Damas, ( SANA) Avec l’atténuation du froid et la fin du silence hivernal de la terre, les premiers signes du printemps commencent à apparaître, annonçant la fin d’une période considérée comme l’une des étapes les plus marquantes du calendrier populaire arabe : la « cinquantaine d’hiver ».
Durant cette période de transition, le changement ne touche pas seulement le climat : on y retrouve également le savoir des ancêtres, qui avaient mis en place un système précis pour observer les transformations de la nature.
Ils reliaient la fin du froid au retour de la vie, faisant de la cinquantaine un indicateur essentiel de la saison agricole et une porte d’entrée vers la douceur printanière.
Les quatre « Saad »… étapes du froid et passage vers la chaleur
La “cinquantaine d’hiver” se divise en quatre phases appelées les « Saad », chacune dure environ douze jours et demi. Elle commence par Saad al-Dhabaḥ, marqué par un froid intense. Vient ensuite Saad Balaa, où la terre commence à absorber les eaux de pluie. Puis arrive Saad al-Soaud, porteur des premiers signes de la chaleur et annonciateur du printemps. Enfin, Saad al-Khabâyâ qui marque la fin de l’hiver, lorsque les créatures sortent de leurs abris et que le temps devient progressivement plus modéré.
Dans ce contexte, la chercheuse spécialisée dans le patrimoine, Bouthayna Khalil, a déclaré à SANA : « La cinquantaine d’hiver, dans la tradition populaire, se distingue par sa division en quatre Saad, fondée sur une observation minutieuse des changements climatiques.

Chaque phase était associée à des caractéristiques météorologiques précises permettant de comprendre la nature de la saison et de s’adapter à ses variations. »
Elle a ajouté que les Arabes du désert se fondaient sur ces observations pour estimer l’abondance des pluies et des récoltes, bien avant l’apparition de la météorologie moderne, ce qui reflète un savoir accumulé basé sur l’expérience et la connaissance de l’environnement.
Des proverbes à l’observation naturelle… comment les ancêtres comprenaient le climat
La cinquantaine d’hiver constitue une part importante de la culture arabe et s’accompagne de nombreux proverbes résumant l’expérience agricole, tels que : « Entre Balaa et Soaud, le printemps sort du bois », ou encore : « À Saad al-Khabâyâ, sortent les serpents et se promènent les jeunes filles ».
La compréhension de la cinquantaine est également liée à la (Morabaaniyat) qui la précède. Les Bédouins en déterminaient le début grâce à des signes naturels tels que la longueur de l’ombre à midi, la baisse des températures, la condensation de la respiration, ainsi que des observations fines du comportement des plantes et des insectes.

Khalil indique que les Bédouins ont divisé la période de la «Morabaaniyat» (La période des quarante jours de l’hiver ) en trois stations lunaires successives. Elle commence par al-Iklīl, les treize premiers jours, marqués par un froid intense et la chute des feuilles des arbres. Vient ensuite al-Qalb, correspondant au milieu de la période, considéré comme le point culminant du froid et le moment où les nuits atteignent leur plus grande longueur. Quant à al-Shawla, qui désigne les derniers jours, elle est connue sous le nom de « frémissement de la chaleur », annonçant le recul du froid et l’approche de la fin de l’hiver.
Le calendrier populaire arabe… racines astronomiques et héritage culturel vivant
Ce calendrier ne se limite pas à la mémoire populaire : il plonge ses racines dans les ouvrages du patrimoine arabe. Ibn Qutayba al-Dinawari, dans son livre Al-Anwâa, explique que les Arabes observaient les stations des étoiles et leurs mouvements pour déterminer les saisons et les variations climatiques, reliant l’apparition de certaines étoiles aux pluies ou au renforcement du froid.
Cela témoigne d’une compréhension précoce du lien entre phénomènes astronomiques et climat, basée sur des divisions ultérieures comme la cinquantaine et les Saad, perçues comme une lecture temporelle des cycles de la nature.
Bien que ce calendrier fasse partie du patrimoine populaire et ne soit pas utilisé comme référence scientifique par la météorologie moderne, il reflète une compréhension fondée sur l’observation et l’expérience des cycles naturels.
La science moderne a permis d’expliquer nombre de ces phénomènes, tout en préservant la valeur culturelle de cet héritage, considéré comme un témoignage vivant de la relation entre l’Homme arabe et son environnement.
Ib.I. / L.Arfi