Damas, (SANA) Des juristes syriens ont affirmé que l’arrestation d’Ali Kayali, connu sous le nom de « Mihraç Ural » et considéré comme l’un des principaux responsables des massacres de Banias en 2013, constitue une étape importante vers l’établissement de la vérité, la poursuite des personnes impliquées et la reconnaissance des droits des victimes.
Ils ont insisté sur la nécessité de mener les enquêtes et les procès dans le respect des procédures légales, afin de garantir que les auteurs de ces crimes ne restent pas impunis.
Une étape vers la primauté du droit
Dans une déclaration à SANA, le bâtonnier de l’Ordre des avocats syriens, Mohammad Ali al‑Tawil, a estimé que l’arrestation de Kayali marque un tournant décisif dans le renforcement de l’État de droit et répond à la longue attente des Syriens de voir poursuivis les auteurs présumés de crimes commis à leur encontre.
Al-Tawil a précisé que les procédures judiciaires suivront leur cours afin de garantir que l’accusé soit jugé conformément aux lois en vigueur, soulignant qu’aucune personne impliquée dans le meurtre de civils innocents ne doit échapper à la justice.
Il a ajouté que cette arrestation dépasse le cadre d’une simple mesure judiciaire, puisqu’elle constitue un pilier essentiel du rétablissement des droits et de la réparation des préjudices subis par les victimes, tout en témoignant de la volonté de poursuivre le processus de justice et de responsabilisation.
De la documentation des crimes à l’enquête judiciaire
Pour sa part, le président de l’Association des juristes syriens libres, Samer Al-Daieï, a affirmé que l’arrestation de Kayali représente une avancée importante dans les poursuites pénales visant les personnes responsables de crimes graves commis contre les Syriens.
Il a expliqué que, depuis les massacres, l’association s’est employée à enquêter sur les circonstances dans lesquelles ils ont été commis, à recueillir les témoignages des survivants, à rassembler des preuves relatives aux exécutions massives et à établir les responsabilités potentielles des groupes armés impliqués, notamment celui dirigé par Kayali, ainsi que leurs liens avec les appareils militaires et sécuritaires du régime déchu.
Selon Al-Daieï, cette arrestation permet désormais de prolonger le travail de documentation et de défense des droits humains par une enquête judiciaire directe, au cours de laquelle l’accusé pourra être confronté aux faits et aux témoignages recueillis, afin d’établir les responsabilités pénales à différents niveaux.
Il a souligné que l’enjeu de cette affaire ne se limite pas à établir les faits reprochés à Kayali, mais s’étend également à l’identification des responsables de la planification, de la prise de décision et de l’exécution des crimes, afin de déterminer les responsabilités pénales individuelles et celles des supérieurs hiérarchiques, conformément au droit syrien et aux règles pertinentes du droit international.
Une coopération judiciaire pour établir les responsabilités
Al-Daieï a également relevé la dimension judiciaire transfrontalière de cette affaire, compte tenu des accusations portées contre Kayali en Turquie concernant les attentats de Reyhanlı en 2013, qui avaient fait des dizaines de victimes, dont des ressortissants syriens. Il a ainsi appelé à une coopération judiciaire entre la Syrie et la Turquie, notamment à travers l’échange de preuves et l’examen des responsabilités éventuelles.
Il a affirmé que la poursuite de cette affaire, à travers des enquêtes approfondies et des procès équitables, offrirait l’occasion de faire la lumière sur des crimes restés impunis pendant plus de treize ans, tout en consacrant le principe de lutte contre l’impunité comme une pratique judiciaire durable, dans le respect des droits des victimes et avec la poursuite de toutes les personnes dont la responsabilité serait établie.
Les droits des victimes au cœur de la justice transitionnelle
De son côté, le directeur du Réseau Rased Syria, Al-Moutassim Billah Al-Kilani, a estimé que l’arrestation de Kayali constitue une étape essentielle dans la reconnaissance des souffrances des victimes et la préservation de leur dignité, dans le cadre des efforts visant à établir la vérité et à rendre justice aux victimes et à leurs familles.
Il a insisté sur le fait qu’une véritable responsabilisation exige la préservation des preuves, la protection des témoins et des survivants, ainsi que la possibilité pour les victimes et leurs proches de participer en toute sécurité aux procédures judiciaires, tout en leur garantissant l’accès à l’information et à des recours effectifs.
Al-Kilani a enfin expliqué que l’importance de cette arrestation dans le processus de justice transitionnelle réside dans la nécessité d’associer les poursuites judiciaires à l’établissement de la vérité, à la réparation des préjudices, à la préservation de la mémoire collective, à la réforme des institutions et aux garanties de non-répétition des violations, dans une démarche plaçant les droits des victimes au centre de ses priorités.
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