Damas, (SANA) Au plus fort des crimes commis par le régime déchu contre le peuple syrien, l’organisation de la Défense civile syrienne, connue également sous le nom de « Casques blancs », est apparue comme une réponse à l’absence de services d’urgence officiels dans les zones ciblées.
Avec l’élargissement de son rôle dans le sauvetage des civils et la documentation des violations, l’organisation est devenue la cible de campagnes systématiques de diffamation et de désinformation menées pendant des années par le régime déchu. Après la libération de la Syrie, elle est devenue une partie essentielle du ministère des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes.

Une naissance sous les bombardements
Les origines de la Défense civile syrienne remontent à 2013, lorsqu’elle a été créée sous la forme d’une initiative locale bénévole destinée à intervenir face aux bombardements et aux violations continues commises par le régime déchu contre les civils.
À la suite d’une réunion réunissant 72 responsables des équipes locales de secours pour signer la charte fondatrice de l’organisation, les premiers noyaux de la Défense civile ont commencé à se constituer dans la Ghouta, à Homs et à Alep, sous différentes appellations locales, avant de s’unifier par la suite sous le nom de « Défense civile syrienne – Casques blancs ».

Alors que le régime déchu empêchait délibérément les équipes officielles de pompiers et de secours d’atteindre les civils dans les zones qu’il bombardait et dont il ciblait directement les habitants, les volontaires ont tenté de combler ce vide et d’assurer les opérations de sauvetage dans des conditions extrêmement dangereuses, malgré leur manque d’expérience et l’insuffisance des équipements et du matériel nécessaires.
Pendant onze ans, les équipes de l’organisation ont poursuivi leur travail dans un environnement classé par les Nations unies et plusieurs organisations internationales, dont l’Organisation internationale pour la sécurité des ONG, parmi les plus dangereux au mond
Une présence internationale croissante
Entre 2014 et 2017, la Défense civile a connu une présence croissante sur la scène internationale, portée par la documentation de ses opérations de sauvetage et par l’intérêt de la communauté internationale pour son action humanitaire.
Elle a également participé à plusieurs événements organisés par les Nations unies, tandis que les médias internationaux accordaient une attention croissante au travail de ses équipes.

Cet intérêt s’est renforcé grâce aux opérations de sauvetage de civils ciblés par le régime déchu, ainsi qu’à la coopération de l’organisation et au partage direct de ses données archivées avec des organismes internationaux officiels et plusieurs programmes humanitaires, notamment l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, le Mécanisme international, impartial et indépendant des Nations unies, et la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie.
Des nominations au prix Nobel
L’année 2016 a constitué un tournant majeur dans l’accroissement de la présence de l’organisation dans les instances internationales, sur la base de ses données recueillies sur le terrain.
Elle a reçu plusieurs distinctions prestigieuses, notamment le prix Nobel alternatif (Right Livelihood Award), le Prix de la liberté mondiale décerné par l’Atlantic Council, la médaille allemande du courage remise par les services d’incendie allemands, ainsi que le « Prix Mère Teresa », décerné par l’Inde à l’organisation la même année.

La Défense civile syrienne a bénéficié d’une vaste campagne internationale de soutien menée par des organisations de défense des droits humains et des personnalités du monde entier, qui a abouti à sa nomination officielle au prix Nobel de la paix en 2016 et en 2017.
Une campagne médiatique systématique
En raison de la large couverture médiatique des opérations de l’organisation, qui documentaient l’ampleur des violations commises contre les civils, le régime déchu a lancé des campagnes systématiques de diffamation dans le but de remettre en cause la crédibilité de l’organisation.
Plusieurs organisations internationales, notamment Amnesty International et Human Rights Watch, ont réfuté ces allégations.
Ces campagnes se sont concentrées sur la remise en cause de l’authenticité des enregistrements réalisés par les volontaires de la Défense civile syrienne, ainsi que sur les tentatives de nier les faits relatifs aux frappes aériennes menées par l’ancien régime contre les civils et à son utilisation d’armes chimiques.
Amnesty International a également expliqué dans plusieurs rapports que les attaques médiatiques et sur le terrain visant les volontaires de la Défense civile syrienne relevaient de campagnes de diffamation délibérées.
Dans le même contexte, Human Rights Watch a confirmé dans ses rapports que le ciblage des centres de la Défense civile constituait une violation flagrante du droit international humanitaire et que les enregistrements réalisés par les secouristes, documentant les bombardements indiscriminés menés par l’ancien régime contre les civils, constituaient des éléments originaux susceptibles d’être utilisés dans les enquêtes.
La propagande de désinformation
Après chaque attaque chimique, ou parfois avant celle-ci, l’appareil médiatique du régime déchu diffusait des récits trompeurs accusant la Défense civile syrienne d’avoir fabriqué ces attaques ou préparé des substances toxiques.
Ces campagnes de désinformation se sont répétées après les massacres commis par l’ancien régime à Khan Chaikhun en 2017 et à Douma en 2018.
Toutefois, les enquêtes de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) ont établi, sur la base d’échantillons et de documents recueillis sur le terrain, la responsabilité de l’ancien régime dans l’utilisation de substances toxiques lors des deux incidents, réfutant ainsi les récits visant à nier la réalité des attaques ou à contester l’identité de leurs auteurs.
Des attaques directes
Les campagnes de diffamation ne se sont pas limitées à l’espace numérique. Elles se sont également traduites par des attaques directes contre les volontaires de la Défense civile syrienne sur le terrain, notamment à travers ce qui est appelé la « tactique des doubles frappes » : un site est d’abord bombardé, puis à nouveau frappé lorsque les équipes de secours arrivent sur place.
Des organisations internationales, notamment l’agence d’aide internationale des Nations unies, ainsi que la Défense civile syrienne elle-même, ont documenté la mort de plus de 300 de ses volontaires dans l’exercice de leurs fonctions, à la suite d’attaques directes contre leurs centres et leurs véhicules, visant à entraver les opérations de documentation.
Un régistre de sauvetage qui se poursuit
Selon les données du ministère des Situations d’urgence, la Défense civile syrienne a sauvé 128 000 civils depuis sa création.
Lors du séisme de février 2023, elle a également joué un rôle central en faisant entendre la voix des régions sinistrées.
Les bombardements menés par le régime déchu contre les localités du nord-ouest de la Syrie pendant la catastrophe sismique ont accru la pression opérationnelle sur les volontaires de l’organisation. Les équipes ont dû répartir leurs ressources humaines et logistiques déjà épuisées entre l’extraction des victimes du séisme et la gestion des conséquences de la reprise des bombardements.
Une transformation institutionnelle après 2025
En juin 2025, la Défense civile syrienne est entrée dans une nouvelle phase après son intégration officielle au sein du ministère des Situations d’urgence et de la Gestion des catastrophes.
Le ministère a lancé des formations conjointes avec les services de protection civile de plusieurs pays, notamment la France, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie, afin de renforcer la résilience de l’action humanitaire et communautaire.
L’organisation et le « casque blanc » qui la symbolise sont également devenus des éléments de l’identité nationale associés aux opérations de sauvetage, ainsi qu’une composante de la mémoire collective des Syriens, représentant un modèle d’intervention des services d’urgence dans des environnements à haut risque.
r.s/l.a