Damas, (SANA) Au centre de la capitale syrienne, Damas, la madrasa Salimiyya demeure l’un des témoignages les plus emblématiques de l’héritage éducatif et religieux laissé par l’Empire ottoman.
Intégrée au vaste complexe de la takiyya Sulaymaniyya, à proximité du fleuve Barada, elle incarne une époque où l’enseignement constituait un pilier fondamental de l’organisation sociale et politique.
Un établissement né au XVIᵉ siècle
La madrasa Salimiyya fut édifiée au milieu du XVIᵉ siècle, sous le règne du sultan Soliman le Magnifique, figure majeure de l’histoire ottomane.
Sa conception est attribuée au célèbre architecte Mimar Sinan, dont l’œuvre marque durablement l’architecture islamique classique.
L’édifice s’inscrit dans le cadre d’un projet plus large visant à faire de Damas un centre intellectuel et spirituel de premier plan, au carrefour des routes reliant l’Anatolie, le Levant et les Lieux saints.
La madrasa accueillait notamment des étudiants et des savants venant de différentes provinces de l’Empire.
Une architecture au service du savoir

Sur le plan architectural, la madrasa se distingue par un style ottoman sobre et harmonieux. Organisée autour d’une cour intérieure, elle comprend des salles d’enseignement surmontées de coupoles, tandis que l’alternance de pierres claires et sombres rappelle les traditions damascènes.
Loin d’être un bâtiment isolé, la madrasa faisait partie d’un ensemble fonctionnel associant mosquée, hospice et structures sociales. Cette organisation reflète une conception globale de l’éducation, étroitement liée à la religion, à la solidarité et à la vie quotidienne.
Un rôle éducatif central
Pendant des siècles, la madrasa Salimiyya a joué un rôle essentiel dans l’enseignement des sciences religieuses, telles que le droit islamique, l’exégèse coranique et le hadith, ainsi que de la langue arabe et de ses disciplines. Elle attira des érudits renommés et forma plusieurs générations de savants qui contribuèrent à la vie intellectuelle de la Syrie et du monde musulman.
L’enseignement y était gratuit, grâce à un système d’institutions pieuses (waqf) qui assuraient les salaires des enseignants et la subsistance des étudiants, illustrant l’importance accordée par l’État ottoman à la diffusion du savoir.
Un jalon dans l’histoire de l’éducation à Damas

La madrasa Salimiyya représente un modèle abouti de l’institution éducative ottomane. Elle témoigne d’une volonté politique de structurer l’enseignement, tout en assurant sa pérennité par les fondations religieuses. Elle fait également le lien entre les traditions éducatives héritées de l’époque mamelouke et les réformes introduites sous l’Empire ottoman.
Le savoir comme valeur civilisationnelle
Au-delà de sa fonction académique, la madrasa Salimiyya illustre une vision du savoir comme fondement de la civilisation. Pour les Ottomans, l’éducation constituait un moyen de préserver l’identité religieuse, de renforcer la cohésion sociale et de garantir la stabilité de l’État.
Aujourd’hui encore, malgré les transformations profondes qu’a connues Damas, la madrasa Salimiyya demeure un symbole du rôle historique de la ville comme capitale du savoir et de la culture.
Un héritage toujours vivant
Plus qu’un monument, la madrasa Salimiyya reste un repère dans la mémoire collective syrienne. Elle rappelle une époque où l’architecture, la politique et l’éducation convergeaient pour faire du savoir une mission publique, dont l’écho résonne encore dans les pierres de la vieille ville.

André Chatta