New York, (SANA) Le Programme des Nations unies pour le développement a mis en garde contre des répercussions économiques et sociales sans précédent dues à la poursuite de la guerre américano israélo iranienne, indiquant que la région arabe pourrait subir des pertes comprises entre 120 et 194 milliards de dollars, soit 3,7 à 6 % de son PIB total.
Le rapport, publié mardi sur le site de l’ONU, souligne que la poursuite du conflit pour une cinquième semaine place le développement des pays arabes devant une épreuve sévère, avec un impact qui s’étend désormais à l’ensemble des secteurs économiques, et non plus seulement aux zones de conflit direct.
Ralentissement de la croissance et hausse du chômage
Le rapport estime que la crise pourrait entraîner une hausse du chômage d’environ 4 points, soit la perte de 3,6 millions d’emplois — un chiffre supérieur au total des emplois créés dans la région l’année précédente.
Le rapport met en lumière les perturbations dans les voies maritimes stratégiques, notamment le détroit d’Hormuz, par lequel transitent près de 20 % des approvisionnements mondiaux en pétrole et gaz, indiquant qu’il est désormais en situation de « fermeture de facto » en raison des tensions actuelles.
Le blocage de ces routes pourrait faire grimper les coûts du commerce jusqu’à cent fois, en raison du détournement des itinéraires maritimes et de la hausse des coûts d’assurance et de transport, ce qui se répercuterait directement sur les prix des produits de base et de l’énergie.
Le rapport avertit également que cette situation menace la sécurité alimentaire et les chaînes d’approvisionnement en médicaments, notamment dans les pays fortement dépendants des importations.
Impact variable selon les pays
Selon le rapport, les pays du Conseil de coopération du Golfe pourraient subir des pertes allant de 5,2 à 8,5 % de leur PIB, avec un risque de perdre jusqu’à 3,1 millions d’emplois si l’escalade se poursuit.
Les pays arabes orientaux apparaissent comme les plus touchés sur le plan humanitaire : entre 2,8 et 3,3 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté, représentant plus de 75 % de l’augmentation totale de la pauvreté dans la région.
Le rapport met en garde contre une détérioration accrue de la situation au Liban, directement affecté par la guerre, avec des pressions croissantes sur les systèmes éducatif et sanitaire, et une baisse de la capacité des réseaux d’aide à répondre aux besoins croissants.
Recul du développement et tensions monétaires
Le rapport prévoit une baisse de 0,2 à 0,4 % de l’indice de développement humain dans la région, équivalant à la perte de six mois à un an de progrès.
Sur le plan monétaire, le rapport alerte sur des pressions croissantes sur les monnaies locales, ce qui pourrait pousser les banques centrales à relever les taux d’intérêt pour contrer l’inflation importée, aggravant les dettes souveraines et limitant la capacité des gouvernements à financer les services essentiels.
Le rapport note également de fortes perturbations dans le secteur de l’aviation civile en raison de la fermeture de certains espaces aériens et du détournement des vols, entraînant une hausse importante des coûts d’exploitation et un impact négatif sur le tourisme, menaçant des milliers d’emplois.
Vers une refonte des politiques économiques
Le PNUD souligne que la crise actuelle constitue une « alerte sérieuse » nécessitant une réévaluation globale des politiques économiques, financières et sociales dans la région.
Le rapport appelle également à renforcer la coopération régionale, à diversifier les économies au delà des ressources traditionnelles et à développer les capacités productives et les chaînes d’approvisionnement afin de réduire l’impact des chocs externes et d’améliorer la résilience face aux crises.
Le rapport conclut que la poursuite de l’escalade ne menace pas seulement les indicateurs économiques immédiats, mais reconfigure les priorités du développement dans la région arabe, obligeant les gouvernements à adopter des approches plus flexibles et durables, fondées sur l’intégration économique et le renforcement de la sécurité alimentaire et énergétique, afin de limiter l’impact des crises futures et préserver les acquis du développement.
R.Kh/ M.Ch.