Damas, (SANA) Au fil des siècles, les voyageurs musulmans ont consigné en détail leurs périples vers les lieux saints, enregistrant leurs observations quotidiennes, les routes empruntées, les principaux repères, ainsi que les coutumes et traditions liées à la saison du pèlerinage. Leurs manuscrits sont ainsi devenus une source historique majeure retraçant l’évolution du Hajj et ses rites à travers les époques.
Les institutions de recherche s’appuient aujourd’hui sur des collections documentaires et des manuscrits conservés à la Bibliothèque du Roi Abdelaziz, à la Bibliothèque de la Grande Mosquée de La Mecque, ainsi que dans divers centres de manuscrits arabes. Elles exploitent également des œuvres de voyage célèbres telles que La Rihla d’Ibn Jubayr, Tuhfat al‑Nuzzar d’Ibn Battûta, ou encore La Rihla Hijaziyya du savant Abdelghani al‑Nabulsi, qui ont contribué à dresser un tableau précis sur la vie sociale et religieuse liée au pèlerinage à travers l’histoire.
Les bibliothèques conservant l’héritage des voyageurs
Les manuscrits conservés à la Bibliothèque du Roi Abdelaziz, qui abrite des milliers de documents rares, mettent en lumière le rôle essentiel des voyageurs dans la description des itinéraires terrestres et maritimes du Hajj. Parmi ces collections figurent des manuscrits tels que Qurrat al‑‘Ayn fî Awsâf al‑Harameyn et Dalâ’il al‑Khayrât d’Al‑Mahjûbî.
La Bibliothèque de la Grande Mosquée de La Mecque conserve, quant à elle, près de huit mille manuscrits, dont des exemplaires uniques de récits de voyage consacrés au Hajj, notamment la Rihla « voyage » d’Ibn Jubayr, qui décrit avec précision la route maritime reliant al‑Andalus à La Mecque.
Les voyages des grands explorateurs musulmans
Les anciens récits de voyage se distinguent par leur capacité à combiner l’expérience spirituelle du pèlerin et la documentation minutieuse des rites et des itinéraires du Hajj. Dans ce contexte, l’ouvrage Tuhfat al‑Nuzzar fî Gharâ’ib al‑Amsâr d’Ibn Battûta occupe une place centrale : il y relate ses observations à La Mecque et à Médine au VIIIᵉ siècle de l’Hégire, offrant une description détaillée du Haram et de l’organisation des affaires des pèlerins. Ibn Battûta a accompli sept pèlerinages et pu fournir une matière riche sur les conditions des pèlerins et leurs caravanes.
Il a longuement décrit les caravanes organisées égyptienne, syrienne et irakienne — leurs modes d’organisation, le rôle de leurs chefs, ainsi que les tambours et trompes annonçant le début de la saison du Hajj. Il a également évoqué les difficultés du voyage et les dangers qui poussaient les pèlerins à engager des cavaliers pour se protéger.
Ibn Battûta a fourni des descriptions précises de nombreux sites traversés, tels que Birkat al‑Mu‘azzam, les demeures de Thamûd ou le puits de al‑Hijr, à ajouter ses récits sur les lieux saints de La Mecque, les coutumes de ses habitants durant le Ramadan, l’ascension vers Arafat et le séjour à Mina.
Parmi ses récits les plus marquants figure celui du vent brûlant de samûm dans la vallée d’al‑Akhaydir, un vent d’une chaleur extrême qui causait la mort de pèlerins et l’assèchement des points d’eau, au point où le prix d’une gorgée d’eau atteignit, une année, mille dinars.
Le voyage d’Al-Hijaziyya d’Abdelghani al‑Nabulsi
La Rihla Hijaziyya (voyage d’al-Hijaziyya) d’Abdelghani al‑Nabulsi est l’un des textes les plus importants ayant documenté la vie sociale à La Mecque et à Médine. Il a décrit les difficultés rencontrées par les pèlerins, comme les fortes pluies entravant la progression des caravanes. Pour al‑Nabulsi, le Hajj est avant tout un voyage spirituel visant à accomplir les rites, purifier l’âme et l’élever.
Il a également décrit la vie sociale à La Mecque, marquée par la bienveillance et la solidarité, soulignant la douceur et la générosité de ses habitants envers les étrangers et les pèlerins. Il a consigné avec précision ses observations quotidiennes depuis son départ jusqu’à son retour.
Al‑Nabulsi n’a pas négligé la dimension esthétique et spirituelle : il a exprimé dans sa poésie la nostalgie et l’émotion profonde ressenties lors des processions du Hajj, offrant une vision hautement spirituelle des lieux saints.
La dimension spirituelle et sociale du Hajj
Ces manuscrits tirent leur importance du fait qu’ils constituent des témoignages directs rédigés par leurs auteurs à l’époque même des événements, ce qui en fait des sources primaires d’une grande fiabilité. Ils révèlent des détails précis sur la vie économique et sociale : marchés, monnaies, taxes, relations tribales, ainsi que des descriptions de l’environnement naturel et du climat.
Ces manuscrits et récits de voyage représentent une source de connaissance essentielle pour comprendre l’évolution du Hajj à travers les siècles, grâce à la richesse de leurs détails mêlant documentation historique, dimension spirituelle et situation sociale. Ils constituent ainsi une référence incontournable pour les chercheurs étudiant l’histoire des deux saintes mosquées et les itinéraires des pèlerins.


R.S./R.B.