Damas (SANA) – Le mémorandum d’entente syro-irakien relatif à la réhabilitation et à la revitalisation de l’oléoduc Haditha–Banyas, historiquement lié à la route Kirkouk-Banyas, replace le transport pétrolier entre les deux pays au cœur des enjeux régionaux.
Ce mémorandum vise à atteindre une capacité de transport initiale de deux millions de barils par jour, renforçant ainsi les perspectives économiques de la Syrie et sa position de corridor énergétique régional majeur.
L’Oléoduc Kirkouk-Banias : une voie stratégique remontant à 70 ans.
L’histoire de cet oléoduc reliant l’Irak à la Syrie remonte à 1952, date de sa mise en service.
Il permet d’acheminer le pétrole brut irakien des champs pétrolifères de Kirkouk, via le territoire syrien, jusqu’au port de Banyas, sur la mer Méditerranée, offrant ainsi à l’Irak un débouché vital pour ses exportations de pétrole vers l’ouest.
D’après un rapport des Nations Unies sur le développement économique au Moyen-Orient, l’oléoduc Kirkouk-Banyas, de 895 kilomètres de longueur et d’une capacité de transport annuelle de 13,5 millions de tonnes de pétrole, a été achevé en avril 1952, avec un coût d’environ 115 millions de dollars.
Parallèlement, 23 installations de stockage d’une capacité totale de 575 000 tonnes ont été construites, ainsi que des infrastructures portuaires complètes au port de Banyas pour recevoir la même quantité de pétrole chaque année.
L’oléoduc a ensuite été fermé à plusieurs reprises pour des raisons politiques et sécuritaires, avant d’être complètement mis hors service après que certaines parties aient été gravement endommagées pendant la guerre d’Irak en 2003.
L’importance stratégique de cette voie historique réside dans le fait qu’elle offrait à l’Irak un débouché supplémentaire pour exporter du pétrole vers la Méditerranée, tout en conférant à la Syrie un rôle central dans le transport régional de l’énergie, en assurant des services de transit, de stockage, de transport et de manutention et en bénéficiant directement de l’infrastructure pétrolière et du port de Banyas.
De Kirkouk à Haditha : détails du nouveau projet pétrolier.
L’économiste Abdul-Azim Al-Maghribi a expliqué que le projet convenu à Washington est directement lié à la réhabilitation et à la remise en service de l’oléoduc irako-syrien « Haditha-Banyas », historiquement associé à la route Kirkouk-Banyas.
Al-Maghrabi a déclaré à SANA que le projet actuel ne se limite pas à la restauration de l’oléoduc historique dans sa configuration d’origine, mais comprend également la réhabilitation des infrastructures existantes et le développement des installations connexes, comme le préciseront les études techniques et financières ultérieures. Dans le cadre de la phase de mise en œuvre, la Compagnie pétrolière syrienne a signé un protocole d’accord avec la Compagnie pétrolière de Bassorah pour la réhabilitation et la remise en service de l’oléoduc, ainsi qu’un second protocole d’accord avec un consortium international regroupant les grandes entreprises mondiales Chevron, UCC Holding et TI Capital, afin de réaliser des études techniques et financières approfondies et de jeter les bases du projet.
Selon le ministère syrien de l’Énergie et le département d’État américain, les travaux de réhabilitation en cours visent à atteindre une capacité de transport initiale d’environ deux millions de barils de pétrole brut par jour une fois le projet achevé et pleinement opérationnel. Concernant les retombées économiques et stratégiques attendues pour la Syrie, Al-Maghribi a déclaré que le pays bénéficiera économiquement de ce projet par le biais de plusieurs leviers essentiels.
Il a souligné que la remise en service de l’oléoduc renforcera considérablement l’importance stratégique de la Syrie en tant que pays de transit essentiel pour le pétrole, tout en rappelant que la capacité visée de deux millions de barils par jour dépasse largement la capacité historique de l’oléoduc, ce qui pourrait nécessiter d’importants travaux de réhabilitation et de développement des infrastructures associées.
Impact du projet sur la sécurité énergétique et l’emploi en Syrie.
Le chercheur Al-Maghribi estime que l’impact le plus important du projet sur le secteur énergétique syrien pourrait être la possibilité d’allouer une partie du pétrole brut irakien à la raffinerie de Banyas, si les accords définitifs entre les deux pays le permettent, ce qui pourrait fortement contribuer à réduire le besoin local d’importer certains produits pétroliers et à améliorer la stabilité des approvisionnements énergétiques durables.
D’après l’économiste, cette stabilité pourrait avoir un impact positif sur tous les autres secteurs économiques, notamment l’industrie, l’agriculture et les transports, en plus de revitaliser les services portuaires, de transport et de maintenance, et de créer de nouveaux emplois directs et indirects pour les travailleurs locaux pendant les phases de construction et d’exploitation.
Le projet pourrait également transformé l’oléoduc d’une simple voie de transport de pétrole en un moteur essentiel d’un cycle économique plus vaste.
L’entrée en scène de Chevron et d’entreprises internationales
Al-Maghribi a souligné que l’intégration d’un consortium international comprenant des entreprises majeures d’envergure mondiale telles que Chevron dans le processus d’élaboration des études techniques et financières du projet constitue un développement stratégique majeur qui dépasse le cadre d’un simple projet d’infrastructure traditionnel.
Il a fait noter que cette présence reflète clairement le repositionnement de la Syrie sur la carte énergétique régionale et ouvre la voie à de nouveaux partenariats et investissements internationaux dans la région.
Le chercheur estime que la valeur économique du projet pour la Syrie ne se mesure pas seulement au montant des droits de transit directs, mais aussi à son potentiel et à sa grande capacité à stimuler les secteurs de l’énergie, du raffinage, des transports, des ports, de la construction et de la logistique, et à relier tous ces secteurs à la voie d’une reconstruction globale.
Renforcement de l’intégration régionale et rapprochement entre Damas et Bagdad.
Le ministre de l’Énergie, Mohammad al-Bachir, a affirmé que le mémorandum d’entente signé avec l’Irak constitue une étape stratégique pour la relance de l’un des plus importants oléoducs de la région et le renforcement de la position de la Syrie en tant que corridor énergétique régional reliant les ressources de la région à la mer Méditerranée.
Il a souligné que ce projet ouvre de nouvelles perspectives de coopération et d’investissement et renforce le rôle de la Syrie dans le système énergétique régional.
Dans le même ordre d’idées, le Département d’État américain a salué le projet, considérant la réhabilitation et la reconstruction de l’oléoduc comme une priorité infrastructurelle majeure d’importance stratégique bilatérale et régionale.
Il convient de souligner que les relations syro-irakiennes ont connu un développement progressif et significatif depuis la libération de la Syrie du régime d’Assad le 8 décembre 2014. Ce développement a coïncidé avec l’élargissement de la coopération conjointe aux secteurs économique et énergétique, aboutissant à des accords concernant le transport du pétrole entre les deux pays.
L.a.