Damas, (SANA) – L’Ordre mevlevi en Syrie constitue une prolongation historique de la voie soufie fondée par le mystique et poète Jalal al-Din Rumi.
Sa présence sur le territoire syrien s’est consolidée à l’époque ottomane, lorsqu’elle s’est diffusée dans plusieurs villes, notamment à Alep, Damas et Lattaquié, où furent établies des loges soufies (tekke) consacrées à la pratique du dhikr (souvenir de Dieu) et à la cérémonie d’écoute du sema, considérée comme un chemin d’élévation spirituelle et de rapprochement du divin.
En Syrie, la tradition mevlevie représente une expression vivante du patrimoine spirituel national, en préservant la cérémonie du sema comme expérience intérieure fondée sur la contemplation, la musique et le mouvement symbolique, particulièrement durant le mois sacré du Ramadan, période où s’intensifient les pratiques dévotionnelles et les manifestations de spiritualité collective.
Présence historique dans les villes syriennes
À Alep, la loge mevlevie était située dans le quartier de Bab al-Faraj et constituait l’un des principaux centres de l’ordre en Syrie. On y célébrait des cérémonies religieuses et des rencontres spirituelles qui attiraient disciples, érudits et visiteurs intéressés par la tradition soufie. Cet espace joua un rôle important dans la vie religieuse et culturelle de la ville.
À Lattaquié, il existait une ancienne loge mevlevie dans le quartier Al-Qalaa attribuée à la mère d’Ibrahim ibn Adham. Ce lieu fut pendant des décennies un point de référence spirituel jusqu’à sa disparition, bien que sa mémoire demeure dans l’histoire religieuse locale.

À Damas, l’ordre eut également une présence active, contribuant à la diversité des courants spirituels qui caractérisent la capitale syrienne et enrichissant son patrimoine immatériel.
Patrimoine vivant en Syrie contemporaine
Malgré la disparition de plusieurs de ses anciennes loges, l’Ordre mevlevi demeure présent en Syrie. Aujourd’hui, des groupes soufis perpétuent la tradition à travers des chants religieux et des cérémonies de danse spirituelle à Damas et Alep, particulièrement durant le Ramadan, lorsque ces pratiques prennent une dimension communautaire plus visible.
Historiquement, l’ordre s’est distingué par la promotion d’une voie spirituelle fondée sur l’amour, la tolérance et l’ouverture. Bien qu’une grande partie de son infrastructure historique n’existe plus, ses pratiques artistiques et dévotionnelles continuent de faire partie intégrante du patrimoine culturel et religieux syrien.

Origines et expansion de l’ordre
L’Ordre mevlevi naquit au XIIIe siècle à partir des enseignements de Jalal al-Din Rumi (1207-1273), qui résida à Konya, en Anatolie. Après son décès, son fils, le sultan Walad, organisa sa doctrine et établit formellement l’ordre.
Avec le temps, la confrérie se répandit dans diverses régions de l’Empire ottoman, établissant des loges connues sous le nom de tekke, où se déroulaient des cérémonies de dhikr, des récitations poétiques, de la musique et des danses spirituelles. Ces pratiques prospérèrent dans des villes comme Konya et Istanbul (Türkiye), comme à Alep et Damas, s’intégrant au tissu spirituel syrien.

Le Sema et son symbolisme spirituel
L’élément le plus caractéristique de l’Ordre mevlevi est le Sema, cérémonie spirituelle qui associe chant religieux, interprétation musicale notamment du ney (flûte de roseau) — et rotation rythmique et continue des derviches.
La tenue revêt un profond symbolisme. Elle comprend une tunique noire représentant le monde terrestre ou la tombe, retirée au début du rituel pour révéler une large robe blanche symbolisant le linceul. Les derviches portent également un haut bonnet de feutre brun, appelé sikke, représentant la pierre tombale, ainsi qu’une ceinture (zunnâr) et une chemise blanche. L’ensemble exprime le cycle de la vie, de la mort et de la transcendance spirituelle.
La cérémonie débute par l’abandon de la tunique noire, geste symbolisant le détachement des attaches mondaines. Vient ensuite la rotation, la main droite levée vers le ciel et la gauche orientée vers la terre, en signe de réception de la grâce divine et de transmission à l’humanité.

Le mouvement circulaire des derviches évoque l’harmonie du cosmos, où les planètes orbitent autour du soleil, représentant le voyage intérieur de l’être humain, de la matérialité vers la purification spirituelle. À travers le Sema, le pratiquant aspire à atteindre un état de sérénité, d’équilibre et de contemplation profonde.
Reconnaissance et actualité
Malgré l’interdiction des confréries soufies en Turquie au début du XXe siècle, la tradition mevlevie a réussi à se préserver comme manifestation culturelle et spirituelle. En 2005, l’UNESCO a inscrit la cérémonie du Sema sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Aujourd’hui, les cérémonies mevlevies sont célébrées lors d’événements culturels et religieux dans différentes régions, et leur héritage continue de transmettre des valeurs universelles telles que l’amour, la tolérance et la paix.
En Syrie, cette tradition conserve sa dimension spirituelle et culturelle, réaffirmant la richesse du patrimoine soufi national et son rôle dans la vie religieuse du pays, particulièrement durant le mois sacré du Ramadan.
Ib.I./ R.S/R.B.