Banlieue de Damas, (SANA) Dans la ville de Douma, perle de la Ghouta, l’art de l’Aghabani continue de résister au temps en tant que l’un des plus anciens métiers artisanaux syriens, portant dans ses fils une mémoire sociale et culturelle séculaire, et retraçant l’histoire de femmes qui ont façonné la beauté avec patience et précision, préservant un héritage intimement lié à l’identité du lieu.
Le chercheur en patrimoine Ahmad Barhoum a mis en lumière ce métier damascène lors d’une conférence organisée jeudi par la fondation « Nos Champs Verts » au centre culturel de Jdeidet Artouz, expliquant que le terme « Aghabani » est d’origine turque et signifie la décoration du tissu, autrefois réservée aux chefs, aux savants et aux notables, avant de devenir avec le temps une composante essentielle du patrimoine populaire syrien.

15 000 machines… Douma, un centre vivant de la profession
Barhoum a indiqué que la présence de ce métier à Alep remonte à plus de cinq siècles, avant qu’il ne se transmette à Damas et à sa campagne par la ville de Douma, grâce aux familles Al‑Bani et Al‑Agha, selon plusieurs sources.
Il a ajouté que la ville de Douma avait constitué l’un des principaux foyers de la fabrication de l’Aghabani en Syrie, où le nombre de machines dépassait, avant 2011, les quinze mille unités, avant de chuter drastiquement sous l’effet des bombardements du régime déchu et du siège imposé à la ville.

Barhoum s’est attardé sur les étapes de fabrication de l’Aghabani, précisant qu’elle avait commencé avec le cercle en bois et les aiguilles manuelles semblables à celles du canevas, avant l’arrivée des machines modernes, et que les matériaux étaient passés de la soie naturelle aux tissus en coton et en satin, avec des broderies en fils d’or et d’argent.
Il a également présenté les outils essentiels du métier, tels que la navette, le karkar et le ṭayyār en bois, rappelant que les machines étaient connues sous le nom de « machines des rouleaux » (lafāt) à l’époque ottomane, car elles servaient à orner les rouleaux des tarbouches des cheikhs et des imams.

Concernant l’impression et la décoration, Barhoum a expliqué que le tissu était autrefois imprimé à l’aide de pierre et de sable, avant que le procédé n’évolue vers des moules en cuivre et en bois. Il a souligné la diversité des motifs traditionnels — tige de rose, paume de rose, papillon, bougie, amande, talisman, plafond de salle — appliqués sur les nappes, mouchoirs, draps, tarbouches, serviettes, tissus de robes, abayas et pantalons selon différentes techniques.
Les femmes de Douma… mémoire et âme du métier
Barhoum a souligné le rôle central des femmes de Douma dans la pérennité de cette industrie, dont les revenus ont contribué à l’éducation des enfants et à la dot des filles, tandis que les pièces confectionnées étaient livrées aux commerçants des souks al‑Hamidiyé et al‑Harir à Damas, au sein d’un réseau productif reliant les foyers ruraux aux marchés de la capitale.
Il a également évoqué l’apparition d’ateliers spécialisés dans la maintenance des machines d’Aghabani, connus sous le nom de « Bandukji » puis « Makenji », citant parmi les familles les plus réputées dans ce métier à Douma les Al‑Majid, Al‑Hatawi, Taleb et Cheikh Arabi.

Barhoum a appelé à préserver et revitaliser ce patrimoine immatériel afin qu’il demeure un témoignage de l’habileté des Syriens et de leur capacité à transformer le fil en mémoire et l’ornement en identité, exprimant l’espoir de le voir inscrit sur les listes du patrimoine mondial de l’UNESCO.
mch