Capitales (SANA) Les répercussions des troubles sécuritaires et militaires affectant les principales routes maritimes mondiales, de la mer Noire à la mer Rouge, en passant par le détroit d’Ormuz, s’intensifient, avec des impacts directs sur le commerce international, les coûts du transport maritime et l’assurance, ainsi que sur l’approvisionnement énergétique. Ce qui risque d’accentuer la pression sur les prix des matières premières et sur les marchés mondiaux.
Mer Noire : perturbation des exportations de céréales et d’énergie
Les échanges de frappes entre la Russie et l’Ukraine ont accru les risques pesant sur les navires et les ports de la mer Noire, en particulier à proximité des ports ukrainiens. Cette situation a entraîné la suspension ou le retard de plusieurs navires, ainsi qu’une hausse des coûts du transport maritime et des frets d’assurance.
Selon les données de l’Union ukrainienne pour la réforme agraire (UAC), la capacité portuaire est passée d’environ 6 millions de tonnes par mois avant l’escalade des tensions à près de 4 millions de tonnes actuellement.
Les bombardements intenses ont touché au moins 57 navires commerciaux dans un mois, perturbant l’acheminement des denrées alimentaires par ces voies maritimes en eaux profondes, qui assuraient historiquement près de 90 % des exportations agricoles ukrainiennes.
Les attaques de représailles menées par l’Ukraine contre des navires et des pétroliers russes en mer Noire et en mer d’Azov ont entraîné une forte dégradation de la sécurité maritime sur cette voie de navigation stratégique.
Des compagnies internationales de réassurance ont indiqué à Reuters et à Lloyd’s List que les frets d’assurance contre les risques de guerre en mer Noire étaient passées de 1 % à 2 % de la valeur totale d’un navire.
Mer Rouge : routes plus longues et coûts plus élevés
En mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, les attaques menées par les milices houthies ont fortement perturbé le trafic maritime.
Les dernières données de suivi des navires de Lloyd’s List, disponibles jusqu’en août 2026, font état d’une baisse significative du trafic maritime total et du trafic de porte-conteneurs transitant par le canal de Suez, de l’ordre de 60 % à 64 %.
Le nombre de navires transitant chaque semaine est ainsi passé d’environ 250 à moins de 100.
Le détroit d’Ormuz : l’énergie au cœur de la crise
Le détroit d’Ormuz constitue un maillon essentiel du commerce maritime mondial, compte tenu de son rôle stratégique dans le transport du pétrole et du gaz de la région du Golfe vers les marchés internationaux.
Le conflit israélo-iranien, qui a débuté à la fin du mois de février, a entraîné une forte baisse du trafic maritime ainsi qu’une augmentation significative des risques et des coûts liés au transport par le détroit.
Le trafic maritime journalier moyen est passé d’environ 130 à 140 navires à des niveaux extrêmement bas, avec parfois 4 à 8 navires par jour seulement .
Cette quasi-fermeture de cette voie maritime, par laquelle transite environ un cinquième de la demande mondiale de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié, a porté un coup dur au secteur énergétique mondial. Les flux de pétrole brut transitant par le détroit se sont effondrés, passant d’un pic de 11,9 millions de barils par jour à environ 1,7 million de barils par jour.
Le consommateur mondial en subit les conséquences
Les répercussions des perturbations des routes maritimes dépassent largement le secteur des transports et affectent l’ensemble de l’économie mondiale.
L’augmentation des coûts du transport maritime, des assurances et du carburant, conjuguée à l’allongement des délais de transit, renchérit le transport des marchandises et des matières premières. Ces surcoûts se répercutent finalement sur les prix de la consommation.
La Banque mondiale a averti que la persistance des perturbations des approvisionnements énergétiques et la hausse des prix de l’énergie pourraient entraîner une augmentation de l’inflation et un ralentissement de la croissance mondiale.
Elle prévoit une croissance économique mondiale de 2,5 % en 2026, tandis que l’inflation mondiale devrait avoisiner 4 %.
Ces évolutions montrent que la sécurité des routes maritimes n’est plus seulement une question régionale. Elle est désormais devenue un facteur primordial pour la stabilité du commerce international, des marchés de l’énergie et des prix à l’échelle mondiale.
r.kh. / L.a.