Hama, (SANA) – Au cœur du désert syrien se dresse le palais d’Ibn Wardan (à 60 km au nord-est de Hama), joyau archéologique chargé d’histoire, de légendes et de beauté.
Le voyageur britannique Wilfred Thesiger l’a magistralement décrit dans son livre « Les Sables d’Arabie », racontant comment, après avoir contemplé l’immensité du désert qui s’étend sur plus de 2 400 kilomètres jusqu’aux vergers entourant Damas, une brise lui révéla le palais abandonné, jadis visité par Lawrence d’Arabie et construit, selon la tradition locale, avec de l’argile mêlée d’eau de rose.

Cette image saisissante résume à merveille la valeur symbolique et culturelle du palais d’Ibn Wardan, considéré comme l’un des innombrables trésors cachés dans le désert syrien. Son architecture se distingue par une combinaison unique d’élégance et de sobriété, ainsi que par son isolement qui intensifie le sentiment de mystère et de solennité ressenti par les visiteurs.
Selon les experts en architecture, le complexe comprend une église dont le style présente une ressemblance frappante avec la basilique San Vitale de Ravenne, en Italie. Les deux édifices furent construits sous le règne de l’empereur byzantin Justinien, renforçant ainsi le lien historique entre la Syrie et Constantinople, capitale de l’Empire byzantin.
Conçu par l’architecte grec Isidore de Milet, le palais fut le premier bâtiment de Syrie construit sur le modèle des édifices impériaux de Constantinople. Il marqua une étape importante dans l’architecture de la région et souligna l’importance stratégique et culturelle du site.
Quant à l’origine de son nom, les archéologues affirment qu’« Ibn Wardan » était un nom donné par les Bédouins du désert, qui nommaient souvent les lieux et les bâtiments en l’honneur de la première personne à les occuper ou à les gouverner.
La première mention académique du palais apparaît en 1884 dans l’Archaeological Journal, publié en Autriche et rédigé en allemand par l’orientaliste Johann Mordtmann.
Plus tard, en 1920, une description plus détaillée, accompagnée d’inscriptions et de photographies, est publiée par la mission archéologique américaine de l’Université de Princeton.
Beauté, Solitude et Parfum
Au-delà de sa valeur architecturale, le palais d’Ibn Wardan captive par son isolement en plein désert, un atout qui renforce son attrait et en fait un monument d’une profonde signification esthétique et spirituelle.
Une légende ancienne explique l’origine de l’arôme si particulier qui émane du palais. On raconte qu’un devin aurait averti un roi que son fils unique mourrait le jour de ses vingt ans, victime d’une piqûre de scorpion. Désespéré, le monarque ordonna la construction du palais et que les matériaux soient mélangés à de l’eau de rose et du musc, car on croyait que ces parfums repoussaient les scorpions.
Aujourd’hui encore, selon les habitants de la région, lorsque la pluie tombe sur les murs du palais, un subtil parfum de roses et de musc émane des pierres, comme un écho persistant de cette croyance ancestrale.
Le parfum perdu sous le vacarme de la guerre
Malheureusement, ce symbole du patrimoine syrien n’a pas échappé à la dévastation de la guerre. Lors de la campagne de destruction et de pillage menée par le groupe terroriste Daech, l’odeur de poudre remplaça celle des roses, laissant de profondes cicatrices sur un monument qui, pendant des siècles, avait résisté au temps et au désert, mais non à la violence humaine.
Après la libération, Ibn Wardan entreprit une période de restauration et de protection, au cours de laquelle le palais fut de nouveau reconnu comme un symbole du patrimoine syrien et de la résilience culturelle face à la destruction, même s’il porte encore les marques de la guerre.
R.B