Damas, (SANA) L’escalade militaire et la guerre contre l’Iran ont contribué à redessiner la carte des risques économiques dans la région du Golfe Arabique, qui constitue l’un des principaux centres énergétiques du monde.
Les économies des pays du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et le Qatar, dépendent largement des exportations de pétrole et de gaz qui transitent souvent par des voies maritimes sensibles telles que le détroit d’Ormuz.
Avec le déclenchement de la guerre et la montée des tensions militaires, ces voies sont devenues vulnérables aux perturbations, ce qui a directement affecté la production pétrolière et les prix mondiaux de l’énergie, ainsi que les économies de la région.
Les estimations énergétiques mondiales indiquent que toute perturbation dans le Golfe peut affecter une part importante de l’approvisionnement énergétique mondial, ce qui fait que les répercussions de la guerre dépassent le cadre régional pour toucher l’économie mondiale dans son ensemble.
Premièrement : l’importance du Golfe Arabique dans le marché mondial de l’énergie
La région du Golfe Arabique est l’un des centres les plus importants de production et d’exportation de pétrole et de gaz dans le monde, puisqu’elle abrite certaines des plus grandes réserves pétrolières mondiales.
Environ 20 millions de barils de pétrole par jour transitent par le détroit d’Ormuz, soit près de 20 % de la consommation mondiale de pétrole et environ 25 % du commerce maritime mondial de pétrole.
Le conflit militaire dans la région menace environ 3 % de la production mondiale directe de pétrole, en raison de la possibilité d’attaques contre les infrastructures énergétiques ou de perturbations de la navigation maritime.
Les pays du Golfe, notamment l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït et l’Irak, dépendent fortement de ce détroit pour exporter le pétrole et le gaz vers les marchés asiatiques et européens.
Deuxièmement : l’impact de la guerre sur la production de pétrole dans le Golfe
L’escalade militaire dans la région a entraîné des perturbations dans les opérations de production et d’exportation, certains pays ayant pris des mesures préventives.
Les prix du pétrole ont augmenté rapidement d’environ 5 % en quelques jours en raison des craintes de perturbation de l’approvisionnement.
Le Brent a également augmenté d’environ 15 % pour atteindre environ 83 dollars le baril avec l’intensification de la guerre et les menaces pesant sur la navigation maritime.
Dans certains pays producteurs de la région, la crise a entraîné une réduction de la production :
L’Irak a réduit sa production d’environ 1,5 million de barils par jour en raison des perturbations des exportations via le Golfe.
Les réductions potentielles pourraient atteindre 3 millions de barils par jour si les perturbations du transport pétrolier persistent.
Ces développements montrent à quel point le marché pétrolier mondial est sensible à toute perturbation dans la région du Golfe.
Troisièmement : le détroit d’Ormuz et la crise du transport du pétrole
Le détroit d’Ormuz constitue le principal point d’étranglement du commerce mondial de l’énergie, et toute perturbation dans cette zone se répercute immédiatement sur les marchés.
Au cours de l’escalade militaire récente :
Le trafic maritime dans le détroit a diminué d’environ 80 % en raison des attaques et des menaces militaires visant les navires commerciaux.
Certaines compagnies d’assurance maritime ont cessé de couvrir les pétroliers opérant dans la région, ce qui a entraîné une forte augmentation des coûts de transport.
Toutefois, certains pays du Golfe disposent d’alternatives partielles pour exporter le pétrole sans passer par le détroit :
L’Arabie saoudite possède l’oléoduc Est–Ouest, capable de transporter environ 5 millions de barils par jour vers la mer Rouge.
Les Émirats arabes unis disposent également d’un oléoduc reliant leurs champs pétroliers au port de Fujairah, situé en dehors du détroit d’Ormuz.
Cependant, ces alternatives ne peuvent pas compenser entièrement le volume total des exportations pétrolières du Golfe en cas de fermeture totale du détroit.
Quatrièmement : l’impact sur l’économie saoudienne
L’Arabie saoudite est la plus grande économie arabe et le plus grand exportateur de pétrole au monde, ce qui la rend directement affectée par toute tension dans le Golfe.
Impacts négatifs
- Risque d’attaques contre les infrastructures pétrolières ou les ports.
- Augmentation des coûts d’assurance et de transport maritime.
- Baisse possible des investissements étrangers en raison des risques géopolitiques.
- Une guerre prolongée pourrait également exercer une pression sur les marchés financiers du Golfe et accroître leur volatilité.
Cinquièmement : l’impact de la guerre sur l’économie qatarie
L’économie du Qatar est l’une des économies du Golfe les plus dépendantes des exportations de gaz naturel liquéfié.
La société QatarEnergy a annoncé un cas de force majeure dans certaines opérations gazières en raison des perturbations de la navigation maritime.
Cela pourrait affecter les approvisionnements mondiaux en gaz, en particulier vers l’Europe et l’Asie.
Le Qatar dépend également fortement du transport maritime pour exporter la majorité de sa production de gaz, ce qui fait de la sécurité des voies maritimes un facteur déterminant pour la stabilité de son économie.
Sixièmement : les répercussions de la guerre sur les économies du Golfe en général
Les effets économiques de la guerre contre l’Iran se manifestent à plusieurs niveaux dans les pays du Golfe.
- Les marchés financiers
Les marchés boursiers du Golfe réagissent rapidement aux fluctuations des prix du pétrole et aux tensions géopolitiques, ce qui accroît l’incertitude pour les investisseurs.
- Le commerce régional
Les relations commerciales entre l’Iran et certains pays du Golfe ont connu une croissance ces dernières années. Par exemple, les importations iraniennes en provenance des Émirats arabes unis ont atteint environ 9,6 milliards de dollars, soit 15,1 % des importations totales de l’Iran.
La guerre pourrait perturber ces relations commerciales.
- Le tourisme et les services
Le secteur de l’aviation et du tourisme dans les centres économiques du Golfe tels que Dubaï, Doha et Manama pourrait subir des pressions en raison des restrictions aériennes et de la réticence des voyageurs.
Septièmement : l’impact sur l’économie mondiale
Les effets de la guerre ne se limitent pas à la région du Golfe, mais s’étendent à l’économie mondiale, notamment la hausse des prix de l’énergie qui pourrait augmenter l’inflation mondiale, l’augmentation des coûts de transport et de fret et les perturbations des approvisionnements en pétrole et en gaz vers l’Europe et l’Asie.
Par conséquent, la poursuite du conflit pourrait déclencher une nouvelle vague d’inflation dans l’économie mondiale.
La guerre contre l’Iran révèle la fragilité du système économique du Golfe Arabique face aux tensions géopolitiques. La forte dépendance de la région aux exportations de pétrole et de gaz via le détroit d’Ormuz fait de toute perturbation militaire une menace directe pour ses économies.
Bien que certains pays du Golfe disposent d’alternatives partielles pour transporter le pétrole par des oléoducs ou des ports alternatifs, ces solutions ne peuvent pas remplacer entièrement le rôle crucial des routes maritimes.
Ainsi, la stabilité du Golfe demeure une condition essentielle pour la stabilité des marchés énergétiques mondiaux. Si le conflit se poursuit ou s’élargit, la région pourrait faire face à des défis économiques majeurs, notamment la perturbation des exportations pétrolières, l’augmentation des coûts de transport et d’assurance, et la baisse des investissements, plaçant les économies du Golfe devant un test difficile entre les bénéfices de la hausse des prix du pétrole et les risques de l’instabilité régionale.
André Chatta