Lattaquié, (SANA) Dans un coin tranquille de la campagne de Lattaquié, l’artisan syrien Nabhan Kafraqtari s’assied parmi des tas de roseaux, pratiquant un métier transmis de génération en génération, mais aujourd’hui menacé d’extinction. Dans son modeste atelier, Kafraqtari ne se contente pas de tresser des paniers et des plateaux. À chaque brin de roseau, il préserve une part de la mémoire rurale de la Syrie, s’efforçant de maintenir en vie un artisanat traditionnel menacé par la prolifération des produits en plastique et l’évolution des modes de vie.
Un don de la nature
Les roseaux, qui poussent naturellement le long des rivières, constituaient autrefois un matériau essentiel dans la Syrie rurale. Ils étaient transformés en paniers pour la récolte des olives, en plateaux pour servir le pain, et en meubles reflétant la simplicité et la chaleur de la vie villageoise. Aujourd’hui, cet artisanat, qui allie fonctionnalité, valeur esthétique et identité culturelle, est de plus en plus marginalisé par les produits industriels.
Des racines régionales à travers la Syrie
Historiquement, la vannerie en roseaux prospérait dans plusieurs régions syriennes. Le long de la côte de Lattaquié, hommes et femmes la pratiquaient pour répondre aux besoins quotidiens. À Deir Ezzor, les artisans fabriquaient des zuroob, des cloisons tressées en roseaux utilisées comme séparations dans les tentes traditionnelles, tandis que dans la Ghouta, près de Damas, les paniers en roseaux étaient couramment utilisés pour transporter les produits agricoles.
Un rêve hérité pour le réaliser
« J’ai appris ce métier de mon père, qui l’avait lui-même appris de mon grand-père », a déclaré Kafraqtari à SANA en anglais, ses doigts se déplaçant rapidement entre les roseaux entrelacés. « Ce n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie. C’est une mémoire tangible transmise d’une génération à l’autre. » Après avoir terminé ses études, Kafraqtari a choisi de revenir à l’atelier pour poursuivre le travail de son père. Ses produits artisanaux sont aujourd’hui vendus dans plusieurs provinces syriennes et exportés au Liban et en Irak.
Savoir-faire, temps et durabilité
Chaque panier a une fonction précise. Les paniers pour les olives sont larges et résistants, ceux pour les fruits légers et élégants. Les pièces plus grandes peuvent nécessiter jusqu’à deux heures de travail, tandis que les petits objets demandent seulement quelques minutes. Leur solidité ne réside pas dans le matériau lui-même, mais dans les techniques traditionnelles de tressage — un savoir acquis par la pratique plutôt que par l’enseignement — qui confèrent aux produits une durabilité pouvant s’étendre sur des années.
Une bataille contre le temps
Le déclin de cet artisanat a commencé au milieu du XXᵉ siècle, lorsque les produits en plastique sont devenus moins chers et plus accessibles. Bien que le plastique ait apporté de la commodité, il a relégué les paniers traditionnels en roseaux en marge de l’usage quotidien. Aujourd’hui, toutefois, cet artisanat survit en tant que produit patrimonial, recherché par ceux qui apprécient l’authenticité et soutenu par des initiatives individuelles comme celle de Kafraqtari. Préserver cet artisanat, dit-il, est plus qu’un exercice culturel.
« Nous devons enseigner cette profession à nos enfants », a-t-il dit. « Ce que nous oublions aujourd’hui pourrait être impossible à retrouver demain ».







Iman Al-Zuheiri/ R.Kh./ M.Ch.