Damas, (SANA) Dès le début de la révolution, les femmes syriennes se sont imposées dans des espaces que la société réservait traditionnellement aux hommes.
Leur contribution ne s’est pas limitée aux domaines humanitaire, éducatif ou de santé. Elles ont investi aussi l’un des champs les plus périlleux : déminage des terres et neutralisation des déchets explosifs de guerre, un fléau qui continue de tuer bien après la fin des combats.
Un héritage mortel
La Syrie figure désormais parmi les territoires les plus plantés par des mines au monde. Le recours systématique aux mines et aux engins explosifs improvisés, souvent disséminés par les forces du régime dans des zones densément peuplées ou sur les axes de circulation, a laissé derrière lui un héritage meurtrier. Chaque retour dans un village ou un champ abandonné se transforme en pari avec la mort.
Des femmes en première ligne
Face à ce danger durable, de nombreuses organisations internationales ont déployé des programmes de formation destinés à constituer des équipes locales capables de cartographier les zones contaminées, de sécuriser le terrain et de sensibiliser les habitants. Parmi elles, The HALO Trust, ONG humanitaire spécialisée dans le déminage et la neutralisation des explosifs, a fait émerger une nouvelle génération de techniciens syriens – hommes et femmes.
Cette présence féminine ne relève pas du symbole. Elle répond à une nécessité opérationnelle, notamment dans les missions de sensibilisation, où l’accès aux familles et, en particulier, aux femmes, est crucial pour recueillir des informations ou transmettre des messages de prévention.
Alerte sur un bilan humain vertigineux
Selon Mou’ayad Al-Noufali, vice-directeur régional de The HALO Trust, le nombre d’incidents liés aux mines et aux déchets explosifs de guerre atteint des niveaux effrayants. Depuis le 8 décembre 2024, plus de 1 250 victimes ont été recensées en Syrie, dont près de 50 % ont perdu la vie.
« Sauver des vies » : Objectif de Lama Hajj Qadour
Parmi les pionnières syriennes dans le domaine de déminage figure : Lama Hajj Qadour, l’une des diplômées des programmes de formation au déminage, qui incarne ce nouveau visage syrien de la protection civile.
« Mon premier objectif est de protéger les gens et de sauver des vies. Dans la société syrienne, la présence de femmes au sein des équipes est indispensable, surtout quand il s’agit de rencontrer des familles ou d’échanger avec d’autres femmes. Sans cela, une partie cruciale de l’information resterait hors de portée », a-t-elle dit.
Vers une Syrie reconstruite… et sûre
L’implication croissante des femmes dans ce champ technique et dangereux remet en lumière leur rôle central dans la reconstruction du pays.
Elles contribuent à effacer les traces physiques de la guerre tout en refaçonnant les représentations d’une société longtemps corsetée.
Dans les plaines, les villes détruites ou les ruelles que les civils commencent à réinvestir, ce sont désormais aussi des femmes qui sondent, marquent et désamorcent, pour rendre à leurs communautés l’espace le plus basique : la terre où marcher sans craindre l’invisible.
Alors que la Syrie tente de sortir des décombres et de recomposer un avenir, leur engagement illustre une certitude : la reprise du pays ne se fera qu’avec elles, et, souvent, grâce à elles.
André Chatta