Damas, (SANA) Après plus d’une décennie de guerre et d’isolement, la Syrie affiche en 2025 les signes d’un redémarrage touristique d’ampleur.
Selon les chiffres officiels, le pays a accueilli 3,56 millions de visiteurs entre janvier et fin novembre 2025, soit une hausse de 80 % par rapport à 2024.
Ces données marquent un tournant pour un secteur longtemps sinistré, désormais présenté comme l’un des leviers de la reprise économique.
Un accord politique aux retombées économiques
La dynamique intervient dans un contexte politique nouveau. L’accord conclu entre le gouvernement syrien et les (FDS), prévoyant l’intégration de ces dernières aux institutions de l’État et le retour des gouvernorats de Hassaké, Raqqa et Deir Ezzor sous administration centrale, est perçu comme un facteur d’accélération.
Pour les professionnels du secteur, cette évolution permettrait de reconnecter l’est et le nord-est du pays à la carte touristique nationale, en raison de la richesse naturelle et patrimoniale de ces régions.

Dans un entretien accordé à Al Jazeera Net, le ministre syrien du tourisme, Mazen Al-Salhani, affirme que « l’impact de l’accord ne se limite pas à la dimension sécuritaire, mais se répercute directement sur le climat d’investissement, la fluidité des déplacements et l’intégration de la géographie touristique ».
Il a ajouté que l’accord « ouvre la voie à l’élargissement des itinéraires touristiques, à l’augmentation des dépenses des visiteurs et à des investissements de long terme dans l’hôtellerie, le transport et les services ».
Des indicateurs en nette progression
La progression ne concerne pas seulement les volumes globaux. Certaines nationalités enregistrent des hausses marquées : le nombre de visiteurs égyptiens aurait ainsi augmenté de 182 %, atteignant environ 20 000 touristes en 2025. Des flux en provenance de Turquie, d’Allemagne et du Royaume-Uni sont également signalés en hausse.
Le ministre insiste toutefois sur le fait que « ces résultats ne sont pas conjoncturels, mais le fruit d’un travail institutionnel et d’une vision claire ». Selon lui, l’enjeu dépasse l’amélioration des conditions opérationnelles : il s’agit désormais de « renforcer la confiance du marché », indicateur clé pour la durabilité du secteur.
Un patrimoine historique exceptionnel
La Syrie conserve l’un des patrimoines les plus denses du Proche-Orient, héritage des civilisations cananéenne, romaine, byzantine et omeyyade.

À Damas, la mosquée des Omeyyades, le souk Al-Hamidiyah et la takiyya Sulaymaniyya demeurent des pôles majeurs d’attraction. Alep, avec sa citadelle et sa vieille ville, tente de retrouver son statut culturel malgré les répercussions de la guerre.
Plus au centre, le Krak des Chevaliers, les vestiges antiques de Palmyre et les norias de Hama symbolisent la profondeur historique du pays.
Le littoral méditerranéen, autour de Lattaquié et Tartous, ainsi que les stations de montagne de Bloudan et Zabadani, complètent une offre mêlant tourisme culturel, religieux, balnéaire et intérieur.
Coûts compétitifs et diversification de l’offre
La dépréciation de la monnaie nationale rend les séjours relativement abordables pour les visiteurs disposant de devises étrangères, un avantage comparatif mis en avant par les opérateurs.
Le ministère du tourisme affirme avoir engagé une réforme qualitative : amélioration des services hôteliers, actualisation des normes de classification, diversification de l’offre (tourisme culturel, religieux, médical et domestique) et soutien ciblé aux établissements deux étoiles et aux projets en difficulté.
Les saisons privilégiées demeurent le printemps (mars-mai) et l’automne (septembre-novembre), lorsque le climat tempéré favorise la découverte des sites archéologiques.
1,5 milliard de dollars d’investissements annoncés

Les autorités ont par ailleurs évoqué des contrats d’investissement estimés à 1,5 milliard de dollars, destinés à la réhabilitation d’infrastructures hôtelières et au développement de nouveaux projets touristiques.
Pour les observateurs, l’intégration des territoires orientaux pourrait renforcer la confiance des investisseurs et élargir le champ des opportunités, à condition que la stabilité politique et sécuritaire se confirme.
La Syrie mise sur le tourisme médical comme pilier de reprise économique
Le gouvernement syrien a dévoilé les grandes lignes de son plan de développement pour la période 2026-2030, plaçant le tourisme médical au cœur de sa stratégie de croissance nationale. En coordination avec le ministère de la santé, les autorités entendent faire de ce secteur un levier prioritaire de relance, à travers un programme ambitieux d’ouverture de villes médicales intégrées.
Selon les responsables, ces projets devraient générer plus de 20 000 emplois directs et indirects, tout en portant le taux d’occupation des hôtels situés dans ces pôles à plus de 80 %. L’exécutif mise ainsi sur une dynamique combinant infrastructures sanitaires spécialisées et offre hôtelière modernisée, afin d’attirer une clientèle régionale et internationale.
Le plan prévoit également la rénovation d’hôtels et d’établissements touristiques, ainsi que la réhabilitation de sites patrimoniaux. Les autorités affirment vouloir associer les communautés locales à ces projets, dans une logique de développement territorial et de valorisation du patrimoine.

Cette reprise se reflète également dans les performances économiques du secteur. Les hôtels appartenant au ministère ont vu leurs bénéfices augmenter de 170 %. Par ailleurs, un recensement a identifié 1 468 établissements nécessitant une réouverture ou une modernisation, parmi lesquels 365 hôtels, 1 103 restaurants et 403 infrastructures touristiques diverses.
Pour soutenir cette dynamique, le ministère indique avoir signé 17 mémorandums d’entente et 10 contrats de partenariat stratégique avec des acteurs nationaux et internationaux. Les autorités anticipent, d’ici 2030, des recettes annuelles, avoisinant 500 millions de dollars, issues du seul tourisme médical.
À travers cette stratégie, Damas cherche à repositionner le secteur touristique comme pilier de son redressement économique, misant sur la complémentarité entre santé, hospitalité et valorisation du patrimoine pour redonner de l’élan à une économie éprouvée par des années de crise.


André Chatta