Damas, (SANA) – La Bibliothèque nationale de Damas est l’une des institutions culturelles les plus importantes de Syrie. Elle abrite un vaste fonds de manuscrits et de livres rares qui représentent une mémoire civilisationnelle et intellectuelle s’étendant sur des siècles.
Les manuscrits jouent un rôle central dans le travail de la Bibliothèque nationale : ils constituent la principale source du savoir historique, intellectuel et culturel, permettant l’étude des expériences humaines et la consolidation de l’identité civilisationnelle syrienne. Avec la transition numérique, la préservation de ces manuscrits et leur mise à disposition sous forme numérique sont devenues une priorité afin de garantir la continuité de cet héritage et de le protéger de la détérioration.
Le département des manuscrits : gardien de la mémoire patrimoniale à l’époque numérique
Dans un entretien accordé à SANA, Fatima Darwishé, directrice du département des manuscrits de la bibliothèque, a évoqué la nature du travail de la direction, ainsi que les mécanismes de conservation, de restauration et de mise à disposition des chercheurs à l’époque numérique. Elle a précisé que la direction comprend deux sections principales : la conservation et le catalogage patrimonial, dont les missions se complètent dans la gestion de cet héritage scientifique et culturel.
Section de conservation :
Elle supervise les manuscrits et les livres rares conservés dans des dépôts aménagés selon des normes sanitaires spécifiques, avec une température stable d’environ 18 °C et un taux d’humidité compris entre 54 et 56 %. Elle coopère avec la direction de la restauration et de la photographie lorsque les manuscrits doivent être prêtés pour des travaux de restauration ou de numérisation.
Section du catalogage patrimonial :
Elle assure le catalogage et la classification des manuscrits et des disques d’échange numériques, ainsi que la préparation et l’impression des catalogues, facilitant ainsi l’accès organisé au contenu patrimonial pour les chercheurs.
La réserve des manuscrits et des livres rares
Selon Darwishé, la bibliothèque possède environ 19 400 manuscrits, auxquels s’ajoutent environ 3 600 livres rares. La salle des manuscrits met à disposition des catalogues spécialisés et des images numériques, permettant aux chercheurs et aux étudiants en études supérieures de réaliser leurs travaux sans manipuler directement les originaux.
Parmi les plus anciens manuscrits conservés, Darwishé cite le manuscrit de Masā’il de l’imam Ahmad ibn Hanbal, qui ne porte pas de date explicite de copie mais contient une attestation d’écoute datant de l’an 266 de l’Hégire, ce qui suggère qu’il a été copié avant cette date ; également le manuscrit Ṣifat an-Nâr d’Ibn Abî ad-Dunyā datant de l’an 310 de l’Hégire, ainsi que des feuillets de sourates du Coran écrits sur parchemin de gazelle, remontant au IIᵉ siècle de l’Hégire. La bibliothèque conserve également une copie de Sharḥ Dīwān al-Farazdaq datée de l’an 331 de l’Hégire.
La bibliothèque possède en outre des manuscrits de bibliothèque royale, jadis conservés dans les trésors des rois et sultans, tels que al-Shajara al-Muḥammadiyya d’al-Juwaynî, dans une copie royale réalisée sur ordre de Salah ad-Din al-Ayyubi en 645 de l’Hégire, ainsi que al-Ḥizb al-Aʿẓam wa-l-Wird al-Afkhām d’al-Mullâ ʿAlî al-Qârî, dans une copie luxueuse enluminée et décorée.
Système de classification et numérisation
La bibliothèque adopte, selon Darwishé, un système de classification numérique et thématique spécifique aux manuscrits, facilitant l’accès des chercheurs selon les champs scientifiques ou les sujets. Tous les manuscrits ont été numérisés afin d’être accessibles dans un cadre administratif garantissant la protection des originaux.
Darwishé a ajouté que la bibliothèque offre ses services aux chercheurs et étudiants en Syrie comme à l’étranger, en fournissant des reproductions selon un plan qui garantit la préservation des originaux. Une plateforme électronique interne est en cours de développement pour l’accès aux copies numériques, et une étude est en cours pour étendre cet accès aux chercheurs extérieurs sous des conditions strictes de protection.
Coopération scientifique et défis techniques
La bibliothèque entretient d’anciennes relations de coopération avec des centres internationaux spécialisés dans les manuscrits, tels que le Centre Juma al-Majid et le Centre al-Babtain. Darwishé a indiqué que l’administration actuelle œuvre pour réactiver ces relations, tout en développant l’échange d’images numériques des manuscrits avec les chercheurs en Syrie et à l’étranger.
Elle a souligné les défis auxquels la bibliothèque est confrontée, notamment la limitation des moyens matériels et le manque d’équipements modernes pour suivre le rythme des technologies de conservation, de restauration et de numérisation, en plus du besoin d’appareils spécifiques garantissant les normes les plus élevées de sécurité et d’environnement approprié pour les manuscrits.
Plans pour renforcer la sécurité de conservation des manuscrits
Concernant les mesures adoptées pour renforcer la sécurité des contenus, Darwishé a révélé des efforts en cours pour doter la bibliothèque de coffres électroniques anti-incendie et d’appareils diffusant des gaz sans danger pour les manuscrits, ainsi que l’achèvement du projet de mise à disposition numérique des manuscrits d’une manière organisée et sécurisée, permettant aux utilisateurs de consulter les images numériques sans manipuler les originaux.
Elle a affirmé que la véritable valeur du manuscrit papier est irremplaçable et que la transition numérique ne constitue pas une alternative, mais plutôt un moyen de mettre en valeur ce patrimoine et de le rendre accessible sans risquer d’endommager les originaux.
Darwishé a également souligné l’importance du rôle des médias dans la diffusion d’une culture de protection du patrimoine manuscrit, appelant les propriétaires de manuscrits privés à les déposer à la bibliothèque afin d’en assurer la préservation et la documentation pour les générations futures.
Message aux jeunes chercheurs
Pour conclure, Darwishé a adressé un message aux nouveaux chercheurs dans le domaine des manuscrits : cet héritage est une responsabilité collective qui exige un travail sincère pour le mettre en lumière. Dans ce but, la bibliothèque œuvre pour fournir toutes les facilités nécessaires à la réalisation de recherches et d’études reflétant la richesse et la profondeur de la culture syrienne.
A.Ch.