Damas, (SANA) Située au nord-est de la Syrie, la région de la Jazira syrienne, qui englobe la majeure partie du gouvernorat de Hassaké, ainsi que des zones de Deir Ezzor et de Raqqa, occupe une place singulière dans la géographie nationale.
Bordée par la Turquie au nord et l’Irak à l’est, encadrée par l’Euphrate et le Tigre, cette plaine fertile est depuis des millénaires un carrefour agricole et humain.
Le grenier à blé du pays
Longtemps qualifiée de « grenier à blé de la Syrie », la Jazira concentre l’essentiel de la production céréalière nationale. Avant la guerre, la région assurait non seulement l’autosuffisance du pays en blé, mais permettait également l’exportation de volumes significatifs vers les marchés voisins.
À côté du blé, les cultures y sont multiples et déterminantes :

• Orge
• Coton
• lentilles et pois chiches
• maïs jaune
• sésame
• production maraîchère et légumes destinés à l’industrie agroalimentaire
La relance agricole dans cette région apparaît désormais comme un enjeu vital : réduire l’importation de céréales, limiter la sortie de devises et consolider la sécurité alimentaire, devenue une priorité face à la raréfaction des ressources.
Une richesse énergétique stratégique
Les terres de la Jazira abritent également la principale concentration de pétrole et de gaz du pays.
Les champs de Rmeilane, de Soueïdiya ou encore ceux de Deir Ezzor constituent le cœur de la production énergétique syrienne.
Avant la guerre, plus de la moitié du pétrole syrien provenait de ces gisements, tandis que le gaz naturel participait massivement à l’alimentation des centrales électriques et à l’activité industrielle.
La récupération et l’intégration de ces ressources dans l’économie nationale pourraient produire des effets immédiats :
• Réduire la facture énergétique extérieure
• Alléger la pression sur la livre syrienne
• Renflouer le budget de l’État grâce aux revenus pétroliers
• Fournir une énergie bon marché aux infrastructures productives
• Un levier essentiel pour la reconstruction
• L’alliance entre une agriculture abondante, des réserves en hydrocarbures et une position stratégique fait de la Jazira syrienne l’un des rares territoires capables de porter une dynamique de rétablissement économique après plus d’une décennie de guerre.
Ses potentialités pourraient :

• générer des milliers d’emplois dans les secteurs agricole, énergétique et logistique
• soutenir l’essor de filières industrielles, notamment agroalimentaires et textiles
• revitaliser les zones rurales et freiner l’exode interne
• approvisionner le budget de l’État de ressources indispensables
• consacrer l’autosuffisance économique et limiter le recours aux importations
• accélérer la reconstruction des infrastructures
Les économistes s’accordent à dire que, sous réserve d’une gestion rationnelle et équitable, la Jazira pourrait redevenir le moteur agricole et énergétique d’une Syrie en quête de stabilité et de développement.
Plus qu’un simple territoire périphérique, la Jazira syrienne apparaît comme l’un des piliers de l’avenir économique du pays.
Dans un contexte d’instabilité et d’incertitude, le retour progressif de ses ressources – terres fertiles, production céréalière, pétrole et gaz – représente une chance unique de ralentir l’hémorragie financière, soutenir la monnaie nationale et replacer la Syrie sur la voie de la croissance et de la reconstruction. Dès lors, la renaissance économique syrienne pourrait bien, en grande partie, prendre racine au nord-est du pays.


André Chatta