Damas, (SANA) Les estimations du Fonds monétaire international (FMI), qui annoncent une croissance de l’économie syrienne supérieure à 10 % en 2026, couronnent un processus de réformes accompagné de vastes partenariats économiques.
Ces partenariats ont progressivement réinséré la Syrie dans la carte des investissements régionaux et internationaux et renforcé son rôle en tant que nœud stratégique de l’énergie et du commerce au Moyen-Orient.
À Washington, le 4 août, le FMI a publié une évaluation qualifiée de la plus positive pour l’économie syrienne depuis plusieurs années, à la suite de la visite d’une mission d’experts à Damas du 19 au 23 juillet, présidée par Ron van Rooden.
Le Fonds prévoit une croissance économique supérieure à 10 % en 2026, avec une poursuite de cette forte dynamique en 2027.
Le FMI a indiqué que « l’économie syrienne a commencé à retrouver sa vigueur en 2025 », mettant en avant la solide reprise du secteur agricole grâce à l’amélioration des précipitations, l’augmentation de la production de pétrole et de gaz, l’amélioration de l’approvisionnement en électricité, ainsi que la croissance permanente des secteurs du commerce et des services.
Le Fonds souligne également le retour progressif des réfugiés, la hausse notable du nombre de visiteurs et les réformes visant à renforcer la stabilité macroéconomique et à stimuler une croissance portée par le secteur privé, tout en prévoyant la poursuite de cette performance en 2027.
À Damas, le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, s’est félicité de cette évaluation du FMI, affirmant qu’elle constitue « un message important renforçant la confiance dans les réformes entreprises par le gouvernement afin de rétablir la stabilité macroéconomique et de soutenir la reprise ».
Le retour des réfugiés : un capital humain au service de la reprise
Parmi les indices auxquels le FMI accorde une importance particulière figure le retour d’environ 1,5 million de réfugiés en Syrie.
Selon le Fonds, ce retour a contribué à stimuler la demande intérieure, à élargir le marché du travail et à renforcer l’activité économique, parallèlement au retour des investissements et à l’amélioration du climat des affaires.
Cette évaluation avaient auparavant été confirmée par les déclarations du président syrien Ahmad al-Charaa lors d’un entretien accordé à la chaîne française BFMTV à Damas le 7 juillet 2026, étant donné que le président al-Charaa a affirmé que la Syrie avait réussi à freiner la migration provoquée par le régime déchu et que 1,5 million de déplacés étaient revenus dans le pays après la libération.
Concernant le secteur énergétique, le président a précisé que la Syrie avait signé plusieurs accords visant à développer les centrales électriques.
Il a souligné que de nombreuses priorités restaient à traiter et que plusieurs pays alliés étaient prêts à participer à la reconstruction en ouvrant la voie à de nouveaux investissements.
Le secteur de l’énergie : pilier de la croissance
Le secteur de l’énergie illustre particulièrement la transformation de l’économie syrienne. En 2026, il est passé d’une phase de réhabilitation à celle de la mise en œuvre de projets stratégiques avec de grandes entreprises internationales.

Le 12 mai 2026, la Société syrienne du pétrole a signé à Doha un mémorandum d’entente avec les compagnies américaines ConocoPhillips et la société française TotalEnergies, ainsi qu’avec QatarEnergy, afin de réaliser les études techniques relatives au bloc maritime n° 3, en préparation de l’exploration commerciale du gaz dans les eaux syriennes.
Auparavant, en avril, la Société syrienne du pétrole avait annoncé la sélection du site du premier projet d’exploration offshore en eaux profondes, en coopération avec la compagnie américaine Chevron et l’entreprise qatarie UCC.
Cette initiative a marqué le retour des grandes compagnies énergétiques internationales sur le marché syrien après de nombreuses années d’interruption.
Cette dynamique s’est concrétisée le 18 juin 2026 par la signature d’un contrat de développement de plusieurs gisements de gaz syriens avec ConocoPhillips et Novatera Energy, deux sociétés américaines.
Le directeur général de la Société syrienne du pétrole, Youssef Qablawi, a indiqué que l’accord garantissait à la Syrie une part de 56 % de la production, avec une augmentation progressive de celle-ci à partir de la fin de l’année 2026.
« Cette évolution devrait soutenir la production d’électricité, réduire la facture des importations et accroître la contribution du secteur énergétique au produit intérieur brut », a-t-il précisé.
Ces projets font pleinement partie dans l’analyse du FMI, qui considère que la hausse de la production de pétrole et de gaz ainsi que l’amélioration de l’approvisionnement en électricité constitueront les principaux piliers de la croissance économique syrienne en 2026 et 2027.
L’oléoduc Haditha–Banyas : le retour de la Syrie comme corridor énergétique
Dans un contexte où la sécurité énergétique occupe une place croissante au Moyen-Orient, le projet de réhabilitation de l’oléoduc Haditha–Banyas revêt une importance qui dépasse le cadre de l’économie nationale.
À l’occasion de réunions tenues aux États-Unis, la Société syrienne du pétrole et la Basra Oil Company ont signé deux mémorandums d’entente visant à remettre en service cet oléoduc historique, en coopération avec un consortium international réunissant Chevron, UCC Holding et TI Capital.
Le projet ambitionne d’atteindre une capacité de transport d’environ deux millions de barils par jour, redonnant ainsi à la Syrie son rôle de principal passage d’exportation du pétrole irakien vers la Méditerranée, dans un contexte géopolitique marqué par la nécessité de diversifier les itinéraires d’exportation.
De l’énergie aux ports : les différentes étapes de la reprise
L’ouverture économique ne s’est pas limitée au secteur énergétique. Elle s’est également étendue au transport maritime.
Le 1er mai 2025, la Syrie a signé un accord avec la compagnie française CMA CGM pour la gestion et l’exploitation du terminal à conteneurs du port de Lattaquié.
L’investissement, estimé à environ 230 millions d’euros et réparti en plusieurs phases, vise à moderniser les infrastructures portuaires, à accroître leur capacité opérationnelle et à transformer le port en un centre logistique de premier plan sur la côte méditerranéenne.
Grâce au développement de partenariats avec des entreprises internationales telles que Chevron, ConocoPhillips, TotalEnergies et QatarEnergy, ainsi qu’au lancement de projets stratégiques comme la réhabilitation de l’oléoduc syro-irakien et la modernisation du port de Lattaquié, la Syrie cherche à retrouver sa place en tant qu’acteur économique majeur dans la région, en s’appuyant sur sa position géographique stratégique, ainsi que sur ses réseaux énergétiques et de transport.
André Chatta