Damas, (SANA) L’évaluation du Fonds monétaire international (FMI), qui souligne la poursuite de la dynamique de reprise de l’économie syrienne, reflète l’entrée du pays dans un volet largement équilibré.
Les réformes financières et les nouvelles dispositions bancaires adoptées par la Syrie après la libération ont contribué à instaurer un environnement plus stable, propice à l’attraction des investissements et au soutien d’une reprise économique durable.
Le rapport du FMI, publié le 4 août, constitue un point de départ essentiel pour comprendre les transformations économiques et financières en cours en Syrie.
Il indique que l’économie syrienne suit un volet de reprise ascendant, avec une croissance attendue de plus de 10 % cette année et la poursuite de solides performances en 2027.
Le Fonds attribue cette amélioration à plusieurs facteurs interdépendants, notamment le retour progressif de la confiance sur les marchés, l’amélioration des performances des secteurs productifs et des services, ainsi que l’intégration croissante de la Syrie dans les économies régionale et mondiale.
Le ministre syrien des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a mis en exergue cette évaluation positive du FMI concernant l’amélioration de la croissance et des finances publiques syriennes.
Il a affirmé que cette appréciation constitue un message important qui renforce la confiance dans les réformes entreprises par le gouvernement afin de rétablir la stabilité macroéconomique et de soutenir la reprise.
Des réformes monétaires d’envergure
Cette évaluation favorable du FMI intervient parallèlement à une série de mesures de réforme mises en œuvre par le gouvernement syrien au cours des dix-huit derniers mois, visant à restructurer les politiques budgétaires et monétaires.
Outre la restructuration du budget de l’État et la création, en coopération avec le FMI, d’une unité chargée des politiques macroéconomiques afin d’élaborer un cadre budgétaire à moyen terme renforçant la discipline financière, le lancement d’une nouvelle livre syrienne, accompagné de la suppression de plusieurs zéros, constitue une mesure clé destinée à faciliter les transactions et à réduire l’inflation.
Dans une déclaration exclusive à SANA, le président du Conseil d’affaires syro-français, Jamal Qassimi, a affirmé jeudi que la suppression des zéros représente une étape dans la bonne direction pour lutter contre l’inflation.
Selon lui, cette mesure s’inscrit dans le cadre d’un ensemble de réformes monétaires qui marquent le début d’une renaissance économique en Syrie.
Il a ajouté que cette expérience avait porté ses fruits dans de nombreux pays, notamment en Turquie, qui avait connu une forte inflation avant son essor économique, devenu aujourd’hui un modèle régional et un concurrent des pays de l’Union européenne.
Les réformes comprennent également la modernisation de la législation bancaire, le renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que l’amélioration de la qualité des statistiques économiques, afin d’accroître l’efficacité de la politique monétaire et de restaurer la confiance dans le secteur bancaire.
Elles incluent aussi le retour progressif de la Syrie au système international de paiements SWIFT, après la levée des sanctions occidentales, afin de faciliter les virements internationaux.
Transformation de l’environnement financier
Avec les progrès réalisés dans la levée des sanctions économiques, l’abrogation de la loi César et le retrait de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme, l’environnement financier a commencé à évoluer de manière significative.
Ces évolutions ont permis de lever des obstacles juridiques et psychologiques pour les investisseurs et les banques internationales, ouvrant progressivement la voie au retour des établissements bancaires, à la facilitation des transferts financiers, à l’ouverture de crédits documentaires et à la création d’un cadre favorable aux projets de reconstruction et de développement des infrastructures.
À cet égard, Barbara Leaf, ancienne secrétaire d’État adjointe américaine chargée des affaires du Proche-Orient, a indiqué dans un précédent entretien accordé à SANA que « le retrait de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme aura un impact économique positif, car les hommes d’affaires et les investisseurs n’auront plus à craindre des poursuites de la part des États-Unis au titre de responsabilités juridiques liées à des transactions avec un État accusé de soutenir le terrorisme ».
Créer un environnement favorable à l’investissement
Malgré ces progrès, l’évaluation du FMI souligne que la prochaine étape nécessitera la poursuite de plusieurs réformes afin de renforcer la stabilité financière et d’attirer davantage d’investissements.
Ces mesures comprennent la modernisation des législations bancaires et des investissements afin de les rendre plus compétitives, ainsi que l’amélioration des statistiques économiques, de manière à soutenir la stabilité de l’économie nationale et à renforcer l’intégration de la Syrie dans le système financier international.
Jamal Qassimi a déclaré à SANA que la réactivation des virements bancaires vers la Syrie, interrompus depuis plus de cinquante ans, constitue le paramètre le plus important pour améliorer le climat d’investissement.
Il a également souligné la nécessité d’offrir des garanties aux entreprises souhaitant investir. Il a indiqué qu’à l’issue d’une réunion tenue le mois dernier avec le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Nidal al-Chaar, la Syrie envisageait de créer des centres d’arbitrage afin de rassurer les investisseurs en mettant en place un cadre juridique international transparent, favorable aux activités économiques.
Barbara Leaf avait également appelé le gouvernement syrien à moderniser le système juridique, les lois sur l’investissement, les activités financières et bancaires ainsi que le secteur bancaire dans son ensemble.
Selon elle, la plupart des lois et réglementations doivent être révisées et adaptées aux normes de 2026 afin de créer un environnement attractif pour les investissements et les activités économiques, qu’ils proviennent de Syriens expatriés, d’investisseurs publics ou du secteur privé.
Accélérer la levée des restrictions financières
L’accélération du processus de levée des sanctions constitue un paramètre déterminant pour stimuler les investissements en Syrie.
Elle offrirait aux banques et aux entreprises internationales une plus grande sécurité juridique et réduirait les risques liés à la conformité réglementaire qui freinaient jusqu’à présent les investissements étrangers.
Cette clarification favoriserait les investissements directs étrangers et permettrait au secteur privé de jouer un rôle crucial dans la croissance des secteurs de l’énergie, des infrastructures et des services, renforçant ainsi la capacité de l’économie syrienne à renouer avec une croissance durable et à retrouver sa place sur les marchés régionaux et internationaux.
Bien que le président américain Donald Trump ait notifié le retrait de la Syrie de la liste des États soutenant le terrorisme, Barbara Leaf a précisé que la procédure nécessitait encore plusieurs étapes, notamment une période pouvant aller jusqu’à 45 jours pour l’approbation par le Congrès américain, avant que la décision ne devienne définitive et exécutoire.
Elle a ajouté que cette démarche constitue une avancée majeure pour encourager les investissements en Syrie, qui a souffert pendant des décennies des conséquences des sanctions, lesquelles ont directement empêché les investisseurs d’y exercer leurs activités.
Elle a toutefois souligné que les flux d’investissements mettraient probablement du temps à se concrétiser.
À ce stade, la Syrie a besoin d’un soutien international allant au-delà de l’aide humanitaire d’urgence, sous la forme d’un financement du développement à long terme permettant de lancer un vaste processus de reconstruction.
Ce développement nécessitera d’importants investissements dans les infrastructures, l’énergie ainsi que la réhabilitation du secteur pétrolier et gazier, afin de reconstruire les fondements économiques indispensables à une reprise durable et de permettre au pays de retrouver son dynamisme ainsi que son rôle régional.
A.Ch.