Damas (SANA) La Syrie regorge d’un riche patrimoine et de sites archéologiques qui ont été témoins de la vie sociale, des coutumes et des traditions adoptées par les habitants depuis des centaines, voire des milliers d’années. Parmi ces témoins vivants figurent les « hammams damascènes », qui n’étaient pas seulement des lieux d’hygiène personnelle, mais formaient un rituel traditionnel encore présent aujourd’hui.
Un témoin mamelouk et une ingénierie architecturale unique
L’histoire du hammam Al‑Ward remonte à l’époque mamelouke, avec environ 800 ans d’existence. Il porte le nom du quartier « Al‑Ward » où il se trouve et est considéré comme l’un des anciens hammams archéologiques encore en activité.
Daas Al‑Samadi, l’un des employés du hammam, a indiqué à SANA English que l’architecture du lieu se distingue par sa division traditionnelle en trois sections principales : « Al‑Barrani » (la section extérieure), « Al‑Wastani » (la section intermédiaire) et « Al‑Jawani » (la section intérieure).

Des matériaux locaux authentiques tels que la brique, l’argile et la pierre ont été utilisés dans sa construction, ornée de décorations caractéristiques. Des dômes et des ouvertures au plafond coiffent ses salles, assurant une ventilation et un éclairage naturels, reflétant un goût architectural unique qui a préservé son authenticité au fil des siècles.
Plus que la propreté… rituels de mariage et rencontres sociales
Le hammam damascène n’a jamais été seulement un lieu de propreté ; il constituait une partie essentielle de la vie sociale et culturelle. Il servait de lieu de rencontre pour les habitants du quartier et d’espace de rassemblement pour les amis et les familles lors d’occasions spéciales comme les fêtes et les mariages.
Autrefois, des rituels particuliers étaient organisés pour les hommes avant les mariages : ils se réunissaient pour célébrer le futur marié, profitant de l’eau et des jeux, avant de l’accompagner en procession jusqu’au lieu de la cérémonie.
Quant aux femmes, elles avaient des jours réservés au hammam, où elles se retrouvaient pour célébrer la mariée, se baignant à l’eau de rose, chantant et lançant des youyous, tandis que la mariée appliquait le henné.

Le hammam servait également de lieu pour « préparer les mariées », où les mères venaient choisir une épouse pour leurs fils, reflétant le rôle du hammam comme espace de communication sociale et de construction des relations familiales.
Al‑Nator, Al‑Tabea’ et Al‑Mkayyes… une hiérarchie de travail traditionnelle
Le fonctionnement du hammam repose sur un système traditionnel précis dans lequel les employés sont répartis selon des rôles spécifiques au service des clients :

- Al‑Nator (le gardien) : assis à l’entrée, il reçoit les objets de valeur des clients et encaisse les paiements à la sortie.
- Al‑Tabea’ (l’assistant) : il accompagne le client d’Al‑Barrani à Al‑Wastani puis à Al‑Jawani, fournissant savon, loofa et serviettes, et répondant aux besoins des visiteurs.
- Al‑Mkayyes (le masseur) : il travaille dans la section Al‑Jawani, où il effectue le « kayes » traditionnel (gommage) et propose un massage selon la préférence du client.
Autrefois, le prix d’entrée était de « la moitié d’une livre syrienne », avec des outils simples tels que le savon et la loofa.
La restauration de 2010 et l’attrait touristique
Le hammam Al‑Ward a traversé les époques et a bénéficié d’une restauration complète en 2010, au cours de laquelle les façades et les éléments en pierre ont été remis dans leur état d’origine afin de préserver son caractère archéologique.
Grâce à son importance historique et culturelle, le hammam continue d’attirer des visiteurs venus des pays arabes et de l’étranger, désireux de vivre une expérience unique mêlant détente et immersion dans les profondeurs de l’histoire damascène authentique.



Iman Al zuheiri/ Mazen/ M.Ch.