Damas, (SANA) – Depuis plus d’une décennie, la femme syrienne n’a pas été une simple témoin de l’une des tragédies humaines les plus cruelles de l’époque contemporaine.
Elle a été au cœur de cette tragédie, portant le poids de la guerre et de ses répercussions psychologiques, sociales et économiques, et jouant un rôle central dans la protection de la famille et l’éducation d’une génération qui a grandi sous la violence, la peur et la perte, et qui est aujourd’hui appelée à participer à la construction d’une nouvelle Syrie.
La mère syrienne face au traumatisme collectif
Les enfants syriens, en particulier dans les régions frappées par la machine répressive et violente du régime déchu, ont subi de profonds traumatismes psychologiques dus aux bombardements, aux arrestations, à la perte des proches et aux déplacements forcés.
En l’absence d’institutions de protection et de soutien psychologique, la mère syrienne s’est retrouvée en première ligne pour affronter ce traumatisme collectif.
Elle ne disposait ni d’outils de psychologie ni de programmes de réhabilitation, mais elle possédait quelque chose de plus profond : l’instinct humain, la capacité d’accueil, la patience et la détermination à survivre.

Elle a été le premier refuge où les enfants ont trouvé protection face à la terreur, et la première éducatrice qui a tenté de semer un sentiment de sécurité dans leurs cœurs, malgré ses propres blessures intérieures.
La souffrance de la perte… mères des martyrs et des disparus
Il est impossible d’évoquer le rôle de la femme syrienne sans s’arrêter sur sa souffrance immense liée à la perte de ses enfants.
Des milliers de mères syriennes ont perdu leurs fils et leurs filles à cause des exécutions, de la torture dans les prisons du régime déchu, des bombardements ou de l’exil forcé. D’autres vivent encore dans une attente suspendue, espérant des nouvelles d’un enfant disparu de force, dont le sort demeure inconnu.

Malgré cette douleur, de nombreuses mères sont devenues de véritables symboles de résilience. Elles ont refusé de s’effondrer et ont transformé leur chagrin en une énergie de survie, afin de préserver ce qu’il restait de la famille et l’avenir des autres enfants.
La femme syrienne a payé un prix psychologique exorbitant, mais elle n’a pas renoncé à son rôle, ni laissé la douleur se transformer en haine ; elle a au contraire tenté, autant que possible, de protéger ses enfants du cycle de la violence.
Partenaire de l’homme dans la construction de la conscience nationale
Le rôle de la femme syrienne ne s’est pas limité aux soins au sein du foyer. Il s’est étendu à la formation d’une génération consciente des valeurs de liberté, de dignité et de justice.
La mère a joué un rôle essentiel dans la transmission de la véritable histoire de ce qui s’est passé, dans l’ancrage du sentiment d’appartenance à la patrie plutôt qu’au régime, et dans l’enseignement à ses enfants de la différence entre l’État et la tyrannie, entre la force et le droit.
Dans de nombreux cas, la femme est devenue le principal soutien économique de la famille après la perte, l’arrestation ou l’absence du mari.
Elle a ainsi cumulé les rôles de mère et de père, contribuant à maintenir un minimum de stabilité sociale, un rôle qui n’est en rien inférieur à celui de l’homme, mais qui le complète et l’égale.
La femme syrienne et la construction de la Syrie nouvelle
Aujourd’hui, alors que les Syriens aspirent à un avenir différent, l’importance de la femme syrienne apparaît clairement en tant que partenaire essentielle dans la reconstruction de l’être humain avant celle des pierres.

Les générations qui ont grandi dans la guerre ont besoin d’une réhabilitation psychologique et intellectuelle, ainsi que d’un modèle humain capable de restaurer la confiance en la vie, un rôle qui ne peut être accompli sans la femme.
Former une nouvelle génération qui privilégie le dialogue à la violence, la loi à la répression, et la diversité à l’exclusion commence au sein du foyer, avec la mère, avec la femme qui a vécu la tragédie, en a tiré des leçons et œuvre pour qu’elle ne se reproduise pas.
La femme syrienne n’est pas seulement une victime ; elle est un acteur majeur de la construction de l’avenir. Elle est la mère qui a élevé ses enfants sous les bombes, l’éducatrice qui a affronté le traumatisme, l’être humain qui a perdu sans se rendre, et la partenaire qui se tient aux côtés de l’homme pour reconstruire une patrie blessée mais capable de guérir.


André Chatta