Damas, (SANA) Treize ans après le massacre aux armes chimiques perpétré dans la Ghouta de Damas le 21 août 2013, le dossier des crimes chimiques en Syrie entre dans une nouvelle phase, marquée par la convergence des preuves internationales et des enquêtes nationales, la découverte de vestiges du programme chimique et l’arrestation de responsables impliqués, parallèlement au rétablissement des droits et privilèges de la Syrie au sein de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).
La Ghouta : un crime parmi de nombreuses attaques
Le régime déchu a utilisé du gaz sarin dans l’attaque contre la Ghouta de Damas, faisant, selon le Réseau syrien des droits de l’homme, 1 144 morts, dont 99 enfants et 194 femmes, ainsi qu’environ 5 935 blessés.
Dans un rapport publié sur sa chaîne Telegram, le Réseau a indiqué qu’au moins dix missiles chargés d’une quantité totale estimée à environ 200 litres de gaz sarin avaient été utilisés lors de l’attaque.
« Les missiles ont été tirés après minuit, profitant de conditions météorologiques favorisant la concentration des gaz toxiques près du sol, ce qui a contribué à alourdir le bilan, notamment parmi les civils endormis », a-t-il noté.
En outre, la Mission du Royaume-Uni auprès de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a déclaré : « Treize ans après l’attaque aux armes chimiques perpétrée par le régime d’Assad dans la Ghouta de Damas, nous rendons hommage à la mémoire des victimes tuées et touchées par cette attaque ».
Dans un tweet sur la plateforme « X », la Mission a ajouté que leurs souffrances renforçaient son engagement à défendre et à préserver la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et à faire en sorte que ces armes ne soient plus jamais utilisées.
Les attaques ne se sont pas limitées à la Ghouta. Le Réseau syrien des droits de l’homme a authentifié 217 attaques aux armes chimiques perpétrées par le régime déchu depuis 2011, ayant fait des milliers de morts et de blessés syriens. Elles ont notamment visé Kafr Zita, al- Latamné, Khan Cheikhoun, Saraqeb et Douma.
Le représentant permanent de la Syrie auprès de l’OIAC, Mohammad Katoub, a déclaré à SANA le 21 août que les enquêtes internationales avaient établi la responsabilité du régime déchu dans des attaques chimiques à Khan Cheikhoun, Kafr Zita, Latamné et Douma.
Découverte de vestiges du programme chimique
Après la libération, la Syrie a renforcé sa coopération avec l’OIAC et fourni des informations sur plus de 100 sites susceptibles d’être liés à des activités chimiques, en plus des 26 sites déjà déclarés. Elle a également donné accès à plus de 10 000 documents et registres officiels.
En mai dernier, l’Organisation a annoncé la découverte d’armes chimiques non déclarées, ainsi que de substances, d’équipements et de documents connexes.
Les découvertes comprenaient 54 bombes aériennes similaires à celles utilisées lors des attaques de Latamné et 25 projectiles sol-sol semblables à ceux employés dans l’attaque contre la Ghouta orientale, ainsi que des précurseurs servant à la fabrication du sarin, des équipements de mélange et de stockage et des milliers de documents.
Le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani, a affirmé que ces résultats étaient l’aboutissement de plusieurs mois de travail mené aux niveaux national, du renseignement et technique, en coopération avec l’Organisation.
De son côté, Fadel Abdulghany, directeur du Réseau syrien des droits de l’homme, a estimé que ces découvertes démontraient que le régime déchu n’avait pas pleinement respecté ses engagements concernant le démantèlement de son programme chimique.
Arrestation de responsables du programme
Le 15 juillet dernier, le ministère de l’Intérieur a annoncé l’arrestation du colonel au sein du régime déchu, Ahmad Habib Ali, ancien responsable des dépôts de sarin et de la fabrication de produits chimiques à l’unité 417.
Le ministère a précisé que les premières investigations avaient révélé qu’il avait supervisé la fabrication d’environ 20 bombes chargées de sarin, pesant chacune 250 kilogrammes.
Le 16 juillet, Fadel Abdulghany a déclaré que l’arrestation d’ Ali constituait une étape importante pour remonter jusqu’aux hauts responsables du programme d’armes chimiques.
Le ministère syrien de l’Intérieur avait auparavant annoncé l’arrestation du général Adnan Abboud Helwa et du général de brigade Khardal Ahmad Dayoub en raison de leur implication dans des crimes relatifs aux armes chimiques.
La Syrie recouvre ses droits internationaux
Le 9 juillet dernier, le Conseil exécutif de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques a rétabli par consensus les droits et privilèges de la Syrie, qui avaient été suspendus en 2021.
Le ministre des Affaires étrangères et des Expatriés, Assaad Hassan al-Chaibani a qualifié cette résolution d’ « étape historique » confirmant le retour de la Syrie sur la scène internationale, tandis que Mohammad Katoub a estimé qu’elle reflétait une évolution dans la manière dont la communauté internationale considère la Syrie, désormais perçue comme un État représentant les victimes des armes chimiques.
De l’authentification des crimes à la reddition des comptes
Ce processus s’inscrit aujourd’hui dans le cadre de la justice transitionnelle en Syrie, avec des efforts visant à exploiter les preuves, les documents et les témoignages recueillis au cours des enquêtes internationales.
Le bâtonnier de Syrie, Mohammad Ali al-Tawil, a déclaré à SANA que les munitions et les substances découvertes constituaient des preuves matérielles importantes pour la constitution des dossiers judiciaires, soulignant que les crimes liés à l’utilisation d’armes chimiques sont imprescriptibles.
Treize ans après le massacre de la Ghouta, le souvenir des 1 144 personnes tuées et des quelque 5 935 blessés rejoint aujourd’hui un dossier comprenant 217 attaques chimiques corroborées, la découverte de nouveaux vestiges du programme, l’arrestation de responsables et le rétablissement des droits de la Syrie au sein de l’OIAC.
Ces évolutions font ainsi passer le dossier de l’étape de l’authentification des crimes à celle de l’identification et de la poursuite de leurs responsables, dans le but de lutter contre l’impunité.
André Chatta