Damas, (SANA) Le lancement de la stratégie nationale de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme constitue une étape décisive dans le processus de réforme économique et financière en Syrie.
Il intervient à un moment où le pays s’efforce de reconstruire ses institutions économiques et de renforcer son intégration dans le système financier mondial.
Cette démarche ne se limite pas à la modernisation des lois et des dispositifs de contrôle. Elle représente également l’une des conditions essentielles pour rétablir la confiance de la communauté internationale, faciliter les flux financiers et les investissements, développer les relations bancaires avec les institutions financières internationales et soutenir directement les efforts de reprise économique et de reconstruction.
Un atelier national marque le lancement de la stratégie
Dans ce contexte, l’Autorité syrienne de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, en coopération avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD/UNDP), a organisé un atelier national intitulé « Vers une nouvelle stratégie de lutte contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et la prolifération des armes en Syrie ».
L’événement a réuni de nombreux ministres ainsi que des représentants des autorités de contrôle, du pouvoir judiciaire et des institutions économiques.
Le président de l’Autorité de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, Safwat Reslan, a souligné que cet atelier constitue une étape fondamentale dans l’élaboration d’une stratégie nationale moderne, reflétant les priorités de l’État, conforme aux évolutions internationales et destinée à renforcer l’efficacité du dispositif national face aux risques financiers.
Il a également affirmé que la Syrie poursuivait ses réformes législatives et institutionnelles afin de sortir de la liste grise dans les meilleurs délais.
Le représentant résident par intérim du PNUD, Rawhi Afaghani, a pour, sa part, indiqué que la Syrie était entrée dans une nouvelle phase marquée par le début de la reprise économique et le retour progressif des investissements et du commerce.
Le ministre de l’Intérieur, Anas Khattab, a rappelé que le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme figurent désormais parmi les principaux défis sécuritaires et économiques, en raison de leurs liens avec la criminalité organisée, la corruption et les actions illicites.
Le ministre des Finances, Mohammad Yesser Berniyeh, a estimé que la mise en place d’un dispositif national intégré de lutte contre les crimes financiers constitue une condition essentielle pour permettre à la Syrie de sortir de la liste grise. Selon lui, le succès de ce dispositif renforcera la confiance des investisseurs, améliorera le climat des affaires et favorisera l’intégration de l’économie syrienne au système financier international.
Le ministre de l’Économie et de l’Industrie, Mohammad Nidal Al-Chaar, a quant à lui souligné que le renforcement du dispositif national représente un investissement direct dans la stabilité économique et l’intégrité du secteur financier.
La visite du MENAFATF soutient la disponibilité à l’évaluation internationale
Dans le cadre du renforcement de la coopération régionale, la Syrie a accueilli une délégation de haut niveau du Groupe d’action financière du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord (MENAFATF). Il s’agissait de la première visite officielle de cette organisation à Damas depuis 2010.
Une réunion élargie a rassemblé l’Autorité de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, ainsi que des représentants des ministères et des institutions nationales concernées.
Les discussions ont principalement porté sur la disponibilité de la Syrie à l’évaluation mutuelle prévue en 2027, considérée comme l’un des principaux mécanismes permettant de mesurer la conformité des États aux normes internationales établies par le Groupe d’action financière (GAFI/FATF).
Reslan a indiqué que les échanges avec la délégation du MENAFATF avaient principalement porté sur les démarches nécessaires à la sortie de la Syrie de la liste grise, soulignant l’existence d’un engagement gouvernemental total et d’une étroite coordination entre les différents ministères.
Al Zaabi : La stratégie ouvre la voie à la reprise économique
Le président du MENAFATF, Hamid Saif Al Zaabi, a mis en exergue ce qu’il a qualifié de fort engagement politique démontré par la Syrie à travers le lancement de cette stratégie nationale.
Selon lui, cette initiative reflète la détermination des autorités à poursuivre les réformes institutionnelles et à préparer les institutions nationales à répondre aux meilleures pratiques internationales.
Il a ajouté que l’expérience internationale montre que le renforcement des dispositifs de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme accroît la confiance des institutions financières internationales, améliore les relations bancaires, renforce l’attractivité des investissements et augmente la compétitivité des économies nationales.
Il a également estimé que la sortie de la Syrie de la liste grise ouvrirait de nouvelles perspectives de coopération financière et bancaire avec la communauté internationale et soutiendrait les échanges commerciaux, les investissements et le développement durable.
Un mémorandum d’entente pour renforcer l’intégrité et les contrôles
Dans le cadre du développement du dispositif national, l’Autorité de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme et l’Autorité centrale de contrôle et d’inspection ont signé, le 28 janvier 2026, un mémorandum d’entente destiné à renforcer l’échange d’informations et la coordination institutionnelle dans les domaines du contrôle financier et de l’intégrité.
La Banque centrale de Syrie a indiqué que ce mémorandum d’entente contribuera à la mise en place d’un système financier plus conforme aux lois et aux normes internationales, renforçant ainsi la confiance des citoyens et des institutions internationales envers le secteur financier syrien.
Le blanchiment d’argent : une menace pour le développement et la stabilité économique
Les institutions financières internationales définissent le blanchiment d’argent comme le processus consistant à dissimuler ou à masquer l’origine illicite de fonds provenant d’actions criminelles, afin de les réintroduire dans l’économie sous une apparence légale.
Dans un rapport qu’elle a publié pour préciser l’importance de la lutte contre le blanchiment d’argent, la Banque mondiale a souligné que cette lutte constitue un élément essentiel pour préserver l’intégrité des systèmes financiers et renforcer la confiance des investisseurs et des institutions internationales.
De son côté, le Fonds monétaire international (FMI) a rappelé, dans son rapport consacré à la lutte contre le blanchiment d’argent, que l’efficacité des dispositifs nationaux dans ce domaine contribue à préserver la stabilité financière, à réduire les risques pesant sur les économies et à favoriser la croissance, ainsi que les investissements.
André Chatta