Washington-Damas, (SANA) La crise autour du détroit d’Ormuz a bouleversé les priorités commerciales et logistiques dans la région. Les États du Golfe cherchent désormais des itinéraires alternatifs afin de réduire leur dépendance à l’égard de voies maritimes vulnérables.
La Syrie apparaît ainsi comme un potentiel maillon terrestre et maritime reliant le Golfe à la Jordanie, à la Turquie et à la Méditerranée, parallèlement aux efforts visant à développer ses ports et à renforcer les réseaux régionaux de transport et de connectivité.
CNN Economy a présenté jeudi, dans un rapport, plusieurs itinéraires passant par la Syrie comme alternatives pour le transport et la réexportation de marchandises en provenance des États du Golfe. D’autres projets portent sur l’amélioration des liaisons ferroviaires entre la Syrie, la Jordanie et la Turquie, ainsi que sur le développement du port de Tartous et l’augmentation de sa capacité de manutention des marchandises.
La Syrie sur la carte des voies alternatives
Selon CNN Economy, la Syrie et la Jordanie apparaissent comme des alternatives potentielles pour l’acheminement et la réexportation de marchandises en provenance des États du Golfe, qui cherchent à diversifier leurs routes commerciales et à réduire leur dépendance au détroit d’Ormuz.
D’après les experts et chercheurs interrogés par le réseau américain, ces évolutions pourraient renforcer les partenariats commerciaux entre les pays arabes et ouvrir la voie à de nouveaux investissements dans les pays servant de corridors de transit alternatifs.
Les données du Groupe logistique des Nations unies indiquent qu’une route terrestre active relie déjà les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie. Cet itinéraire part du poste-frontière d’Al-Batha, entre les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite, puis passe par le poste-frontière d’Al-Omari, entre l’Arabie saoudite et la Jordanie, avant d’atteindre le poste-frontière de Jaber-Nassib, entre la Jordanie et la Syrie.
Selon ces données, le trajet sur cet itinéraire dure environ huit à dix jours et peut atteindre onze jours lorsque les marchandises transitent par Oman. Cela souligne son importance croissante à mesure que s’intensifie la recherche d’alternatives au transport maritime.
Du camion au rail
L’importance de la Syrie dépasse toutefois le cadre des voies terrestres existantes. CNN Economy fait état de projets visant à établir une liaison ferroviaire entre l’Arabie saoudite et la Turquie au cours des trois à quatre prochaines années, parallèlement à la construction d’un tronçon d’environ 400 kilomètres reliant la Syrie à la Jordanie.
La réalisation de ces projets permettrait de diversifier les échanges commerciaux, actuellement largement tributaires du transport routier, en s’appuyant sur un corridor multimodal combinant routes, voies ferrées et ports. Cela renforcerait davantage la position de la Syrie au sein du réseau régional de transport.
Ces projets revêtent une importance particulière compte tenu de l’existence d’autres infrastructures de transport énergétique, notamment les oléoducs Kirkouk-Ceyhan et Bassora-Haditha, qui sont reliés au réseau de l’oléoduc de Baniyas, sur la côte syrienne.
Tartous : une porte d’entrée maritime
Selon CNN Economy, le développement des infrastructures portuaires syriennes constitue un élément clé de cette équation. DP World a annoncé l’achèvement d’une phase majeure de son programme d’investissement de 800 millions de dollars destiné à moderniser le port de Tartous. La mise en service de trois grues mobiles devrait permettre d’accroître de 40 % la capacité de manutention du port.
Une opportunité économique pour la Syrie
Les retombées de ces développements dépassent le simple cadre du trafic de transit. CNN Economy souligne que la Syrie, l’Irak, la Jordanie et Oman figurent parmi les pays susceptibles de tirer profit du développement de routes commerciales alternatives, en attirant de nouveaux investissements et en revitalisant les secteurs du transport, de l’entreposage et de la logistique.
Selon les experts interrogés par la chaîne, la concrétisation de cette opportunité économique passe par le développement des infrastructures, notamment portuaires et ferroviaires, ainsi que par l’augmentation des capacités d’entreposage et de stockage. Ces investissements seraient nécessaires pour permettre aux pays concernés de faire face à une éventuelle hausse des échanges commerciaux.
Dans ce contexte, la Syrie, la Jordanie et la Turquie ont franchi une étape importante en avril 2026 en signant un mémorandum d’entente trilatéral dans le secteur des transports, destiné à renforcer la connectivité régionale.
Cet accord vise notamment à revitaliser les routes commerciales transfrontalières, à faciliter la circulation des marchandises et des passagers et à simplifier les procédures aux frontières.
Le détroit d’Ormuz redéfinit ses priorités
Selon les données publiées par CNN Economy, des itinéraires initialement envisagés comme de simples solutions de repli sont devenus plus viables en raison des perturbations du trafic maritime.
Les États du Golfe cherchent ainsi à diversifier leurs voies d’exportation et leurs circuits d’approvisionnement, notamment pour le pétrole.
Les effets de ces changements pourraient se prolonger au cours des prochaines années, avec l’augmentation des capacités de stockage et le développement de nouvelles routes terrestres et d’oléoducs. Ces évolutions pourraient renforcer la capacité de la région à maintenir ses échanges commerciaux malgré la vulnérabilité liée à la dépendance à un seul point de passage stratégique.
Pour la Syrie, sa position géographique, le développement de ses ports et de ses postes-frontières, ainsi que son intégration progressive aux réseaux de transport régionaux offrent une nouvelle opportunité économique : passer du statut de simple pays de transit à celui d’acteur d’une infrastructure logistique régionale intégrée, reliant le Golfe, d’un côté, à la Turquie et à la Méditerranée, de l’autre.
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