Damas, (SANA) Le secteur du phosphate en Syrie s’oriente vers la reconquête de son rôle en tant que l’une des principales composantes des ressources minérales et de l’économie productive du pays.
Les efforts ne se limitent désormais plus à la réhabilitation des installations à l’arrêt, mais visent à mettre en place une chaîne intégrée englobant l’extraction, le lavage, le traitement, la transformation industrielle, le transport et l’exportation.
Les accords et mémorandums d’entente conclus avec des entreprises françaises, serbes et saoudiennes, parallèlement aux projets de modernisation des chemins de fer et des ports, témoignent d’une détermination à attirer les investissements, les expertises et les technologies modernes, tout en augmentant la valeur ajoutée du minerai syrien.
Remise en service de l’usine de Homs et partenariats internationaux
La remise en service de l’usine de phosphate des mines d’Al-Charqiya, dans la banlieue de Homs, le 25 novembre 2025, a constitué une étape majeure dans la relance du secteur après dix années d’arrêt.

Depuis le site de l’usine, le ministre de l’Énergie, Mohammad Al-Bachir, a annoncé la reprise de la production avec une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes de phosphate lavé et séché.
Il a indiqué aux journalistes que la réhabilitation de l’installation renforçait la présence de la Syrie sur le marché mondial du phosphate et contribuait au soutien de l’économie nationale.
Le 17 décembre 2025, l’Établissement général de géologie et des ressources minérales a signé un accord avec la société TERYAQ, filiale du groupe serbe ELIXIR GROUP, portant sur l’exploitation et l’exportation de 1,5 million de tonnes de phosphate au cours de l’année 2026.
Le directeur général de l’établissement, Siraj Al-Hariri, a déclaré à SANA que l’accord couvrait les études, l’exploration, la production et l’exportation et qu’il représentait une première étape vers l’accès aux marchés mondiaux.
« Le plan prévoit une production d’environ 5 millions de tonnes, avec la possibilité de la porter à 7 ou 8 millions de tonnes », a-t-il dit.
Le 23 janvier de cette année, une délégation conjointe des ministères de l’Énergie, de l’Économie et de l’Industrie a visité les usines d’ELIXIR GROUP en Serbie afin d’examiner les possibilités de développement des industries chimiques et phosphatières et de prendre connaissance des technologies utilisées dans la production d’acide phosphorique et d’engrais.
Le président du groupe, Stanko Popović, a exprimé le souhait de son entreprise d’étendre ses activités en Syrie et d’y établir des usines d’engrais phosphatés.
La partie syrienne a, quant à elle, souligné l’importance du transfert des compétences et des technologies ainsi que de l’augmentation de la valeur ajoutée des ressources nationales.
Le partenariat avec la Serbie dépasse ainsi le seul cadre de l’exportation du phosphate pour envisager également la création d’industries de transformation en Syrie.
Investissements français et saoudiens et développement des industries de transformation
Le champ des investissements s’est élargi le 20 avril dernier avec la signature, par l’Établissement général de géologie et des ressources minérales, d’un mémorandum d’entente avec la société saoudienne SAMIROCK. Celui-ci prévoit d’examiner l’exploitation des schistes bitumineux et des roches phosphatées de Khanasser, dans la banlieue d’Alep, en vue de produire du phosphate diammonique (DAP).
Le vice-ministre de l’Économie et de l’Industrie, Mohammad Yassine Hourieh, a déclaré au correspondant de SANA que ce mémorandum constituait une étape stratégique pour développer localement l’industrie des engrais.
De son côté, le directeur général de la l’établissement public des phosphates et des mines, Oussama Mahmoud, a souligné son importance pour l’exploitation des ressources naturelles syriennes et l’accroissement de leur valeur ajoutée.
Le 31 août dernier, l’établissement syrien des mines a signé un mémorandum d’entente avec la société française LODI CONSULTING afin de coopérer à l’exploitation et à la remise en service de l’usine de lavage du phosphate de Homs, d’une capacité annuelle de 1,2 million de tonnes.
Le ministère de l’Énergie a indiqué que ce mémorandum visait à examiner les aspects techniques, économiques et liés à l’investissement nécessaires à la réhabilitation de l’usine et au développement de ses capacités, ainsi qu’à tirer parti des technologies modernes de lavage et de traitement du phosphate. « L’objectif est d’améliorer les caractéristiques du produit et d’accroître sa compétitivité », a-t-il expliqué.
L’établissement syrien des mines a souligné que ce mémorandum représentait une première étape vers un partenariat d’investissement plus large avec la partie française dans le domaine des projets miniers.
Chemins de fer et ports : relier les mines aux marchés
Le développement des infrastructures de transport constitue un volet essentiel de la stratégie de reconstruction du secteur du phosphate.
Le 16 février dernier, le ministre des Transports, Yaarob Badr, a discuté avec des responsables de la Banque mondiale du développement du réseau ferroviaire et du projet d’axe ferroviaire dédié au phosphate.
Il a souligné que ce projet permettrait de relier les zones d’extraction aux ports maritimes, de renforcer les activités de transport et d’exportation et de réduire les coûts d’exploitation.
Le 29 avril dernier, Nidal Abdel Qader, directeur adjoint de la branche de Tartous de l’Établissement général des chemins de fer, a souligné au correspondant de SANA que le plan de réhabilitation du réseau ferroviaire comprenait la ligne destinée au transport du phosphate depuis les mines de la banlieue de Homs jusqu’au port de Tartous.
Sur le plan maritime, le directeur des relations au sein de l’Autorité générale des ports et des douanes, Mazen Allouche, a affirmé que les travaux de réhabilitation du quai destiné au phosphate dans le port de Tartous étaient en cours. « Ils comprennent la maintenance des infrastructures, la modernisation des équipements de chargement et de déchargement, l’installation de systèmes de transport fermés ainsi que de dispositifs destinés à réduire les poussières et les émissions. Il est également prévu de créer un port spécialisé dans la manutention des marchandises en vrac », a-t-il précisé.
Le président de l’Autorité, Qutaiba Badawi, avait inspecté, le 28 avril dernier, le site destiné à la construction d’un port spécialisé dans l’exportation du phosphate.
La chaîne reliant les mines, les installations de traitement, les ports et les marchés extérieurs tend ainsi à devenir pleinement intégrée.
Le phosphate : d’une ressource minérale à un pilier industriel et d’investissement
Les évolutions successives enregistrées depuis la libération mettent en évidence une approche intégrée visant à reconstruire le secteur syrien du phosphate. Celle-ci commence par la remise en service de l’usine de Homs et des mines, se poursuit avec les partenariats d’investissement conclus avec la Serbie, la France et l’Arabie saoudite, puis s’étend au développement des industries de transformation et à la production d’engrais, parallèlement à la réhabilitation des chemins de fer et des infrastructures portuaires destinées à l’exportation.
Le phosphate retrouve ainsi sa place parmi les secteurs susceptibles de soutenir les exportations, d’attirer les investissements et de créer des emplois. Il peut également contribuer au développement des industries relatives à l’agriculture et aux engrais et participer à la reconstruction de l’économie syrienne grâce à la valorisation des ressources nationales et à l’élargissement des partenariats avec les entreprises et les expertises internationales.
André Chatta