Damas, (SANA) Pendant des décennies, le canon du Ramadan a été l’un des sons les plus attendus et joyeux dans la mémoire syrienne.
Le coup de canon qui annonçait la rupture du jeûne au coucher du soleil était chargé de signification spirituelle et sociale et faisait partie intégrante des rituels du mois sacré.
Cependant, après le déclenchement de la révolution en Syrie, la symbolique du canon s’est transformée, le régime déchu ayant utilisé ce type d’arme pour bombarder des villages et des villes, modifiant profondément son image dans la conscience du peuple.
Racines historiques entre Le Caire et Damas
Le chercheur en patrimoine populaire Mohiddine Qoronufla a expliqué à l’agence SANA que la tradition de tirer un coup de canon pendant le mois de Ramadan trouve son origine au Caire, considérée comme la première ville islamique à avoir adopté cette coutume.
Le canon du Ramadan : d’un son festif dans la mémoire syrienne à un symbole social et rituel
L’historien Ammar Muhammad Al-Nahar a souligné dans l’un de ses articles que le canon de Damas était lié à l’époque ottomane. Il servait de moyen précis pour informer la population de la rupture du jeûnes et des heures de l’iftar et de l’imsaq, en particulier dans une ville vaste, composée de nombreux quartiers et marchés.
Le canon était généralement tiré depuis des points élevés garantissant la propagation du son, tels que les abords de la citadelle de Damas ou le mont Qassioun.
D’outil militaire à un symbole social
Al-Nahar a indiqué que le canon du Ramadan constitue un exemple unique de la manière dont un outil militaire a été adapté à un contexte civil et festif, se transformant en un élément aux dimensions sociales et spirituelles.
Plus qu’une simple tradition populaire, il fait partie intégrante de l’histoire sociale de la ville islamique et reflète les mécanismes de communication qui existaient avant l’ère moderne.
Un rituel partagé dans les différents gouvernorats syriens
Dans une enquête menée par l’agence SANA sur le lien entre le canon et l’héritage culturel ainsi que la mémoire populaire dans les gouvernorats syriens, les avis ont convergé pour souligner sa place en tant qu’élément authentique du paysage ramadanesque.
À Damas, le canon était tiré depuis la citadelle ou depuis les collines élevées, et son écho se répercutait dans toute la ville au moment de l’appel à la prière du Maghreb.
À Hama, Mowaffaq Ubada explique que le canon était installé dans la citadelle de la ville, qui domine l’ensemble de ses quartiers. Cela s’expliquait par la faiblesse des moyens de communication à l’époque et par la portée limitée des haut‑parleurs, ce qui faisait du canon un repère essentiel, notamment pour les zones lointaines.
Quant à Homs, le canon connu sous le nom de « al‑Ghadbân » était installé sur la place appelée Sahlat al‑Madfa‘, près de la vieille ville et du quartier de al‑Rawda.
À Lattaquié, le « Tūb », comme l’appellent les habitants, était placé dans le quartier historique de la citadelle, en face de la mosquée al‑Maghribî. Le son était entendu dans la plupart des quartiers de la ville, à une époque où ni l’électricité ni les médias modernes n’étaient disponibles.
Une présence dans la mémoire des villes syriennes
À Daraa, Jamil Qaddah se souvient que le canon du Ramadan a été tiré plusieurs fois de suite depuis « Tal’at al-Balad » pour confirmer le début du mois, servant de premier signal du début du jeûne dans le gouvernorat.
À Idleb, le coup de canon a été tiré depuis Tell al-Ramada, au centre-ville, où les habitants se rassemblaient dans les ruelles et les rues étroites avant le coucher du soleil, attendant le son du canon qui annoncerait la fin du jeûne, selon le récit du forgeron Obaida Allouan.
À Alep, le canon de la citadelle tirait 23 coups pour marquer la nouvelle lune du Ramadan et autant au début de Shawwal. Par la suite, cette pratique s’est limitée aux tirs de l’iftar, tandis que la tradition du musaharati, (joueur de tambour annonçant le suhoor), a perduré.
À Qamichli, les coups de « canon de la paix » tirés depuis le quartier d’Hilaliyah coïncidaient autrefois avec les rires et les cris des enfants célébrant l’arrivée du mois et la fin du jeûne.
Aujourd’hui, le canon du Ramadan demeure un emblème des rituels traditionnels du mois sacré en Syrie, un élément qui relie le présent à un passé riche de significations sociales, spirituelles et culturelles.
W.H./ L.Arfi

