New York, (SANA) Human Rights Watch (HRW) a réclamé mercredi une réglementation internationale plus stricte du phosphore blanc, après avoir documenté 23 utilisations attribuées aux forces israéliennes dans le sud du Liban entre mars et mai 2026.
Dans un rapport conjoint avec la Clinique internationale des droits humains de la faculté de droit de Harvard, l’organisation a dit : « L’utilisation répétée de phosphore blanc au Liban souligne la nécessité d’une action internationale plus large pour réduire ses graves conséquences humanitaires ».
Les deux organisations ont exhorté les pays à aborder cette question lors des réunions sur le désarmement qui se tiendront à New York en octobre 2026, dans le cadre de la 81ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Dommages physiques et psychologiques à long terme
Le rapport de 45 pages, intitulé « Brûlures incontrôlées : Effets inhumains des munitions au phosphore blanc et nécessité d’une loi plus stricte », documente 23 incidents avérés d’utilisation de ces munitions par Israël dans le sud du Liban, entre mars et mai 2026.
« Les munitions au phosphore blanc peuvent infliger des brûlures atroces et causer des dommages physiques, psychologiques et socio-économiques permanents », a déclaré Bonnie Docherty, conseillère senior sur les questions d’armes auprès de la division Crises, conflits et armes de Human Rights Watch et chargée de cours à la Clinique internationale des droits humains à la faculté de droit de Harvard.
Les pays devraient condamner l’utilisation continue de munitions au phosphore blanc, appeler à de nouvelles négociations internationales sur cette question, et veiller à ce que le droit international prenne en compte de manière adéquate le coût humain inacceptable de ces armes. »
Lacunes dans les règles internationales
L’utilisation de munitions au phosphore blanc qui explosent en l’air au-dessus de zones peuplées est indiscriminée – c’est-à-dire qu’elle ne fait aucune distinction entre combattants et civils – et viole donc le droit international humanitaire.
Le Protocole III définit les armes incendiaires comme étant «essentiellement conçues » pour provoquer des incendies et brûler des personnes. Cette définition exclut les armes conçues à d’autres fins, même si elles produisent les mêmes effets incendiaires. Elle n’inclut donc pas les munitions au phosphore blanc, qui sont principalement conçues soit pour masquer, soit pour éclairer des opérations militaires.
Effets dangereux sur le corps humain
Human Rights Watch et la Clinique de Harvard ont analysé l’utilisation de munitions au phosphore blanc en se basant sur la Clause de Martens, une disposition du droit international humanitaire qui stipule qu’en l’absence de traité spécifique sur un sujet, les civils et les combattants doivent être protégés en vertu des « principes d’humanité » et des « exigences de la conscience publique ».
Les munitions au phosphore blanc relèvent de la Clause de Martens, ont affirmé les organisations dans leur rapport. Les blessures inhumaines et difficiles à soigner qu’elles provoquent sont incompatibles avec les « principes d’humanité ». Le phosphore blanc peut brûler les personnes jusqu’à l’os, et toute particule restante dans une plaie peut se rallumer lorsque les pansements sont retirés et exposés à l’oxygène.
Appel à un droit international plus strict
Les objections formulées à l’encontre de ces armes par des pays, des organisations internationales, des organisations de la société civile, des professionnels de la santé et des institutions financières prouvent que ces munitions vont aussi à l’encontre des « exigences de la conscience publique ».
« Des diplomates, des médecins, des enquêteurs de l’ONU et d’autres personnes ont exprimé leur indignation face aux blessures cruelles causées par les munitions au phosphore blanc », a déclaré Docherty. « Des pays ont déjà adopté des traités sur les gaz toxiques et les lasers aveuglants, car ces armes sont inhumaines et contraires à la conscience publique. Ils devraient faire de même pour les munitions au phosphore blanc ».
La plupart des discussions sur les munitions au phosphore blanc se sont jusqu’à présent déroulées dans le cadre de la Convention sur les armes classiques (CCAC). Des dizaines de pays ont condamné les dommages qu’elles causent, et ont appelé à des discussions approfondies sur le sujet.
Malgré ces obstacles, les pays favorables à une action contre le phosphore blanc devraient également soulever la question lors de la Conférence d’examen quinquennale de la Convention CCAC, prévue du 16 au 20 novembre à l’ONU à Genève.
« L’objectif ultime devrait être l’adoption d’une loi internationale forte qui comble les lacunes juridiques actuelles, et stigmatise l’utilisation des munitions au phosphore blanc », a conclu Docherty. « Une interdiction totale de la production, du transfert et de l’utilisation de ces armes aurait les plus grands bienfaits humanitaires. »
ls