Damas, (SANA) Pour la deuxième année consécutive, l’Organisation nationale du cinéma cherche à fixer un trajet officiel pour sélectionner un film syrien qui sera représenté aux Oscars décernés par l’Académie des arts et des sciences du cinéma, dans le but de transformer la participation d’une initiative en une tradition institutionnelle et de construire une industrie cinématographique syrienne capable d’avoir une présence locale et internationale.
Le directeur de l’Organisation nationale du cinéma, Jihad Abdo, a affirmé, dans une déclaration à SANA, que les Oscars « ne sont pas une fin en soi », mais plutôt une des fenêtres à travers lesquelles le cinéma syrien regarde le monde, soulignant le développement de l’expérience de l’année dernière grâce à une participation accrue, un renforcement de l’indépendance du comité et un examen approfondi des conditions techniques et administratives.
Abdo a révélé que la fondation avait reçu la confirmation de l’Académie des Oscars concernant le dossier syrien, ce qui permet la nomination d’un film syrien par le biais du comité agréé s’il remplit les conditions de l’Académie.
Abdo a ajouté que l’objectif du trajet syrien est d’établir « un droit naturel pour le cinéma syrien de choisir lui-même le film qui le représente, selon un mécanisme professionnel et transparent », et d’ouvrir la participation aux réalisateurs et producteurs nationaux et internationaux, ce qui contribue à surmonter la division entre « cinéma interne » et « cinéma externe ».
« Le cinéma syrien est produit à l’intérieur du pays, ainsi qu’à Beyrouth, Paris, Berlin, Los Angeles et ailleurs, et que partout où se trouve un réalisateur syrien, il porte en lui une partie de l’histoire de son pays », a-t-il estimé
« L’ambition est de construire un cinéma syrien, avec des voix multiples et des styles différents », assuré Abdo.
Un comité indépendant et des normes professionnelles
Le comité syrien est composé de cinéastes expérimentés en réalisation, production, écriture, critique et autres domaines, sélectionnés selon des critères de compétence, d’expérience et d’indépendance.
Abdo a souligné que l’institution n’intervient pas dans la décision du comité et que tout membre ayant un lien direct avec l’un des films soumis doit le déclarer et s’abstenir de l’évaluer ou de voter.
Le processus débute par la vérification de l’éligibilité des films selon le règlement de l’Académie, suivie d’une évaluation artistique.
Les critères incluent le scénario, le développement des personnages, la profondeur du concept, la réalisation, le langage visuel, le jeu des acteurs, le montage, la photographie, le son et la musique, ainsi que la cohérence d’ensemble de l’œuvre.
Il a déclaré : « Nous ne cherchons pas à faire un film qui explique la Syrie au monde, mais plutôt un film qui donne envie au monde d’en savoir plus sur la Syrie. »
Les difficultés liées à la distribution et au soutien
L’obligation d’une sortie commerciale en salles, constituent un obstacle majeur pour les films syriens indépendants et à petit budget. C’est pourquoi l’organisation s’efforce de sensibiliser les cinéastes à ces exigences dès la phase de production.
Le nombre restreint de salles de cinéma demeure l’un des plus grands défis, car l’organisation, selon son directeur général, cherche à encourager les investissements dans ces salles et à nouer des partenariats avec les cinémas existants, considérant que leur relance fait partie intégrante de l’industrie cinématographique et de la relation entre le film et le public.
L’ambition va au-delà des Oscars
Abdo estime que l’avenir du cinéma syrien ne doit pas se réduire aux Oscars, soulignant sa capacité à participer à des festivals internationaux, et que le problème réside dans l’absence d’un environnement capable de transformer le talent en une industrie durable.
Il aspire à une présence syrienne à Cannes, Berlin, Venise, Toronto et Sundance, ainsi qu’aux Oscars, affirmant que figurer sur la liste restreinte et obtenir une nomination finale sont des objectifs légitimes.
La fondation travaille à la création d’une base de données annuelle recensant les films syriens, leur participation, les prix obtenus et les opportunités internationales qui s’offrent à eux, afin de servir d’outil à la fondation, aux producteurs, aux festivals et aux organismes de soutien.
L’objectif est également d’améliorer la transparence après la sélection en annonçant le nombre de films répondant aux critères, la composition du comité, le nombre de votants et les procédures de prévention des conflits d’intérêts.
Abdo a souligné que le cinéma peut offrir une image différente de la Syrie, une image qui transcende l’actualité, la politique, la guerre et les déplacements de population, insistant sur le fait que la Syrie n’est pas seulement ce que l’on dit d’elle, mais aussi ce qu’elle révèle d’elle-même.
Abdo a conclu en déclarant : « Les Oscars ne commencent pas à Los Angeles; ils commencent à Damas, lorsqu’un jeune Syrien ou une jeune Syrienne peut écrire une histoire, trouver quelqu’un qui y croit, la créer librement, la présenter au public et la partager avec le monde entier. »
Ib.i./ L.Arfi