Damas, (SANA) Plus de huit siècles après sa fondation, la Grande école Al-Chamiyah, située dans le quartier du souk Saroujah à Damas, témoigne encore de l’histoire d’une femme qui a choisi de faire du savoir un waqf pour les générations futures.
L’édifice, fondé par Khatun Fatima bint Najm al-Din Ayyub, plus connue sous le nom de « Sitt al-Cham » (Dame de Damas), sœur du chef Saladin, n’était pas seulement une école de droit, mais aussi l’un des plus importants emblèmes scientifiques et architecturaux de l’essor intellectuel de Damas sous la dynastie ayyoubide.
La princesse Sitt al-Cham, selon les sources historiques, l’une des femmes les plus influentes de la dynastie ayyoubide dans la vie intellectuelle et sociale de Damas. Elle était réputée pour son soutien aux érudits et aux Ulémas, ainsi que pour le financement d’institutions éducatives.
Le chercheur Abdul-Razzaq Moaz, dans son étude « La contribution des femmes à l’architecture à Damas durant l’ère ayyoubide », souligne que ses œuvres architecturales constituent un exemple éloquent de la contribution des femmes ayyoubides au progrès des sciences et de la culture. Son nom est associé à plusieurs institutions de fondations pieuses qui continuèrent de jouer un rôle important pendant des décennies après sa mort.
Damas : une ville de savoir et d’écoles.
La fondation de l’école Chamia s’inscrit dans une période de grand essor scientifique et architectural, où familles régnantes, érudits et personnalités de la société rivalisaient d’ingéniosité pour créer des écoles, des mosquées, des hôpitaux et des fondations.
Dans son ouvrage « L’Étudiant de l’histoire des écoles », Abd al-Qadir al-Nu’aymi mentionne que l’école Chamia était l’une des plus grandes et des mieux dotées de Damas, attirant un grand nombre d’érudits, d’enseignants et d’étudiants, ce qui en faisait l’une des institutions scientifiques les plus prestigieuses de l’époque ayyoubide.
Dans une étude consacrée à la Grande École Al-Chamiyya, le défunt chercheur Imad Al-Armachi soulignait que son minaret, situé à l’angle est, est l’un de ses éléments architecturaux les plus remarquables. Il se compose d’un simple corps de pierre carré, caractéristique du style ayyoubide, surmonté d’un balcon en bois et couronné d’un dôme de pierre percé de quatre ouvertures et d’un croissant fermé.
L’une des plus grandes écoles de Damas et un centre d’études et de Fiqh.
L’école Chamiyah a occupé une place prestigieuse parmi les établissements scolaires de la ville, attirant pendant des siècles les plus éminents érudits et juristes.
Le cheikh Abdul Qadir Badran mentionne dans son ouvrage « Munadmat al-Atlal wa Musamarat al-Khayal » que l’école était vaste et d’une grande importance, laissant entendre que la partie actuelle ne représente pas l’intégralité de sa structure originelle.
L’école abritait un groupe restreint d’érudits qui y enseignaient, parmi lesquels l’imam Ibn al-Salah, Chams al-Din al-A’raj et Chams al-Din al-Maqdisi.
L’historien Abu Chama affirme que la première personne à y enseigner fut l’imam Ibn al-Salah, l’un des plus éminents érudits du hadith et de la Fiqh au VIIe siècle de l’Hégire, avant qu’un grand nombre d’érudits ne lui succèdent, contribuant ainsi à consolider son statut d’établissement d’enseignement.
Témoignage du rayonnement scientifique de Damas.
L’essor de l’école de Chamia reflète un aspect du prestige dont jouissait la ville durant l’ère ayyoubide – un prestige qui attira l’attention des voyageurs et des historiens.
Le voyageur andalou Ibn Jubayr, lors de sa visite à Damas à la fin du VIe siècle de l’Hégire, exprima son admiration pour la richesse de ses écoles, de ses fondations et de ses institutions scientifiques, décrivant Damas comme l’un des plus grands centres d’apprentissage du monde islamique oriental de son temps.
La Grande école Chamiyah conserve encore aujourd’hui sa valeur historique et scientifique en tant que l’un des monuments ayyoubides les plus importants de Damas, témoignant d’une période où la science, les dotations et l’architecture ont prospéré, et du rôle que les femmes ont joué dans la consolidation du mouvement scientifique dans la ville.
L.Arfi

