par le président français Emmanuel Macron à Damas les 7 et 8 juillet 2026 a marqué un tournant dans les relations syro-françaises. Il s’agit de la première visite d’un président français en Syrie depuis 2009 et de la première de ce niveau depuis le rétablissement de la souveraineté syrienne et le lancement de la phase de reprise et de reconstruction.
Cette visite constitue l’aboutissement d’un processus d’ouverture politique et diplomatique engagé après la visite du président Ahmad al-Charaa à Paris en mai 2025, qui a permis de faire évoluer les relations bilatérales d’une simple reprise des contacts vers un partenariat stratégique fondé sur la coopération politique, économique et les investissements.
Une confiance croissante entre Paris et Damas
La visite de Macron à Damas illustre l’accélération du rapprochement entre les deux pays au cours des deux dernières années. À l’issue de la rencontre entre le président Al-Charaa et son homologue français à Paris, les deux dirigeants avaient affirmé leur détermination à ouvrir une nouvelle page dans leurs relations bilatérales. La France a également contribué à soutenir le processus de levée des sanctions européennes contre la Syrie et à favoriser son retour au sein des institutions internationales.
Dans un entretien accordé à la chaîne française BFMTV à la veille de la visite de Macron, le président Al-Charaa a qualifié la France d’« amie du peuple syrien », soulignant que sa précédente visite à Paris avait jeté les bases d’un partenariat dépassant le cadre politique pour englober la reconstruction, les investissements et le transfert de technologies.
Une feuille de route pour une coopération globale
La visite a été marquée par la signature de la Déclaration-cadre de coopération globale, qui établit une feuille de route destinée à organiser les relations bilatérales à travers un mécanisme de suivi ministériel annuel, garantissant la pérennité et l’élargissement de la coopération dans de nombreux secteurs.
Lors de la conférence de presse conjointe, le président Al-Charaa a affirmé que la nouvelle Syrie ouvrait ses portes à des partenariats équilibrés fondés sur des intérêts communs et des projets concrets. Il a souligné que la Syrie retrouvait progressivement sa place de nœud entre l’Orient et l’Occident à la lumière de la transformation des voies commerciales et des chaînes d’approvisionnement mondiales.
De son côté, le président Macron a indiqué que la France accompagnerait la Syrie dans la construction d’un État de droit et dans son processus de reconstruction, estimant que la stabilité du pays constituait un intérêt commun pour la région et pour l’Europe.
Des accords économiques au service de la reconstruction
Le volet économique a occupé une place centrale dans la visite du président français. Une table ronde réunissant responsables et chefs d’entreprise des deux pays s’est tenue à cette occasion, donnant naissance à des commissions économiques conjointes chargées de superviser la mise en œuvre des projets de coopération.
Les accords conclus portent notamment sur le développement des ports syriens, en particulier l’extension du port de Lattaquié en partenariat avec le groupe CMA CGM, qui a porté ses investissements à près de 430 millions d’euros, permettant d’augmenter la capacité du port à 625 000 conteneurs avant la fin de l’année.
Les deux parties sont également convenues de moderniser le secteur aérien à travers le développement des aéroports, des systèmes de navigation et le renouvellement de la flotte aérienne, afin de reconnecter la Syrie aux réseaux internationaux de transport et de renforcer son rôle de plateforme logistique régionale.
Dans le secteur de l’énergie, les deux pays ont décidé d’élargir les investissements français dans les domaines du pétrole, du gaz et des énergies renouvelables, ainsi que d’examiner des projets stratégiques tels que le corridor Kirkouk-Baniyas, tout en modernisant les réseaux d’électricité et d’eau.
Dans le domaine de la santé, les accords prévoient la réhabilitation des hôpitaux universitaires et le renforcement des services médicaux. Le partenariat industriel vise, quant à lui, à développer les cités industrielles, encourager les entreprises françaises à implanter des usines, favoriser le transfert de technologies et créer des emplois pour les compétences syriennes.
Dans le secteur agricole, le président Al-Charaa a indiqué que la coopération porterait également sur les industries agroalimentaires et le développement de la production agricole afin de renforcer la sécurité alimentaire.
Les accords accordent en outre une importance particulière à la restructuration du secteur financier et bancaire. La France a annoncé sa disponibilité à coopérer avec la Banque centrale de Syrie et à soutenir la réforme du système bancaire, afin de reconnecter le pays au système financier international, d’améliorer le climat des affaires et de renforcer la transparence.
Le retour à des relations diplomatiques normales
Parmi les principaux résultats politiques de cette visite figure l’annonce par les présidents Al-Charaa et Macron du lancement prochain des procédures d’échange d’ambassadeurs résidents entre Damas et Paris, marquant ainsi le rétablissement complet des relations diplomatiques après plusieurs années de rupture.
Le président Al-Charaa a également annoncé la signature d’une déclaration d’intention ouvrant la voie à la restitution des avoirs syriens gelés à l’étranger afin de les affecter à des projets de développement en Syrie, ainsi qu’au retour de plusieurs antiquités syriennes conservées en France, dans une démarche illustrant le renforcement de la confiance mutuelle et le respect de la souveraineté nationale.
André Chatta