Lattaquié-Tartous, (SANA)– Sur la terre de Syrie, berceau de grandes civilisations, plusieurs cultures ont laissé leur empreinte sur le tissu social et sont devenues un patrimoine ancien incarné par des rituels et des fêtes liés à la nature du lieu, notamment l’« Aïd d’al-Qozaleh », qui est encore présent dans la mémoire populaire des Syriens, notamment dans la banlieue côtière.
Racines assyriennes
Les racines d’« Al-Qozaleh », qui est la fête du Nouvel An oriental, remontent à la civilisation assyrienne, où le calendrier du Nouvel An oriental a été développé environ 3500 ans avant l’adoption du calendrier « julien », et des études linguistiques indiquent que le nom dérive du mot assyrien « Qozal », qui signifie « la lueur du feu » ou sa lueur, en référence symbolique à la chaleur et à un nouveau départ, soit une bonne nouvelle.
Explication astronomique des différents calendriers
Les Syriens de Lattaquié et de Tartous célèbrent la fête de Qozaleh le 14 janvier de chaque année, et le professeur de climatologie, Dr Riad Qarah Fallah, a indiqué à SANA que la célébration du Nouvel An oriental est purement un « événement socio-astronomique », résultant de la différence cumulative entre les calendriers julien (oriental) et grégorien (occidental).
Falah a fait savoir que la réforme du calendrier julien par le pape Grégoire XIII sous le règne de Jules César a révélé un léger décalage temporel dans l’estimation de la durée de l’année, entre le calendrier julien, qui estime l’année à 365,25 jours, et le calendrier grégorien, qui est le calendrier grégorien en vigueur aujourd’hui, qui adopte un calcul plus précis et estime l’année à 365,2425 jours.
Falah a fait noter que la différence s’est accumulée au fil des siècles entre les deux calendriers pour atteindre entre 1900 à 2099 le nombre de 13 jours plus tard que le grégorien, c’est-à-dire lorsque le 7 janvier selon le calendrier grégorien sera le 25 décembre pour le calendrier julien.
Ugarit : L’année agricole et le cycle fertile
Dans une autre lecture historique, l’archéologue Ghassan Al-Qayyim a expliqué dans un post sur sa page Facebook que la fête d’« al-Qozaleh » est liée à la civilisation d’Ougarit, faisant noter que la population célébrait le début de l’année agricole selon le mouvement des étoiles et les changements astronomiques, qui préparaient la Terre à un nouveau cycle fertile.
Al-Qozaleh est étroitement lié au calendrier oriental, sur lequel le paysan syrien s’appuie encore pour calculer ses saisons dans les périodes agricoles et climatiques, telles que les quinze jours d’hiver et d’été, la cinquantième année, les Saouds, les versets, les jours de récolte et la chute des braises, en plus les dates pluvieuses connues, comme la pluie du 4 avril, selon le calendrier oriental.
Rituels de célébration et d’hospitalité
Siham Manna, âgée d’une soixantaine d’années, de la campagne de Lattaquié, a indiqué qu’« Al-Qozaleh était une occasion sociale, commençant par l’allumage d’un petit feu, la récitation de chansons folkloriques et le saut par-dessus le feu pour célébrer l’arrivée de l’hiver ».
Elle poursuit que ‘’ces phénomènes festifs sont accompagnés de « la préparation de sacrifices pour célébrer l’Aïd et la préparation de plats traditionnels, tels que (kubibat) faits de farine et farcis de viande hachée ou de bette à carde, en plus de (Zulibiya), du pain tandoor ou ‘pain Al-Qozaleh’ graissé à l’huile, des pâtes, des graines noires et du poivron, avec l’échange de félicitations entre voisins et proches’’.
« Al-Qozaleh » un rituel qui défie l’oubli
Il convient de mentionner que le rituel d’Al-Qozaleh a connu une régression remarquable ces dernières décennies, en raison des transformations sociales et des conditions de vie et matérielles, comme beaucoup de fêtes populaires, mais reste présent dans la mémoire, en sa qualité de rituel lié à la fertilité, à la pluie, au cycle de la nature et du renouveau, et de témoin de la profondeur de la relation entre l’homme syrien et sa terre à travers l’histoire.




R.Kh/R.B